« Union Africaine : L’Algérie a l’avantage d’avoir un pied stratégique dans le Sahel » (Bakary Sambe)

Le diplomate algérien Smaïl Chergui, à la tête du Conseil de la paix et de la sécurité de l’Union africaine depuis 2013, a été reconduit dans ses fonctions pour un nouveau mandat de quatre ans.

Le diplomate algérien, Smaïl Chergui, a été réélu le 30 janvier au poste de commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (UA), lors des travaux du 28e sommet de l’organisation panafricaine à Addis-Abeba. En poste depuis 2013, il rempile pour un nouveau mandat de quatre ans.

Le diplomate algérien qui était en compétition avec la Nigériane, Fatima Kyari Mohammed, a obtenu 36 voix lors du scrutin, rapporte l’agence officielle algérienne APS.  Il a prêté serment devant la Conférence, l’organe suprême de l’Union africaine, le 31 janvier.

Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) est l’un des organes pivots de l’UA en matière de paix et de sécurité. Chargé de la prévention des conflits et du maintien de la paix, il est basé sur le modèle du Conseil de sécurité des Nations unies hormis le système de membres permanents. Il est composé de quinze pays dont 10 sont élus pour deux ans et les cinq autres pour 3 ans. C’est le CSP qui a nommé le Mozambicain Joaquim Alberto Chissano comme envoyé spécial de la présidente de la commission de l’UA pour le Sahara en juin 2014.

Organe influencé par l’Algérie depuis sa création

Si les membres du CPS sont élus par la Conférence de l’Union africaine de manière à refléter l’équilibre régional en Afrique, d’autres critères, comme la capacité à contribuer militairement et financièrement au fonctionnement de l’Union ou l’efficacité de la présence diplomatique à Addis-Abeba est également prise en compte.

« Les États membres du CPS sont des gros contributeurs financiers de l’Union à l’instar de l’Algérie et du Nigeria qui apportent chacun 15 % du budget ordinaire de l’organisation —  et disposent indéniablement d’un veto de fait‘ dans le processus décisionnel », précise Le Monde diplomatique.

Le CPS, l’un « des organes stratégiques au sein de l’institution africaine« , est « influencé par l’Algérie depuis sa création en 2004« ,  précise pour sa part Bakary Sambé, professeur chercheur sénégalais et fondateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA) au sein du Timbuktu Institute.

Pied stratégique dans le Sahel

En tant que membre du Conseil,  l’Algérie a notamment mis en place « une stratégie basée sur la lutte contre le terrorisme« , ajoute la même source. En 2002, Alger s’était proposé pour abriter le CAERT, le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme à l’issue de la toute première réunion de l’UA sur la lutte contre le terrorisme.

Aujourd’hui, l’Algérie est « devenue incontournable dans les négociations de paix » dans plusieurs pays notamment dans les négociations de paix au nord Mali, poursuit Bakary Sambé. « Son avantage, c’est d’avoir un pied stratégique dans le Sahel  (Mali, Niger Tchad…)« , fait souligne-t-il. Le  processus de paix au nord Mali qu’elle a conduit a débouché sur un accord de paix en 2015 intitulé « Accord d’Alger ».

Habituée donc à jouer les premiers rôles au sein du CPS, l’Algérie avait été surprise par la candidature du Nigeria, l’autre poids lourd de l’institution. Selon Le Monde, « des émissaires algériens se sont discrètement rendus à Abuja, au Nigeria, en octobre 2006, pour tenter de dissuader le président Muhammadu Buhari de convoiter le poste de commissaire à la paix et à la sécurité. En vain. »