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Dans sa lutte contre l’insécurité et le terrorisme, l’Oif a organisé une conférence sur la sécurité humaine à Ottawa. La rencontre qui a regroupé plusieurs acteurs notamment des universitaires et des hommes de média, a été l’occasion pour lever l’équivoque entre les concepts «contre-terrorisme et prévention de l’extrémisme» et de réfléchir sur comment éradiquer ce fléau. 

Pour sa part, le Directeur de Timbuktu Institute et non moins enseignant-chercheur au Centre d'Etudes des Religions à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, a soutenu que «l’approche strictement militaire n’a jamais résolu le problème de l’extrémisme violent». Et, «l’Afghanistan et le Nord du Mali en sont une parfaite illustration», a-t-il rappelé. 
  
 Bakary Sambe est d'avis que «le principal problème dans les pays francophones, est qu’il y a une confusion entre  contre-terrorisme et prévention de l’extrémisme violent  dans l’élaboration des différentes stratégies. Le contre-terrorisme s’attaque aux symptômes et manifestations du phénomène et ne s’intéresse pas aux causes profondes».   

Ne s’en arrêtant pas là, il a exhorté les pays francophones à « ne pas négliger l’approche préventive, moins coûteuse à long terme et s’attaquent aux causes profondes du problème». 

Coordonnateur de l’Observatoire des Radicalismes et Conflits religieux en Afrique (ORCRA), Bakary Sambe a été invité par l'Oif à présenter une communication sur les mesures qui pourraient être prises afin de prévenir la radicalisation au-delà des logiques purement répressives. 

 La conférence a été l’occasion pour le Directeur de Timbuktu Institute d’échanger avec la Secrétaire générale de la francophonie, le  Professeur Jacques Frémont, Président de l’Université d’Ottawa ainsi qu’avec Tidiane Dioh chargé des Médias à l’OIF. 

 

Source : www.pressafrik.com

Radicalisation zones frontalières : Conclusions et recommandations du nouveau rapport de Timbuktu Institute

Timbuktu Institute a procédé à la présentation de l’étude de perception sur les facteurs de radicalisation des jeunes dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie (Rosso). Les résultats ont été présentés en présence des autorités nationales, des organisations internationales et des représentations diplomatiques.

Rappelant qu’il s’agit bien d’une étude de perception pour mieux comprendre le phénomène à partir de la vision des jeunes eux-mêmes, l’Institut a fait appel à la méthodologie de l’enquête CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques). Cette étude a donné des résultants plus rassurants en termes de résilience par rapport à ceux constatés lors du rapport de 2016 dans la banlieue Dakar. Il invite cependant les organes de presse à la vigilance par rapport à certains chiffres avancés et sans fondements dans ce rapport qu’il met à la disposition des chercheurs, des décideurs comme des médias pour une exploitation la plus objective et transparente.

Dans le but d’une meilleure présentation des résultats de l’étude, l’équipe a procédé à leur classification selon trois niveaux de tendances avant de formuler des recommandations opérationnelles pour mieux juguler la menace et renforcer la résilience dans cette région et au Sénégal de manière générale.

Tendances rassurantes

  • Malgré la transfrontalité et le voisinage immédiat d’avec la Mauritanie, les jeunes de Rosso résistent encore majoritairement à la percée des mouvements développant un discours plus ou moins radical et rejettent les discours appelant à la violence;
  • Les jeunes de cette localité restent très attachés, à une écrasante majorité, aux confréries soufies qui assurent un travail d’encadrement social à travers les dahiras (cellules confrériques) et autres organisations dépendantes ; ce qui expliquerait la faible présence de mouvements extrémistes;
  • Il découle de ces deux tendances sus-évoquées que les jeunes ont exprimé un fort rejet de l’éventualité d’un engagement dans des groupes extrémistes violents.

Tendances mitigées

  • Il y a une vraie méconnaissance du phénomène de l’extrémisme violent chez les jeunes de Rosso. Cela pourrait s’expliquer par un déficit d’information et un accès difficile aux médias ainsi qu’à l’absence d’actions de sensibilisation de la part de l’Etat et de la société civile.
  • Les mêmes signaux de vulnérabilité économique et de précarité sociale (chômage, pauvreté, exclusion sociale) notés en banlieue dakaroise lors de notre précédente étude, se retrouvent chez ces jeunes d’une localité reculée présentant toutes les caractéristiques d’une marginalisation territoriale.

Tendances préoccupantes

  • Le phénomène général de dualité du système éducatif sénégalais se retrouve nettement dans cette région. Cette situation fait persister un sentiment d’exclusion et de marginalisation des jeunes scolarisés dans les écoles religieuses et dans le système dit « arabo-islamique ».
  • Il persiste, au niveau des jeunes, une certaine inquiétude au sujet de la présence quoique timide des tendances rigoristes, de la porosité des frontières avec des passages récurrents et peu surveillés d’individus de différentes nationalités.

RECOMMANDATIONS

Au regard des données recueillies sur le terrain, des observations ainsi que des conclusions ci-dessus, l’équipe de recherche recommande de :

  • S’attaquer aux causes profondes de la précarité à travers une politique efficiente de promotion de l’emploi des jeunes et lutter contre le chômage en promouvant les activités génératrices de revenus notamment dans le secteur agricole et accélérer la mise sur pied d’une stratégie nationale inclusive de prévention de l’extrémisme violent.
  • Améliorer les conditions d’accès à l’école publique et mieux prendre en considération les écoles islamiques en y renforçant la formation, notamment, avec un volet professionnel;
  • Réduire les disparités socioéconomiques, les difficultés d’accès à l’information et aux médias ainsi que les facteurs de marginalisation notamment par une politique réfléchie d’aménagement du territoire prenant en compte la dimension transfrontalière;
  • Mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes sur les enjeux et dangers de l’extrémisme violent et veiller à une meilleure surveillance des prédicateurs venant de pays voisins avec une implication constructive des forces de défense et de sécurité;
  • Impliquer davantage les chefs religieux confrériques dans le cadre d’une politique inclusive de prévention de l’extrémisme en collaboration avec le Cadre d’Intervention et de Coordination Interministériel des Opérations de lutte anti-terroriste (CICO) et les autres structures aussi bien étatiques que de la société civile.

Dakar, le 4 mai 2018 - Timbuktu Institute

Télécharger ici :

Les résultats sur l’étude inédite sur la radicalisation transfrontalière Sénégal-Mauritanie vont être présentés par Timbuktu Institute - African Center for Peace Studie. La cérémonie va se tenir ce vendredi 04 mai 2018 à partir de 10 heures à la Maison de la presse

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxembourg de Dakar, organise l’atelier de restitution des résultats du projet de recherche sur les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme dans les zones frontalière du Sénégal et de la Mauritanie, ce vendredi. 

 La rencontre qui va se tenir en présence des représentants de l’Etat et des corps diplomatiques, sera l’occasion d'échanger sur la méthodologie de l'étude et les tendances générales afin de proposer des solutions pour contrer les risques de radicalisation violente chez les jeunes de ces localités. 

 

Mbour, 29 avr (APS) – "Timbuktu Institute" organise, mercredi, à Mbour (ouest), une session de formation au profit des professionnels de la presse et des radios communautaires sur le thème : "Médias, sécurité et cohésion sociale : entre libertés, déontologie et responsabilité", annonce un communiqué reçu à l’APS.

 
 
Cette formation initiée en partenariat avec la Fondation Konrad Adenaeur "sera une occasion pour échanger sur les enjeux sécuritaires du Sahel et le traitement de l’information sur les questions de paix et de sécurité afin de contribuer à une meilleure cohésion sociale dans notre pays", précise la source.
 
Il s’agit de donner aux journalistes et reporters "les pré-requis de la notion de terrorisme, les exigences du traitement de l’information liée à l’extrémisme violent, ainsi que les outils de renforcement de la paix et de la cohésion sociale dans une sous-région en pleine mutation géopolitique", conclut le texte.
 
Source: www.aps.sn

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxembourg de Dakar, organise un atelier de restitution des résultats du projet de recherche sur les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme dans les zones frontalière du Sénégal et de la Mauritanie.

La cérémonie de présentation des résultats aura lieu le vendredi 04 mai 2018 à 10H à la Maison de la presse sur la corniche ouest, Dakar, en présence des représentants de l’Etat, des corps diplomatiques et sera l’occasion d'échanger sur la méthodologie de l'étude et les tendances générales afin de proposer des solutions pour contrer les risques de radicalisation violente chez les jeunes de ces localités.

L’objectif de cette coopération entre Timbuktu Institute et la Fondation Rosa Luxembourg était, notamment, de dégager des pistes pouvant aboutir à la formulation de recommandations opérationnelles susceptibles d’orienter les décideurs et les organisations régionales, sous régionales voire internationales, sur la nécessité de mettre en place des politiques prenant en compte de la question de la radicalisation des jeunes au regard des mutations géopolitiques que connaissent les pays du Sahel.

Sans s’écarter du respect du principe de la présomption d’innocence, du caractère purement individuel de la responsabilité pénale, ni anticiper sur la sentence à venir des magistrats de la cour criminelle qui siège à Dakar pour le procès de l'imam Aliou Badara NDao et ses compagnons, il apparait clairement à la lumière des débats et des interrogatoires des individus appelés à la barre, que l’extrémisme est désormais un ennemi incrusté dans la société sénégalaise. Il est reproché à cette personnalité et coaccusés, un chapelet de graves infractions parmi lesquelles notamment «l’association de malfaiteurs à objet terroriste».

Au Sénégal, les confréries d’inspiration soufie ont historiquement joué un rôle important dans la conception d’une pratique ouverte et tolérante d’un Islam préservant le fond originel d’une société qui garde sa spécificité tirée de la tradition des ancêtres.

Pour Bakary Sambe, fondateur de Tumbuctu Institute, un observatoire spécialisé sur la montée du radicalisme, par le site d’informations en ligne «Dakaractu», les révélations «de ce procès imposent au Sénégal un changement d’approche et de paradigme sécuritaire».

Il note que pendant des années, le pays «a eu la chance d’appartenir à la catégorie des Etats qui offraient encore la possibilité d’une approche prospective, mais il devait la saisir pour développer une vraie stratégie nationale de prévention en plus de la prise charge sécuritaire du phénomène.

Garder les frontières et équiper les forces de sécurité peut être une bonne démarche tant que le danger n’est pas susceptible de venir d’un ennemi diffus, insaisissable et peut être déjà a l’intérieur, le déni politique et social de cette réalité nous a menés à la situation présente et nous devons sortir de l’approche réactive». Le Dr Sambe ajoute qu’avec le procès en cours, «le mythe du Sénégalais naturellement non violent, qui a nourri notre déni national, s’est complètement effondré. Le terrorisme d’origine nationale dit «homegrown terrorism» exige des changements substantiels pour tous nos Etats, appelés à conforter la recherche intensifiée du renseignement tout en se souciant des droits humains».

Ainsi, les services de renseignement doivent opérer une véritable synthèse, un nouveau dosage entre les préoccupations liées à la sécurité intérieure et les nécessités de sécurité extérieure. Coordinateur de l’observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, Sambe est un précurseur dans le domaine des alertes sur le phénomène, avec la publication en 2013, du premier rapport du genre: «Paix et sécurité dans l’espace CEDEAO». Il a produit des travaux sous le titre: «Grand angle sur le radicalisme religieux et la menace terroriste au Sénégal», réalisé en collaboration avec l’Institut d’études et de sécurité (ISS), basé à Addis-Abeba, Nairobi, Pretoria et Dakar.

En 2015, Bakary Sambe a publié un ouvrage sous le titre «Boko Haram, du problème nigérian à la menace sous régionale».

Qualifiées d’alarmistes dans un passé récent, les alertes de ce spécialiste s'imposent désormais de par leur dramatique pertinence.

« Le Sénégal a eu, toutes ces années la chance d’appartenir à la catégorie de pays qui offraient encore la possibilité d’une approche prospective, mais il devait la saisir pour développer une vraie stratégie nationale de prévention en plus de la prise en charge sécuritaire du phénomène », réagit Dr. Bakary Sambe suite aux révélations du procès des « terroristes présumés en cours. 

  

Pour lui, « garder les frontières et équiper les forces de sécurité peut-être une bonne démarche tant que le danger n’est pas susceptible de venir d’un ennemi diffus, insaisissable et peut-être déjà à l’intérieur ; le déni politique et social de cette réalité nous a menés à la situation présente et nous devons sortir de l’approche réactive ». 

  

Il y a quelques années, ses thèses sur la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest étaient souvent qualifiées d’«alarmistes » par ses pairs comme par les acteurs étatiques. Les derniers évènement semblent conforter le fait que le coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, Dr. Bakary Sambe a été, en fait, un « précurseur » dans ce domaine avec la publication dès 2013 du premier rapport « Paix et Sécurité dans l’espace CEDEAO » intitulé, « Grand angle sur le radicalisme religieux et la menace terroriste au Sénégal », réalisé avec l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS), basé à Addis Abeba, Dakar, Nairobi et Pretoria. 

« Dans les différentes éditions du Forum de Dakar, souligne le Directeur de Timbuktu Institute, j’ai toujours appelé à nuancer les approches strictement sécuritaires pour appeler à une démarche holistique de ce phénomène en perpétuelle mutation et à ce que le Sénégal mette en place une vraie stratégie nationale de prévention distincte des opérations de lutte contre le terrorisme à proprement parler qui sont aussi nécessaire ». 

Selon Dr. Sambe pour qui, avec ce procès « le mythe du sénégalais naturellement non violent » qui a nourri notre « déni national » s’est complètement effondré  « le terrorisme d’origine nationale dit homegrown terrorism  exige des changements substantiels pour tous nos Etats devant conforter la recherche intensifiée du renseignement tout en se souciant des droits humains » 

« Il est sûr que cela demande des réformes des services de renseignement et un nouveau dosage entre préoccupations relevant de la sécurité intérieure et nécessités de sécurité extérieure », souligne Bakary Sambe. Car, rappelle t-il,  « le problème de l’Etat de droit face à ce nouveau type de menace est qu’il est comptable du respect des principes démocratiques face à des individus ou groupes pour lesquels la démocratie peut être, paradoxalement, un moyen de tuer la démocratie et non une fin en soi ». 

Revenant sur ses spécificités, Dr. Sambe précise que « ce phénomène qui doit alerter est d’autant plus complexe qu’il fait référence à l’action ou stratégies de  des ressortissants s’attaquant à leur propre pays sans nécessairement posséder de liens visibles avec les revendications qui les animent mais en collusion avec des éléments extérieurs ». 

Rappelons que Dr. Bakary Sambe, avait aussi publié un ouvrage sur « Boko Haram, du problème nigérian à la menace régionale » (Juillet, 2015) qui avait la particularité de partir des propres sources du mouvement avec une analyse des écrits du fondateurs du mouvement pour dit-il “diagnostiquer le mal à la racine, afin de rompre d’avec la vision strictement sécuritaire qui peine à donner des solutions ou résultats durables”. L’Institut qu’il dirige rend publique le 20 avril prochain une nouvelle étude sur les facteurs de radicalisation dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie. 

Au moment où le Directeur de Timbuktu Institute, le Dr. Bakary Sambe est en train d'intervenir à la 5e Conférence de l'Organisation des Gendarmeries africaines sur les stratégies de lutte contre le terrorisme en Afrique au King Fahd Palace présidée par Son Excellence Macky Sall, l'information nous parvient d'un cambriolage contre le Centre de recherche basé à Dakar.  
L'Institut est connu pour ses différents travaux sur les questions de radicalisation et l'extrémisme violent dans les pays du Sahel. Timbuktu Institute a récemment publié un rapport sur "Terrorisme et justice pénale" mais aussi une étude sur les "stratégies salafistes sur Internet". 
Pour rappel, le site Internet de l'institut avait déjà fait l'objet d'attaques informatiques en 2016. 
La Gendarmerie a été alertée et ses éléments sont attendus sur les lieux d'un moment à l'autre, nous informe un chercheur de l'Institut.

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer de Dakar, organise le mercredi 28 Mars 2018 à partir de 9 heures un séminaire sous régional sur le thème: « L’espace religieux sahélien face aux mutations géopolitiques ».

Cette rencontre de haut niveau, qui aura lieu au siège de la Fondation Adenauer,Stèle Mermoz Route de la Pyrotechnie à Dakar, réunira des chercheurs de divers horizons, la société civile, des représentants des Etats, des acteurs religieux, des diplomates, des universitaires, etc. autour d’une réflexion sur ces thématiques stratégiques.

L’objectif de cette rencontre, qui réunira des experts et chercheurs du Mali, du Niger et du Sénégal, est de dégager des pistes pouvant aboutir à la formulation de recommandations opérationnelles susceptibles d’orienter les décideurs et les organisations régionales, sous régionales et internationales, sur la nécessité de mettre en place des politiques allant dans le sens d’une meilleure prise en compte de la question religieuse au regard des mutations géopolitiques que connaissent les pays du Sahel.

Dans le cadre des efforts de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour mieux comprendre les problématiques liées aux jeunes et dans le but d'accompagner les Etats et acteurs intervenant dans la région, une étude sur "Violence des jeunes et Enjeux de l'extrémisme violent à Zinder a été confiée à Timbuktu Institute en collaboration avec les chercheurs de l'Université de Zinder.  

Région la plus peuplée du Niger, Zinder fait face à une forte croissance démographique et doit donc répondre aux besoins grandissant d’une jeunesse représentant plus de 70% de la population de la région (Institut National de la Statistique [INS], 2015). Cette démographie, combinée à l’un des taux de scolarisation les plus bas du pays, entraîne une grave crise de l’emploi et la difficile insertion sociale d’une masse importante de jeunes adultes et adolescents à Zinder. A partir de 2010, la problématique de l’alternance politique au Niger a suscité de nombreux débats publics et a fait ressurgir les revendications sociales liées à ces problématiques. Dans la ville de Zinder, les jeunes se sont alors organisés en groupes informels pour pallier l’inexistence de cadres de socialisation et d’intégration de la part de l’Etat et des autorités. 

Ces groupes informels de jeunes, appelés « fadas » ou « palais », sont identifiés comme les principaux acteurs de la violence urbaine à Zinder. Ces groupes fonctionnent parfois comme de véritables gangs, et sont souvent liés à la délinquance, aux manifestations violentes, au trafic et à la consommation de drogues. Dès lors, la proximité de Zinder avec le nord du Nigéria, les liens linguistiques, familiaux et ethniques, ainsi que les importants flux commerciaux et de personnes existant entre les deux régions, posent la question de l’influence potentielle du groupe extrémiste Boko Haram, présent au Nord Nigéria, sur la jeunesse de Zinder. Cette question est d’autant plus prégnante que des jeunes rapportent que des recruteurs du groupe Boko Haram ont approché les jeunes des fadas et palais dès 2012. En outre, la ville de Zinder a récemment été marquée par des manifestations religieuses violentes qui ont entraîné la destruction d’édifices publics, de lieux de culte et de domiciles chrétiens, ainsi que des attaques contre des personnes chrétiennes ou perçues comme telles. L’objectif de la recherche est donc de voir s’il existe une corrélation entre la violence classique des jeunes et l’extrémisme violent à fondement religieux ou encore l’usage de la violence religieusement justifié ou motivé. 
 
En s’appuyant sur des entretiens individuels avec des jeunes des fadas et palais et des membres de la population locale, cette enquête révèle l’influence que l’idéologie extrémiste violente a sur les jeunes de Zinder. Ceux-ci acquièrent souvent une connaissance rudimentaire ou indirecte de l’islam, à travers des proches ou internet, et sont exposés à des messages religieux radicaux diffusés à travers les réseaux sociaux, échangés ou vendus sur CDs et clés USB sur les marchés locaux ou circulants à travers des réseaux informels. Les prêches régionaux, effectués par des leaders religieux charismatiques participent également à la diffusion d’une vision rigoriste voire violente de la religion. Les mosquées et écoles coraniques jouent également un rôle important dans la diffusion de ces idées, car on note un durcissement du discours religieux qui ne touche plus seulement les aspects cultuels. Ainsi, l’étude révèle que l’écoute de ces messages et prêches joue un rôle important dans la connaissance et l’attirance que les jeunes ont pour les actions de groupes extrémistes tels que Boko Haram. On note également qu’un nombre non négligeable de jeunes voit de manière positive ces actions, qu’ils justifient comme des actes de défiance envers un système jugé injuste, dans lequel les aspirations des populations ne sont pas prises en charge par des politiques étatiques jugées inadéquates. La violence est alors vue comme un moyen de pression et d’affirmation face à un Etat perçu comme simple entité répressive, et la religion comme seul instrument de régulation sociale. 
 
A Zinder, où les obédiences religieuses sont variées, on note ainsi la montée du courant salafiste izala, qui s’oppose à l’islam traditionnel du Niger, plus proche des courants soufis et malékites. D’autre part, l’attrait des jeunes pour ces pratiques et interprétations rigoristes de l’islam peut s’expliquer comme une forme de construction de soi, une affirmation identitaire et une quête de sens pour des jeunes confrontés à la précarité, le manque d’opportunités socio-économiques, et la marginalisation. Les jeunes enquêtés viennent en effet de quartiers réputés violents et stigmatisés comme tels, où les infrastructures de base manquent et vers lesquels des populations marginalisées (lépreux, handicapés, personnes sourdes ou aveugles…) ont été déplacées. La majorité d’entre eux sont au chômage, ou ont des emplois saisonniers, et dépendent de l’assistance alimentaire et financière de leur famille. Le chômage et la précarité des jeunes de palais et fadas de Zinder écartent donc une grande partie d’entre eux des schémas classiques de réalisation de soi et de reconnaissance sociale, les rendant vulnérables au recrutement de groupes extrémistes. 
 
L’adhésion à des courants rigoristes leur permet aussi de se définir à contre-courant de l’héritage religieux de leurs parents et du reste de la société, et donc de se construire une identité personnelle originale. Enfin, ces jeunes participent souvent à l’économie parallèle de leurs quartiers, à travers le trafic de drogues, la prostitution, ou le vol. Pour certain de ces jeunes délinquants, la justification religieuse vient légitimer socialement une violence pénalement condamnable. En devenant des « défenseurs » des valeurs et des causes religieuses, ils peuvent ainsi acquérir une certaine reconnaissance sociale. 
 
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