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Affaire Damiba : Reconquête territoriale et verrouillage du pouvoir au Burkina Faso Spécial

© ANNE MIMAULT/REUTERS © ANNE MIMAULT/REUTERS

Du 17 au 25 janvier 2026, le Burkina Faso a été marqué par un événement politico-sécuritaire majeur : la remise de l'ancien chef de la junte, Paul-Henri Sandaogo Damiba, réfugié au Togo depuis sa chute en septembre 2022, aux autorités burkinabè. Il est souvent accusé de tentative de putsch contre l’État depuis son exil. Cette information a été confirmée par les autorités judiciaires du pays. Cet événement démontre que la transition burkinabè est engagée dans une guerre, non seulement contre les groupes armés, mais aussi contre ceux qui tentent de troubler la cohésion interne visant à neutraliser toute tentative de coup d'État et de déstabilisation du pouvoir en place. Selon plusieurs sources, le transfert s'est effectué en vertu d'une garantie selon laquelle l'intéressé ne serait pas condamné à mort.

Urgence sécuritaire et resserrement politique : la double conflictualité burkinabè à l’épreuve de l’affaire Damiba

Dans les semaines à venir, la communication gouvernementale pourrait être axée sur la vigilance accrue des services de sécurité, la neutralisation des réseaux de subversion et la nécessité de maintenir une discipline stricte au sein des forces armées. Cette séquence s'inscrit dans un contexte plus large de militarisation de la gouvernance, déjà observable depuis plusieurs mois, dans lequel l'État justifie le resserrement politique par l'urgence sécuritaire. Le Burkina Faso est confronté depuis plus de trois ans à une double conflictualité structurelle : une conflictualité asymétrique territoriale liée aux groupes armés irréguliers, et une conflictualité intra-élite, nourrie par les successions de coups d'État, les rivalités personnelles et les loyautés fluctuantes. L’affaire Damiba illustre la fragilité de l’architecture politico-militaire : même évincés, les anciens dirigeants demeurent une ressource politique potentielle pour des réseaux dissidents.

Reconquête territoriale et démonstration d’autorité : la sécurisation de l’Est comme levier de consolidation du pouvoir

Pendant ce temps, la reconquête du pouvoir reste une priorité pour le régime en place depuis son accession au pouvoir. La visite de terrain du ministre d’État chargé de la Défense patriotique dans la région de l’Est, notamment à Fada N’Gourma, Falagountou, Ougarou, Diapaga et Kompienga, s’inscrit dans cette dynamique. Elle s'inscrit dans le cadre de la « stratégie de reconquête progressive de l’intégrité territoriale et de restauration de la sécurité ». Dans un futur proche, on s'attend à un durcissement du contrôle politico-sécuritaire au sommet de l'État et à l'ouverture de procédures judiciaires élargies contre d'autres personnalités perçues comme des menaces.