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Timbuktu Institute vous invite à la cérémonie de lancement et de dédicace du livre "Moi, musulman, je n'ai pas à me justifier" de Dr Seydi Diamil Niane

pour voir la vidéo :  https://www.youtube.com/watch?v=XkJGUpbG_sA&feature=youtu.be

Entre diplomatie religieuse et conquête économique, le modèle marocain fascine les milieux politiques et économiques et attire l’attention des chercheurs.

La probable adhésion du Maroc à la CEDEAO (et plus globalement sa stratégie africaine) continue d’animer le débat intellectuel en Afrique de l’Ouest. C’est ainsi que le think tank Timbuktu Institute a consacré sa conférence de rentrée, le 5 septembre, à la stratégie africaine des nouveaux acteurs de la coopération, avec un focus sur les cas du Maroc et de l’Inde.

Besoin d’affirmation
Pour Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, le royaume chérifien a réussi à transformer ce qui aurait pu être un handicap (sa géographie) en avantage. «Entre l’Océan Atlantique, la Méditerranée et l’Algérie, sa seule zone de déploiement, c’est l’Afrique subsaharienne», dit-il, citant un discours du roi Hassan II, en 1983, dans lequel il comparait le Maroc à un vieil arbre dont les racines se trouvent en Afrique subsaharienne et les branches et les feuilles dans la Méditerranée. Même si, selon le chercheur, derrière la forte affirmation de l’africanité du Maroc, il y a le besoin d’affirmation de l’africanité du Sahara.

Capital image
Le Maroc a donc capitalisé sur son histoire pour réussir sa «conquête» économique de l’Afrique subsaharienne. En effet, selon Bakary Sambe, l’intelligence des autorités marocaines réside dans le fait qu’elles ont su transformer les ressources symboliques et spirituelles du royaume en «capital image», et celui-ci en «capital économique». Pour cela, en plus de la diplomatie classique, le Maroc n’a pas hésité à mettre à contribution la Tariqa tidjania et les «cheikhs bilatéraux», ce réseau d’oulémas mis en place sous le règne de Hassan II. Un exemple qui devrait inspirer le Sénégal qui peine à sortir sa diplomatie d’une approche normative, alors que le monde est entré dans l’ère de l’influence où les ressources symboliques et culturelles sont devenues de véritables outils diplomatiques. Le Maroc a aussi, il faut le dire, profité du «mauvais calcul» de la France de Charles Pasqua, qui avait restreint l’accueil d’étudiants africains, avec la création de l’Institut d’études de Rabat au service d’une théorie bien ficelée de la coopération Sud-Sud. L’arrivée du roi Mohammed VI a marqué un tournant très important dans la mesure où c’est lui, en personne, qui prend en charge l’expansion économique sur le continent, multipliant les périples avec les chefs d’entreprise. Désormais, estime Bakary Sambe, pour Rabat, le défi réside dans la dialectique du lien (historique avec le continent) et du bien (l’économie). Et comment faire pour que le bien ne détruise pas le lien ? Tout l’enjeu est là !


Bakary Sambe
Directeur du Timbuktu Institute

Nos pays font l'objet de la convoitise des puissances sans développer aucune stratégie, non de résistance, mais d’existence. Comparé au Maroc, avec les mêmes moyens, notre diplomatie pouvait être plus ambitieuse si elle arrivait à gagner en vision et en prospective. Autrement dit, à sortir d’une logique normative pour intégrer les nouvelles réalités. On est sorti de la logique de puissance pour entrer dans l’ère de l’influence, du soft power, ce que le Maroc a très bien compris en faisant de son histoire des ressources symboliques au service de sa diplomatie. Il s’agit d’une véritable conquête économique par l’image et par l’histoire. Concernant une éventuelle adhésion du Maroc à la CEDEAO, nos pays ne doivent pas avoir peur, mais se préparer, définir des politiques claires pour ne pas en subir les effets pervers».

Yoro Dia
Journaliste, enseignant de relations internationales

L’avantage du Maroc, c’est d’être une monarchie: le temps politique correspond au temps économique. Contrairement à nos pays, le Maroc sait pourquoi il veut adhérer à la CEDEAO. Mais cette éventuelle adhésion mérite un grand débat national qui n’a pas encore eu lieu». 


Hub africain

Dans sa stratégie d’expansion africaine, le Maroc a d’abord misé sur la la banque, «un outil performant d’intelligence économique». Le Groupe Attijariwafa bank, présent dans plus de 20 pays, est le symbole de cette pénétration sur le continent. Sans parler des autres têtes de pont (BMCE Bank of Africa, Banque Atlantique, Saham, Maroc Telecom, etc.). Par ailleurs, conscient du rush vers l’Afrique, le Maroc cherche à convaincre les investisseurs étrangers de poser leurs valises à Casablanca pour ensuite les accompagner dans leur pénétration sur le continent, chose dont témoigne la multiplication des forums Chine-Maroc-Afrique ou Inde-Maroc-Afrique. C’est ainsi que Casablanca est devenu un véritable hub économique en Afrique. Un signal bien perçu par les milieux économiques européens. En témoigne la Coface qui, en 2012, avait présenté sa stratégie africaine à… Casablanca. Toutefois, certains redoutent de voir le Maroc devenir un pays de dédouanement de marchandises européennes avec une délocalisation massive des industries européennes sur son sol pour mieux exporter vers les autres pays de la CEDEAO.

Source : http://www.leseco.ma

Dans une récente tribune de Jeune Afrique (n°2979), le Directeur de Timbuktu Institute-African center for Peace Studies, Dr. Bakary Sambe, revient sur une « archéologie de la crise sécuritaire au Sahel » montrant que les racines profondes de la crise sont à trouver dans les inconséquences des politiques imposées aux pays du Sahel dans les années 90 mais aussi d’un retard de 40 ans accusée, depuis les sécheresses des années 70, par la communauté internationale dans son intervention au Sahel. Il appuie l’idée des solutions préventives par l’éducation mais pointe des incohérences qu’il faudrait éviter pour ne pas répéter les erreurs du passé. Voici in extenso cette tribune intitulée « Les kalachnikonvs n’ont jamais vaincu les idéologues »

« Un éminent leader religieux du Sahel me confiait qu’il fallait chercher les causes de la radicalisation dans la combinaison entre « l’arrogance des injustes et l’ignorance de ceux qui se sentent victimes ». De fait, la communauté internationale a quarante ans de retard par rapport aux réseaux qu’elle combat : lors des sécheresses des années 1970, ni l’Europe ni les États-Unis, rudement frappés par la crise pétrolière, ne pouvait nous aider. Ceux qui le pouvaient exportaient du pétrole, des pétrodollars et… des idéologies. Puis la communauté internationale imposa, dans les années 1990, des politiques d’ajustement structurel à des pays sommés d’emprunter le chemin du libéralisme en investissant le moins possible dans l’éducation, la santé et le social… Tandis que les exportateurs d’idéologies construisaient au Sahel des méderssas et y implantaient des ONG dites « islamiques » – lesquelles ont remplacé l’État et délégitimer les nouveaux missionnaires de la démocratie.

Début février, Dakar a accueilli le Partenariat Mondial pour l’Éducation. Mais j’aurais voulu rappeler à Macky Sall, Emmanuel Macron et même à Rihanna que de nombreux pays du Sahel souffrent encore d’une dualité, voire d’un éclatement du système éducatif, avec d’un côté l’école « officielle » francophone et, de l’autre, une multitude d’écoles coraniques. Les États sahéliens ne saisissent pas les enjeux d’une telle dynamique et n’ont jamais intégré cette dimension du choc des modèles religieux et citoyens par le biais de l’éducation dans le cadre global d’une politique de sécurité.

Le terrorisme a surgi au milieu de cet espace après avoir été vu, pendant longtemps, comme un phénomène lointain, et son caractère imprévisible n’a pas laissé de place à des stratégies en amont. Il a imposé une approche réactive. Confrontés à l’urgence, les pays du Sahel et leurs partenaires internationaux n’ont pu répondre que par le sécuritaire comme le fit Serval, dont il faut bien reconnaître qu’elle a stoppé les djihadistes sur leur route de Bamako. Mais en a découlé une conception strictement sécuritaire d’un phénomène nécessitant une approche holistique.

L’échec des solutions strictement militaires est une réalité irréfutable. Il ne fallait pas s’attendre à voir des kalachnikov défaire une idéologie. Les Américains sont restés plus de quinze ans en Afghanistan et les Talibans y sont encore. Serval a vécu, remplacée par Barkhane, qui est incapable d’en finir avec les terroristes dans le nord du Mali. Les groupes armés y prospèrent et le front s’est élargi vers le centre du pays avec le Front de libération du Macina, débordant jusqu’au Burkina Faso.

Les solutions militaires sont certes un mal nécessaire pour endiguer la menace grandissante, mais elles ne sont ni efficaces ni durables. Elles ont même inspiré les djihadistes ! Plus besoin de stratégies globales et de coordination risquées : il suffit de créer des zones d’instabilité et de mettre une couverture « islamique » sur toutes sortes de conflits pour susciter l’intervention occidentale qui, avec leurs bavures et leurs ratés, nourriront frustrations et révoltes – un terreau idéal pour recruter de nouveaux combattants.

Nous sommes devenus une vraie communauté internationale : pays riches ou pays pauvres, d’Afrique ou d’Europe, nous avons la vulnérabilité en partage. Gao, Maïduguri ou Tazalit sont aussi exposées que Paris, Bruxelles ou Miami. Ce qui se passe sous nos tropiques concerne aussi les puissants membres du Conseil de Sécurité et il est urgent de trouver ses solutions concertées. Or il y a un hiatus entre les approches globales, préconisées par nos partenaires internationaux, et les perceptions locales. Il est temps de donner leur dignité de « solutions » aux possibilités endogènes. Il y a cinq ans, je disais à des responsables de la Commission européenne que dans certains de nos villages l’achat d’un char vieux modèle coûtait plus cher que la construction d’une école. Deux choix s’offrent à nous avec la chance de pouvoir les coupler : prévenir aujourd’hui par l’éducation et la justice sociale ou se préparer, militairement, à intervenir indéfiniment et continuellement, demain, sans gage de réussite et avec le risque de reproduire les causes du mal que l’on cherche à combattre.

(Source Jeune Afrique n° 2979)

Mohamed Maiga est malien de nationalité, historien de formation, auteur de plusieurs communications sur la crise au Mali. Actuellement étudiant-chercheur en fin de deuxième cycle à l’UFR CRAC de l’UGB spécialisation gestion du patrimoine culturel. Par ailleurs, il est membre fondateur du réseau international pour le culte du débat, plusieurs fois champion d’Afrique, collaborateur du Timbuktu institute patrimoine et paix. Dans cet entretien qu’il nous a accordé avec la collaboration de l’Institut Français de Saint-Louis dans le cadre des « Débats d’idées », il revient sur l’ouvrage de Seydi Djamil Niane intitulé « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier »

Comment appréciez-vous cet ouvrage ?

En vérité c’est le meilleur ouvrage que j’ai lu en 2018 ; heureusement que nous sommes au mois de février et du coup j’espère que j’aurai l’occasion d’en lire d’autres. On perçoit que Djamil est un citoyen du monde qui a décidé de s’exprimer en tant que citoyen français, musulman d’origine africaine. Il porte sa veste d’universitaire tout en ne prenant pas position, en dehors de son appartenance confrérique qu’il montre dans chaque partie de son ouvrage. En effet on sent qu’il est un fervent disciple de la confrérie Tidianya. On sent qu’il est passé de la Chahada à la Mouchahada à travers cet ouvrage qui doit être lu par tous les français. Je parle surtout de ces français qui pensent comprendre l’islam, de ces français qui ne font pas le distinguo entre l’intégrisme religieux, le terrorisme et la République et surtout le caractère laïc de la République. Donc Djamil s’est présenté comme un citoyen du monde qui vient apporter un message. Don son message on sent son indignation. Djamil est à l’image de ces écrivains qui dénoncent comme Frantz Fanon, Mariama Ba …. Le plus important est qu’il invite les citoyens du monde à ne pas confondre l’extrémisme violent à l’islam.

Quel commentaire faites-vous du titre de l’ouvrage de Djamil?

Le titre est assez provocateur à l’image du livre d’Amadou Krouma  » Allah n’est pas obligé ». Il est assez provocateur non seulement pour les musulmans, mais aussi pour les islamophobes, les nérgrophobes et les francophobes, parce qu’en lisant le titre on a l’impression que Djamil veut nous inviter à voir l’islam d’une autre façon. Et pour mieux comprendre le titre il faut forcément lire l’ouvrage. Au tout début, l’auteur du dit » tout a commencé lorsque la question « que penses-tu des attentats? » s’est transformée à « qu’avez-vous fait encore? », après les attaques du Bataclan. On s’en qu’on lui a demandé quelque chose qu’il n’a pas voulu et il dit qu’il n’a pas à se justifier. Le sous-titre « Manifeste pour un islam retrouvé » donne de l’espoir.

Pensez-vous que ce manifeste puisse permettre à l’islam de retrouver sa place dans la société occidentale ?

Pour répondre à votre question je vais paraphraser Djamil à la page 117 où il dit : «  Mon intime conviction est que la grandeur de l’islam et de la France ne saurait être chantée que si chacun des deux se considère surtout et avant tout comme partie composante de l’humanité ». Voici un message de paix. Ce livre est tellement parlant surtout pour les musulmans de France. Je dirais que ce manifeste va permettre à ceux qui veulent comprendre de comprendre, à tous les musulmans de la France qui n’ont pas à se justifier et même aux musulmans du monde qui n’ont pas à se justifier devant des actes perpétrés ou commandités par des gens qui se réclament d’Allah. Ce livre permettra à l’Islam de retrouver sa place si et seulement si l’occident veut que l’Islam retrouve sa place, parce qu’en lisant Djamil on se rend compte par exemple que dans l’éducation nationale en France, il ya de l’islamophobie. Il ya également une grande ignorance dans les débats autour de l’islam.

L’auteur parle d’humanisme théocentrée. Qu’est-ce que cela suggère pour vous?

D’abord il faudrait rappeler ce que c’est que le théocentrisme. C’est une tendance à considérer Dieu et la religion comme étant la condition sinequano, la clef de la compréhension du monde et de l’histoire de l’humanité. N’oublions pas que l’humanisme est une affaire européenne, particulièrement italienne qui a vu le jour au 15eme siècle. Quand Djamil parle d’humanisme théocentré en précisant que pour que cet humanisme soit une réussite il faut revenir à la conception Soufi de l’unicité. Mais il se trouve que cette humanité est constituée de plusieurs éléments dont le soufisme; alors si vous proposez un humanisme théocentré qui n’a pas pour objectif de diviniser l’homme, mais de considérer Dieu comme étant partout, de considérer que Dieu est en nous, ce serait vraiment des bémols pour l’humanité. Pourquoi? Parce que d’abord vous avez un occident qui se dit civilisateur du monde qui prône le mariage gai, qui pense que la laïcité n’est pas compatible avec l’islam, qui pense que la démocratie et les droits de l’homme doivent prévaloir partout et qui pense que cette démocratie c’est de l’import-export, qui dit aux religieux de ne pas se mêler à la chose publique. Vous conviendrez avec moi alors que cet humanisme sera difficile à théocentrer, mais si on se fie à la conception soufie, c’est réalisable.

« Face à ceux qui déshumanisent la vie, osons chers musulmans, l’humanisme théocentré pour être à la hauteur du message coranique » Quel commentaire vous suggère ce passage?

C’est un message fort, il est tellement fort que je reproche à Djamil de l’avoir adressé seulement aux musulmans. Ce message devrait être adressé à l’humanité, surtout aux puissances occidentales pour qu’ils comprennent que c’est la seule alternative pour éradiquer ceux qui déshumanisent la vie, c’est à dire les groupuscules terroristes. Si on porte les lunettes de Djamil on se rend compte que l’humanisme théocentré qu’il prône est une solution. Il dit lui-même qu’on n’a pas besoin de maitriser le coran ou les hadiths du Prophète (PSL) pour voir les fruits de cet humanisme théocentré. Mais je précise qu’il faut préalable comprendre la conception soufi de l’unicité.

Quelle est la place du dialogue islamo-chrétien dont on parle souvent dans l’ouvrage?

Ce dialogue est au cœur de ce livre. C’est vrai au tout début Djamil critique, accuse et s’indigne mais au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture on note qu’il transmet un message de paix entre musulmans et chrétiens en donnant des exemples d’actes odieux commis par des chrétiens qui n’ont pas à se justifier à cause de leur religiosité. Du côté du monde musulman il cite les pétromonarchies qui essayent de faire rayer le Yémen de la carte du monde devant le silence et la bénédiction des puissances occidentales. Il rajoute que le dialogue est possible et pour le rendre tangible, il donne l’exemple de l’Association Internationale dont il est membre fondateur et qui appelle à la coexistence active. A la page 119, il dit:  » mon dernier vœux est qu’ensemble par-delà nos convictions religieuses ou philosophiques, au-delà de nos couleurs de peaux et d’orientation sexuelle, nous nous mobilisons pour rayer le mot désespoir du vocabulaire humain, désespoir qu’il faut rayer et faire appel à la coexistence active.

Que pensez-vous du style d’écriture de Djamil ?

Je voudrais d’abord dire que Seydi Djamil Niane est un intellectuel qui a beaucoup lu. Il ya chez lui plusieurs influences notamment celles de Frantz Fanon, Éric Geoffroy, Bakary Samb, Krumah, Amadou Ampaté Ba. Ce livre est du genre lettre ouverte qui s’adresse à l’humanité tout entière.

Entretien réalisé par Momar Alice NIANG

Source : http://ndarmag.com

Dans le cadre de ses « débats d’idées », l’Institut français de Saint-Louis a reçu Seydi Djamil Niane pour la présentation de son ouvrage intitulé « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier ». Une occasion pour ndarmag.com, en collaboration avec l’Institut Français de Saint-Louis, de revenir avec l’auteur sur ce manifeste qui invite à une meilleure compréhension de l’islam. Entretien

 

Qui est Seydi Djamil Niane?

Seydi Djamil Niane est un jeune franco-sénégalais qui a fait ses études primaires et secondaires à Louga, après quoi il s’est inscrit au département d’études arabes de l’université de Strasbourg où il a obtenu une licence en 2013 avant de s’inscrire dans ce même département pour un Master et un autre Master d’islamologie à la faculté de Droit et depuis septembre 2017, il est titulaire d’un doctorat en études arabe et islamologique. Il est actuellement chargé de recherche à Timbuktu institute, qui s’intéresse à la paix en Afrique. Il a déjà publié un ouvrage sur la poésie d’ElHadji Malick Sy qu’il avait intitulé «  La Voie d’Intercession du Prophète dans la Poésie d’El Hadj Malick Sy » et un ouvrage collectif « les représentations de l’Autre : identités et altérité » publié avec la collaboration de onze de ses collègues et son dernier ouvrage « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier »

Vous titrez votre dernier ouvrage « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier » mais après avoir lu le livre on se rend compte que le tout est une tentative de justification. Pourquoi ce paradoxe ?

Effectivement, c’est fait exprès car je dis dans le livre qu’aucun musulman n’a à se justifier, mais moi si j’ai décidé de le faire, c’est par choix personnel. J’ai accepté de parler, d’expliquer, de témoigner pour apporter un autre discours, celui de mon héritage. C’est ce que j’appelle « l’islam retrouvé ». Je vais vous faire une confidence : le titre que j’avais proposé à l’éditeur c’était « moi musulman, je refuse qu’on tue au nom de ma religion », mais après échanges on s’est dit qu’un titre pareil pouvait être assez problématique dans la mesure où si je dis que je refuse qu’on tue au nom de ma religion, cela voudrait dire que les autres musulmans qui n’ont pas écrit comme moi acceptent qu’on  tue au nom de leur religion, ce qui n’est pas vrai, parce que la majorité des musulman n’accepte pas ces tueries. C’est ainsi qu’on a changé ce titre pour en trouver un qui interpelle le lecteur.

Un autre paradoxe à la lumière de notre lecture de ce livre : vous semblez approuver Nietzche pour le musulman que vous êtes quand il évoque la mort de Dieu. Pourquoi ?

(Rires) Ça c’était une sorte de provocation que j’ai voulu faire. Mais après tout qu’est-ce que Nietzche entendait par la mort de Dieu ? La réponse pourrait faire l’objet d’une thèse de doctorat, mais j’ai juste voulu dire par là qu’à chaque fois qu’on lit le coran ont dit Al-Rahman Al-Rahim, Le Clément et Le Miséricordieux. Si on fait appel à ce Dieu là et qu’on sorte un jour pour foncer sur des gens, on tue des gens qui n’ont rien fait ; en les tuant on tue en même temps ce Dieu qui se définit en tant que Miséricordieux et Clément. Mais ce Dieu est mort dans le cœur de ces gens qui tuent et qui se réclament de Lui.

Vous dites quelque part dans le livre que les radicaux se fichent complètement de Dieu, ce qu’ils veulent c’est prendre la place de Dieu. Comment ?

Là je cite une anthropologue française, mais la raison est simple car c’est Dieu l’Omnipotent. Tenez et là je cite Rachid Benzine qui a préfacé mon livre et qui dit que « ces gens ce qui les intéresse c’est la gloire et comme ils ne peuvent pas donner un sens à leur vie, ils essayent de donner un sens à leur mort pour devenir éternel, pour qu’on parle d’eux jusqu’à la fin des temps », parce qu’on le veuille ou non, les frères Kouachi, Mohamed Coulibaly, Ben Laden on parlera toujours d’eux. Dieu étant Eternel, ils cherchent à ce qu’on parle d’eux éternellement.

Vous rappelez les propos d’Eric Zemmour qui sur BFM TV en 2016 affirmait que l’islam n’est pas compatible avec la République ni avec la France?

 

Oui des propos qui ont fait naitre en moi de l’amertume car c’était assez énervant d’entendre quelqu’un qui n’est pas islamologue, qui n’a pas fait d’études islamiques et qui vient te dire que les six millions de musulmans français n’ont pas leur place dans la République. Et puis ces propos manquaient vraiment de nuances car derrière le mot « islam », il évoque des choses qui n’ont rien à voir avec la religion musulmane.

Justement par rapport à cette utilisation de l’islam vous parlez également de certains intellectuels que vous qualifiez « d’orgueilleux ». D’où vient cet orgueil ?

L’orgueil c’est de parler de sujets dont la maitrise nécessite des années d’étude. Moi, je ne me suis pas réveillé du jour au lendemain pour parler de l’islam, j’ai fait mes études dans une école privée franco-arabe, j’ai fréquenté l’école coranique, j’ai eu une licence en Arabe, j’ai fait une thèse en études arabe et islamologique. Je peux dire au moins que je suis initié. L’orgueil c’est de venir comme ça et d’essayer de traiter des sujets dont la maitrise nécessite plusieurs années de recherche.

Dans votre ouvrage, vous évoquez également la stigmatisation de la communauté musulmane dans le système éducatif français. Est-elle à des proportions inquiétantes ?

Peut-être j’ai été un peu dur sur ce chapitre, mais quand je parlais de l’islamophobie dans l’éducation nationale, je cite un historien et une anthropologue qui ont travaillé sur cette question. Le titre de leur ouvrage est « Fatima moins bien notée que Marianne » et avec des chiffres, ils démontrent tout ça. Sur le port du voile par exemple, récemment il y’a juste deux semaines, une fille musulmane du nom de Mennel avait participé au concours « The Voice ». Apres sa prestation les membres du jury se sont tous levé pour l’accueillir. Le lendemain des gens se sont réveillés et sont allés fouiller dans son compte twitter et dans sa page Facebook, pour sortir des publications datant de 2015. Et avec la pression subie, elle a fini par démissionner. Et retenez bien que cette fille n’était même pas voilée. Elle avait juste mis un turban. D’ailleurs quand elle a été interpellée, elle avait déclaré que c’était juste une question de style. L’autre exemple que je vous donne il y’a encore juste deux semaine, on a vu un article du journal « Le Monde »  où on pouvait lire « femmes voilées, cherchent désespérément emploi » pour dire simplement que les femmes qui portent le voile ont plus de difficultés en France, pour trouver du travail, pour avoir un logement etc…

Ce que je précise par ailleurs c’est que je ne suis pas là pour donner des ordres ou pour porter des jugements de valeur sur le foulard. Je défends aussi bien la femme voilée que celle qui ne porte pas de voile. Je suis contre le fait qu’on oblige ou qu’on interdise à une femme de se vêtir de telle ou telle autre manière. Aujourd’hui nous avons des chiffres, on sait qu’une personne qui s’appelle Mohamed a plus de mal (même s’il est Docteur) à trouver du travail qu’une autre du nom de Christophe. C’est dire donc qu’une partie de la population française qui est de confession musulmane ne se sent pas assez français. Et cette rupture-là est assez problématique pour un pays aussi grand que la France.

Seydi Djamil parlons maintenant de la violence, vous en parlez dans votre ouvrage avec les organisations comme Bokko Haram, Alquaida et l’Etat Islamique qui utilisent la violence au nom de l’islam. Apres les attentats perpétrés  par ces derniers, quel est le discours que l’élite intellectuelle musulmane devrait tenir ?

Il faudrait d’abord retenir que ce sont le discours médiatique et le discours politique qui posent problème. Il faut expliquer à ceux qui veulent comprendre. Ceux qui ne veulent pas comprendre et qui sont dans la stigmatisation, je pense que cela ne sert à rien d’essayer de les convaincre. Il y’a des personnes qui, de bonne foi, pensent que l’islam est une religion violente qui fait appel à la terreur. Ces gens-là il faut leur parler car ils ont besoin de comprendre. Si j’ai intitulé l’une des sections du livre « Lutte contre toute forme de racisme », c’est qu’il y’a aussi une bonne partie des musulmans qui passent du temps à lutter contre l’islamophobie mais qui en même temps se comportent comme des antisémites, ce que je déplore aussi. Il faut lutter contre toutes les formes de racisme en ayant un discours intelligent, différent de certains discours comme celui de Youssouf Al-Quaradawi qui disait que « l’attentat suicide dans certains cas peut être légitime », et Rabi Al Madkhali qui lui soutient que « il faut combattre ceux qui ne veulent pas entrer en Islam sauf s’ils acceptent de payer une taxe ; et les combattre également s’ils refusent de payer cette taxe ». C’est aux intellectuels musulmans qu’il appartient de combattre de tels discours. Il faudrait par la même occasion mettre en exergue tous les enseignements spirituels qui appellent au dialogue.

 

Tous ces mouvements terroristes qui revendiquent leurs actes au nom de l’islam prônent également l’application de la Charia. Ne pensez-vous pas que c’est l’interprétation de la « loi islamique » qui pose problème ?

Effectivement, c’est à ce titre d’ailleurs que j’ai consacré toute une partie à la déconstruction dans mon ouvrage où j’invite à une lecture holistique du Coran. Vous savez, il y a des versets si on les sort de leurs contextes, si on les coupe ils peuvent justifier la tuerie du Bataclan ou tout ce qui s’est passé au Mali. Il y’a aussi des mouvements radicaux qui pensent que les Zawiya, les tombes il faut les détruire (c’est ce qui s’est passé à Tombouctou). Cette interprétation il faut la combattre au même titre que le discours haineux du wahhâbisme. Mais je dois vous dire que ce qui m’intéresse ce ne sont pas les personnes qui sont déjà embrigadées parce que je pars du principe que l’on ne peut plus déradicaliser ces derniers. C’est une thèse que je défends, peut-être qu’on peut la critiquer mais je crois que ce qu’il faut c’est surtout prévenir. Il y’a des gens qui ne sont pas encore endoctrinés il faut les sensibiliser et laisser à l’Etat le soin de s’occuper de ceux qui ont déjà pris les armes. Je consacre mon énergie à démonter le discours religieux qui essaye par exemple de légitimer Al-Qaïda. Et tous les penseurs intellectuels musulmans doivent en faire une obligation. Ils doivent démonter ce genre de discours en proposant un autre discours comme je le fais dans ce manifeste.

Que pensez-vous de ces jeunes africains qui regagnent les rangs de l’Etat Islamique par exemple ?

Je suis chercheur à Timbuktu Institue, on a fait beaucoup d’enquêtes sur les raisons qui poussent ces jeunes à s’engager dans ces mouvements terroristes. Et je peux vous affirmer que ce qu’on a découvert c’est qu’en Afrique, la religion n’est pas centrale dans le processus d’engagement de ces jeunes. Ce sont les mêmes personnes qui à une époque disaient « Barca ou Barçak » qui disent aujourd’hui si on a rien à faire ici pourquoi ne pas aller ailleurs. C’est  Cette frustration des jeunes qui est récupérée par certains religieux qui font croire à ces derniers, prenant l’exemple du Sénégal, « que vous êtes dans un  Etat laïque et depuis les indépendances vous n’arrivez pas à décoller, il y’a une élite qui s’accapare de vos ressources et vous jeunes vous ne faites rien. Et qu’en Islam il y’a une obligation de partager la richesse et que nous, soit Al-Qaida ou Aqmi , nous sommes là pour ça. » Face à un tel discours, un jeune qui n’est pas bien armé intellectuellement peut très bien verser dans l’extrémisme. Mais il ne faut pas généraliser cette manière de penser car en France par exemple ce n’est ni la frustration encore moins la misère sociale qui pousse les gens à s’engager dans les groupes terroristes car on voit par exemple des Docteurs de très hauts fonctionnaires rejoindre les rangs de l’EI. En Afrique il faut retenir que c’est la défaillance de l’Etat, la misère sociale et le chômage qui justifient l’attitude des jeunes.

Dans le Chapitre où vous demandez de « regagner le cœur de l’islam », vous parlez d’ « Islam et islam ». Y’a-t-il Islam et islam ?

Oui, regardez par exemple pour le christianisme c’est plus simple parcequ’on a le christianisme et la chrétienté. En islam nous ne l’avons pas. C’est  ce qui a poussé les islamologues à  faire se distinguo : quand on parle de « islam » avec un « i » minuscule, il s’agit de la religion avec ses pratiques ; et quand on parle de « Islam » avec un « i » majuscule, il s’agit de l’histoire, de la civilisation qui englobe l’empire omeyade, l’empire abbasside, l’empire du Mali, la culture, la littérature etc…

Seydi Djamil Niane vous évoquez également la responsabilité de l’homme dans ce combat pour une meilleure compréhension de l’islam. Qu’attendez-vous de l’homme ? 

J’attends de lui qu’il sorte de la religiosité aliénante. Vous savez aujourd’hui certains pensent que nous n’avons rien à faire parce que tout a été écrit. Mais si on part du principe selon lequel Dieu l’Omnipotent a déjà décidé de tout. Ce Dieu qui se définit comme étant le Juste et qui ne commettrait donc aucune injustice décide que je sois musulman et que l’autre soit chrétien ; si demain il décidait de me mettre au Paradis et de mettre l’autre en Enfer, où est la justice divine ? Du coup on est responsable de nos actes et responsable du monde. Cette responsabilité est fondamentale car elle engendre la liberté et la conscience de l’altérité.

En vous lisant, on sent nettement l’influence de Frantz Fanon, qu’est ce qui chez cet auteur vous attire ?

Ah oui ! J’irai même plus loin. A chaque fois que je le dis à mes amis musulmans ça les choque : aujourd’hui je n’arrive plus à lire le coran sans faire appel à Frantz Fanon. En effet il a cette particularité de dénoncer l’injustice quelle qu’elle soit tout en rendant l’homme responsable de lui-même. Je prends l’exemple de « Peau noire, masque blanc » dans lequel il relate les conséquences de l’esclavagisme et vers la fin, il dit «  vais-je prendre moi Frantz Fanon, l’autre blanc que je croise responsable des négriers de mes ancêtres ? » Et il conclut par dire non, parce que « je refuse d’être esclave de l’esclavage » . En d’autres termes il analyse les conséquences politiques de l’histoire tout en nous demandant de nous libérer de cette histoire sans pour autant l’oublier. Comme le dit souvent mon ami Bakary Sambe, « la colonisation n’est pas mon histoire mais c’est ma mémoire ». 

Entretien réalisé par Momar Alice NIANG

Source : http://ndarmag.com

On Friday, the 16th of February, the Timbuktu Institute African Center for Peace Studies welcomed Ambassador Stephan Röken of Germany.

 

His Excellency expressed an interest in the Institute after having read the director BakarySambe’s column in JeuneAfrique, “Les Kalashnikovs n’ontjamaisvaincu les ideologues.” Agreeing that education and other preventative measures are the solution to growing violent extremism across the Sahel, Ambassador Röken sought to learn more about the mission of the Timbuktu Institute; the promotion of African cultural resources in order to resolve and prevent conflict in all forms.

 

In particular, Sambe and Röken discussed the current educational divide in Senegal. Like many other countries in the Sahel, Senegalese students are split between an ‘official’, French, and secular education, and Koranic schools. Sambe sees this a divide with great potential for danger, as the political elite have all been products of the French system since independence. The lack of valorization of the Koranic schools and those who hold an Arabic baccalaureate could lead to more than political ramifications.

 

In turn, Ambassador Röken spoke of Germany’s future role in conflict prevention. He noted that Germany has a growing interest in Sahel security due to domestic politics surrounding migration. He praised the work produced by the Timbuktu institute through partnerships with German institutions like the Konrad Adenauer Foundation, and Rosa Luxembourg.

 

His excellency expressed his hope that such partnerships would continue, that other German institutions would become involved, and noted that he looked forward to potential future partnerships between the Timbuktu Institute and the German Embassy.

 

 

In a recent opinion article published in Jeune Afrique(n°2979), the Director of the Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies Dr. Bakary Sambe examines the "archaeology of the security crisis in the Sahel", showing that the deeper origins of the crisis can be traced back not only to the careless policies of the 1990s imposed on Sahelian countries, but also as a result of the international community’s 40 years delay to intervene in the regionsince the droughts of the 1970s. Dr. Sambe touches on the idea of preventive solutions through education while highlighting the incoherencies that must be avoided in order to not repeat the mistakes of the past. Here is in extenso his opinion piece titled : "AK-47s never defeated the ideologues."

 

An eminent religious leader from the Sahel confided in me that to get at the real causes of radicalization one must consider the combination of “the arrogance of the unjust and the ignorance of those who see themselves as victims”. Indeed, the international community was forty years too late to respond to the networks they are currently fighting against: ever since the droughts of the 1970s, neither Europe nor the United States, who were at that time stuck in the throes of the oil crisis, could help us. Those who could lend us a helping hand exported petrol, petrodollars and… ideologies. Then the international community came down hard in the 1990s with policies of structural adjustment demanding that borrower countries follow the path of liberalism by investing as little as possible in education, health, and social programming, while the exporters of ideologies were building madrasas in the Sahel and implanting so-called “Islamic” NGOs – which replaced the state and delegitimized the new missionaries of democracy.

At the start of February, Dakar welcomed the International Partnership for Education. But I would have liked to remind MackySall, Emmanuel Macron, and even Rihanna that many Sahelian countries still suffer from a duality, or better yet a split of the educational system, with the “official” francophone school on one side and a multitude of Qur’anic schools on the other. TheseSahelian states lack an understanding of what’s at stake because of this dynamic, and have never integrated this shock dimension of religious models and citizens by the education bias into the global framework of security policy.

Terrorism emerged in the middle of this space after being viewed, for many years, as a far-off and unlikely phenomenon, and its unpredictable character did not leave room for upstream strategies. Conversely, terrorism demanded a reactive approach. Confronted with this level of urgency, the countries of the Sahel and their international partners were only able to respond via asecurity-based approach as illustrated by the Operation Serval. And while it must be recognized that the Operation did manage to stop the jihadists on their way to Bamako, the result was the strictly security-based conception of a phenomenon that requires a holistic approach.

The failure of purely military solutions is an irrefutable reality. One simply cannot expect AK-47s to dismantle an ideology. The Americans stayed for more than fifteen years in Afghanistan and the Taliban still has not left. Serval made it through, replaced by Barkhane, which is incapable of finishing off the terrorists in the north of Mali. Armed groups prosper there and the front has expanded towards the center of the country with the Liberation Front of Macina overflowing into Burkina Faso.

Military solutions are certainly a necessary evil to contain the growing threat, but they are neither efficient nor sustainable. In fact, they have served as inspiration for jihadists! Global strategies and risky coordinative games are no longer needed: it is sufficient to create zones of instability and label all sorts of conflicts “Islamic” to generate Western intervention which, with their blunders and miscalculations, will nourish frustrations and revolts – an ideal breeding ground for recruiting new combatants.

We have become a real international community: rich countries or poor countries, Africa or Europe, we have this vulnerability in common. Gao, Maiduguri orTazalit are as exposed as Paris, Brussels or Miami. What happens in our tropics also concerns the powerful members of the Security Council and it is urgent to find collaborative solutions. Yet, there is a gap between global approaches, recommended by our international partners, and local perceptions. It is time to give possible endogenous solutions the dignity they deserve. Five years ago, I expressed to officials of the European Commission that in some of our villages the purchase of an older-model tank costs more than the construction of a school. We are presented with two choices: to prevent terrorism today via education and social justice or to prepare ourselves, militarily, to intervene indefinitely and continuously tomorrow, without a guarantee for success and with the risk of reproducing the causes of the evil we are fighting against. 

(Source JeuneAfrique n° 2979)

In this Lettre de l’Observatoire des Radicalismes, the Timbuktu Institute seeks to “document a theme largely debated beyond suppositions and hypotheses, specifically on Salafism’s force and real impact amongst young people.”

“The analysis of online messaging from this sect’s principal predicators has been particularly instructive regarding the dangers or lack thereof surrounding these discourses which, contrary to popular belief, are as varied as they are contradictory,” emphasized Bakary Sambe.

Considering the prevalence of internet and social media use by extremist groups to recruit members, the Timbuktu Institute seeks to add to the debate surrounding online recruitment with this case study, based on months of following Salafist Youtube personalities.

The study is particularly interested in Salafist digital strategies in regards to messaging content, chosen targets, and opposition to Sufi brotherhoods as part of wider recruitment tactics.

The director of the Institute specified “the methodology adopted for the study necessitated analysis by researchers who are not familiar with Senegalese Salafist discourse, in order to avoid any and all forms of bias. The study was performed by our American research assistant Stephanie L. Schmitt, allowing for a new perspective from a curious and driven member of the team. A French version of the article will soon be available.”

The report Salafist Online Messaging and Digital Strategies in Senegal can be read via the attached link, or under the ‘Publications’ section of our website.

Download the report by clicking on the following link Salafist Online Messaging and Digital strategies in Senegal

On Monday, director of the Timbuktu Institute Bakary Sambe invited authorities to put in place an “inclusive national strategy” to prevent and counter violent extremism.

“This is a solemn call to the Senegalese government to institute an inclusive national strategy to prevent and counter violent extremism,” he declared.

Dr. Sambe’s remarks were part of a speech given at the closing ceremony of the Institute’s “Educating for Peace” program, which was conducted with the support of the American embassy.

For him, it is urgent to develop such a strategy “considering the constant mutation of the terrorism phenomenon.” He elaborated the Senegalese plan should be “part of a broader sub regional network,” and that authorities should not “neglect to integrate regional systems of cooperation” into the plan.

Dr. Sambe also indicated that the creation of the strategy should involve religious and civil society leaders as well as researchers, and should use education as a central policy pillar.

“The Institute implores Senegalese authorities to work with their African and International partners to put in place and operationalize a collaborative platform to anticipate risks,” said Sambe.

Specifically, Sambe cited homegrown terrorism, a risk all countries in the region are working to counter and prevent.

Tulinabo Salama Mushingi, United States Ambassador to Senegal, “by emphasizing dialogue and interaction, a new generation will understand the value of of the exchange of beliefs, thoughts, and ideas.”

His Excellency continued, “tolerance does not imply a lack of engagement in regards to the beliefs of others, rather, it condemns the oppression and persecution of other’s beliefs.”

He concluded “in this program [Educating for Peace], it is not a question of changing another’s opinion. Instead, it seeks to understand the perspectives of others in order to live peacefully.”

Written in the style of an open letter from one global citizen to another, « Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier » by Seydi Diamil Niane seeks to steer the confusing and politically charged conversation about Muslims and their relation to violent extremism away from the damaging blame game towards a call for a spiritual Islam compatible with humanist values. Moreover, while Diamil Niane’s condemnation of extremism is absolute, he rejects the notion that he or any other Muslim ought to apologize or distinguish him or herself as one of the ‘good guys’ in the wake of a terrorist incident. On page 35, Diamil Niane writes: “If I decide to take up the pen to denounce the violent extremism of certain groups claiming to share in my own religion, then it is by personal choice and not by obligation.”

More interesting still, is Diamil Niane’s rationale for refusing to give in to the pressure to defend one’s religion every time these heinous acts perpetrated by a tiny minority – who disproportionately kill other Muslims - are brought up. Logically, it makes sense that one person cannot be held in any way responsible for an act they did not commit themselves. However, today’s media climate reflects a double standard whereby Muslims are expected to justify their faith after terrorist attacks when the same courtesy does not apply to other groups, religious or otherwise. For example, Christians are hardly ever called upon to excuse themselves for the war in Iraq, even though George Bush identified as a Christian. In a similar vein, media pundits do not demand that every French citizen beg for forgiveness for the atrocities committed by their government during the colonial period.

Given the book’s target audience of “global citizens”, Diamil Niane does a commendable job of linking Islamophobia, that is, a prejudice against Muslims which is completely separate from justified criticisms of Islamic thought and practice, to other forms of racisms that persist in 21st century in France. By so doing, the book is able to connect to a larger audience by drawing the connection between Islamophobia and other social justice issues such as the French strain of anti-Semitism that has placed Jews under the microscope for centuries as easy scapegoats (case in point, the Dreyfus Affair) and led to the characterization of an entire religious community as somehow less trustworthy than other French citizens.

            Indeed, for me the book’s most touching moment came early on in the dedication page. In addition to two tributes to the author’s mother and a former teacher, the book is dedicated to Rosa Parks, or, in the author’s own words, “She who refused to explain herself.” This tribute reminded me that whether a people are fighting for justice on the basis of religion or race, it is never up to society at large to dictate the terms of their so-called equal treatment. Muslims do not have to apologize profusely for practicing their faith to make non-Muslims feel safer, nor should Americans to dictate what black Americans can or cannot speak out against because their “Black Lives Matter” protests make parts of white America uneasy.

            Yet, the book’s title begs the question, if Muslims are not obligated to constantly explain or justify their faith, then what can they do to fight back against the tide of criticisms against their religion? For the author, the answer to this question is to show the beauty of Islam through their exemplary behavior and acts of kindness. Dialogue, particularly interfaith dialogue, is also stressed as essential to promoting understanding and counteracting intolerance against a religion that is so deeply misunderstood by many, particularly in the West. And while I wholeheartedly agree that interfaith dialogue is necessary to counteract Islamophobia, I worry that this sort of interpersonal connection is not always possible.

            Granted, my perception is a little skewed. I live in a country with a population of 323 million of which an estimated 3.5 million individuals identify as Muslim. It is not uncommon, especially in rural areas, for a fully mature adult to not know a single Muslim person. Speaking from personal experience, before attending university I knew only a handful of Muslim families in my small town which was mostly made up of the descendants of Irish or Italian immigrants. Still, after every incident of radical Islamic terrorism the same scenario plays out on U.S. television screens. A so-called “expert” on Islam gets on a national news network such as Fox News to denounce Islam as inherently violent. Oftentimes, they produce one verse of the Qur’an that alludes to physical retaliation of some sort, completely isolated from both its historical context and its surrounding verses of course, and wave it around to evoke fear and suspicion of Muslims residing in the U.S. My point is, that it is much easier to fear and otherize Islam when you have no personal experience whatsoever interacting with Muslims. Moreover, in the same way that it is unreasonable to ask a Muslim to justify their faith after a terrorist incident, we cannot burden the relatively small number of Muslim-Americans with the task of educating the masses of non-Muslims whose knowledge of Islamic is next to nothing. This presents quite the dilemma for countries without a sizable Muslim minority such as the United States. Although the book provides fascinating insights for Muslims on how to internalize the core values of their faith and walk along the path of Sufism, I was left wondering what the author’s recommendations for non-Muslims to promote tolerance and interreligious understanding would be.

Aoife Croucher

Research Intern at Timbuktu Institute –African Center for Peace Studies

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