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Investi dans sa mission de veiller sur la hadra et son patrimoine matériel comme immatériel depuis l’âge de 17 ans, celui que tous, à la suite de son homonyme, Cheikh El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabakh, finirent par appeler « le digne de confiance », Al-Amine, est l’une de ces rares personnalités qui ne se contentent pas de marquer seulement leur époque. Ils la façonnent ! 
La spécificité de la personnalité de Cheikh Abdoul Aziz Sy Al-Amine est que chacun croit mieux le connaître que tout le monde, tellement il savait personnaliser les relations qu’il entretenait avec les gens au point d’induire certains vers l’impression de le posséder totalement alors qu’il était le patrimoine de tous. 
C’est Sahykh Ahmad Sukayrij qui parlait de Cheikh El Hadji malick Sy en le définissant comme le « legs béni des anciennes aux futures générations » (Barakatu Salafi fil Khalaf) dans son célèbre ouvrage sous le titre de (Jinâyatul ). Serigne Abdou semble s’inscrire dans cette même tradition de perpétuation et surtout de sauvegarde du patrimoine dont il faisait finalement partie, au point que le Pr. Mbaye Thiam de l’EBAD, l’appelait « le gardien du temple ». C’était en ces moments forts de la vie d’une hadra où l’on attendait la consigne libératrice après tant d’heures de réflexion et de concertation de la part de celui qui, par sa lucidité, pointait le doigt de la guidance vers la meilleure solution. Meilleure parce que toujours juste, réfléchie, et en toute connaissance de cause mais surtout conforme à l’héritage auquel il était si « jalousement » attaché ! Mais c’était une fidélité au message parfaitement inscrite dans l’action et le « mouvement » comme dirait un certain Mohammed Iqbâl. 
Al-Amine aura été le guide qui, à un moment où la vieille tradition pouvait éloigner les jeunes de la totale implication dans la vie confrérique exotérique comme ésotérique, a eu l’idée d’en rajeunir les structures et de mettre la jeunesse au cœur la Tarîqa. 
C’est cet élan de rénovation fidèle à l’essentiel qui a donné naissance à une « jeunesse malikite », au mouvement « Mouqtafîna » et bien avant, l’esprit qui généra tant d’autres organisations comme la Dahiratoul Moustarchdina Wal Moustarchidaty et la Cellule Zawiya Tijaniyya etc.. Décidément, Al-Muharram finit par être son mois pendant lequel le plus grand regroupement de la jeunesse s’est toujours effectué. Même en son « absence », ce sera toujours son inspiration qui devrait nourrir les ambitions d’une jeunesse devant d’énormes défis et responsabilités. 
S’entretenir avec Al-Amine, après de longs moments de recherche de solutions et d’initiatives dans tous les sens finissait par être un court instant de bonheur partagé pour l’éternité; tellement les vérités les plus sincères et les critiques les plus constructives étaient formulées, de sa part, dans un style et un langage, certes, pleins de franchise mais aussi, toujours, d’affection paternelle. 
C’est Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al-Maktoum qui enseignait que « les confréries sont des clubs mystiques où se forment continuellement les athlètes de la religion ». En revisitant, Al-Fayyâdh,  l’ouvrage d’Al-Amine regroupant ses différents discours et conférences tenues à travers le monde, on peut dire que Serigne Abdoul Aziz Sy a su, par une pédagogie différenciée, didactiser cet enseignement en leçons de vie, en éternel viatique pour donner corps à l’esprit de la Himma (volonté d’action), plier essentiel de la Tarbiyya Tijaniyya. 
On se souvient, lors de nos Ziara dans le fameux « salon » qu’il nous disait « ne me présentez plus de projets, venez avec des bilans et des résultats » ! 
En fait, l’homme qui a parcouru le monde musulman, l’Europe et l’Amérique au service de sa mission qui n’a jamais varié, avait senti qu’il fallait booster une jeunesse qui le prenait pour modèle et à laquelle il fallait, vite, transmettre l’esprit de l’action comme philosophie de vie menant à la réalisation spirituelle. Une méthode collant parfaitement à la démarche de la Tijâniyya exigeant, bien que Tarîqatu Shukr, une double excellence spirituelle et temporelle afin que la « reconnaissance des faveurs » rime avec mérite dans l’humilité. 
Le souvenir est encore vivace des moments décisifs de la mise ne place du Forum national de la Tijaniyya en France ou encore du Symposium du Mawlid, du regroupement annuel de la jeunesse tidiane malikite, des diverses actions du COSKAS et tant d’autres instants qui ont façonné le tournant décisif qu’Al-Amine a su donner à la vie de la Hadra. Il est sûr qu’en procédant à l’inauguration de la Zawiya Tijaniyya de New York, tous les esprits se tourneront vers cet infatiguable bâtisseur, cet éducateur indulgent et rigoureux à la fois. On ne saurait comment ! 
La personnalité de cet « absent » le plus présent dans l’esprit des jeunes de la Hadra était multidimensionnelle au point que tous se le disputaient alors qu’il savait recevoir chacun et lui parler dans le langage qui sied. Serigne Abdou savait « rester digne en étant populaire » mais surtout, il était capable de « rester peuple en conseillant les rois », si on en était arrivé à paraphraser R. Kipling pour illustrer ce témoignage. 
Dans un bus vers l’Aéroport de Casablanca, la radio nationale du Maroc annonce une audience solennelle entre le Roi du Maroc et Cheikh Abdoul Aziz Sy Al-Amine, représentant de la famille d’El Hadji Malick Sy dans les dorures du palais qui ne l’impressionnaient pas; car une semaine après, on pourrait le retrouver, dans son humilité et sesn du devoir, à Yeumbeul, Kaolack, Mbour, ou « simplement » assis, au milieu de centaines  de jeunes, dans un stade de la banlieue dakaroise pour une wazifa. Acte symbolique de la Tarîqa qu’il a complètement vulgarisé dans le sens d’une sage expansion des enseignements ! 
Les critiques littéraires arabes parlent souvent de « Sahl al Mumtani’ » pour vanter la beauté d’une sublime prose, en apparence facile d’accès, mais difficile à cerner. On pourrait appliquer un tel paradigme dans l’approche que tout analyste aurait eu de la vie et de l’œuvre d’Al-Amine.
  
L’actualité brûlante est aussi pleine de moments qui nous font penser à ses déclarations et appels à la retenue lorsque le pays se trouvait dans des contextes plus ou moins critiques. En plus de son rôle de « régulateur social » qu’il jouait lors des grandes crises politiques, Serigne Abdoul Aziz Sy Al-Amine, alors khalife général des Tidianes, et même bien avant, arrivait à saisir les opportunités et les moments de grande écoute pour développer un discours relevant plutôt de l’avertissement ou de « l’alerte précoce » à la manière des prospectivistes « profanes ». 
Sa profonde connaissance du milieu et de la classe politiques lui permettait de s’adresser aux différents acteurs de l’opposition comme du pouvoir en toute liberté de ton. Au cours d’une entrevue avec lui, à Tivaouane, après nous avoir demandé quelle était notre spécialisation (la science politique), il nous dit en des termes assez sérieux : « nul ne connaît la politique sénégalaise mieux que moi ». Il faut dire qu’il a été impliqué dans nombre de réconciliations et de négociations à chaque fois qu’une crise majeure risquait de mettre à mal le fameux « contrat social sénégalais ». 
  
Lors des obsèques à la suite de la disparition de Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al-Maktoum à laquelle toute la classe politique ainsi que les représentants des partis avaient assisté, il leur lança : « Si vous n’arrêtez pas vos querelles, le pays basculera dans la guerre civile. (…) Ce que je vois venir n’augure rien de bon. Et vous n’aurez plus de temps pour vos partis politiques. Car, celui qui vous tuera sera à vos côtés. Mieux vaut donc arrêter vos querelles, sans quoi notre pays en sera détruit.» (cf. Journal, l’Observateur n°4046 du lundi 20 mars 2017 pp. 1 et 5) 
  
Ces propos prononcés dans le contexte d’un climat politique tendu prenaient tout leur sens dans un contexte où il appelait à l’apaisement et à la sérénité. Le style d’un tel discours rappelle, sur nombre de ses aspects, un appel à la « raison » et à l’apaisement du climat politique par des directives pour plus de concorde et de cohésion. D’ailleurs, Serigne Abdoul Sy Al-Amine et Serigne Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké, défunt Khalife général des Mourides ont marqué le champ sociopolitique sénégalais par leurs appels à « l’unité » et à la « concorde » au point que leur khalifat a symbolisé un esprit de « cohésion » jamais retrouvé depuis celui de Cheikh Abdoul Aziz Dabakh, décédé en 1997. 
  
C’est dans ce sens qu’un hommage Al-Amine, par les temps qui courent, ne peut pas omettre le sentiment profond de regret d’un homme de paix, de conciliation et de concorde. 
  
Bakary Sambe 
Membre de la Cellule Zwiya Tijaniyya 
Co-Fondateur du Forum National sur la Tijaniyya en France 

Dans la continuité de sa démarche consistant à impliquer les autorités publiques dans ses réflexions, recherches et actions, Timbuktu Institute a procédé à la présentation du Projet Innovant des Sociétés civiles et Coalitions d’acteurs (PISCCA) au préfet de Dakar, Alioune Badara Sambe, ce mardi 4 septembre 2018. D’ailleurs, c’est le préfet, lui-même, qui a fait l’amitié, à l’équipe de Timbuktu, en se déplaçant pour la présentation du projet et, en même temps, visiter l’institut. 
La rencontre fut chaleureuse et cordiale. Elle a été l’occasion, pour l’équipe de Timbuktu Institute, de discuter avec le préfet de Dakar de la situation sécuritaire du pays et, de la commune dont Monsieur Alioune Badara Sambe assure le maintien de l’ordre public. 
Sachant que le milieu sportif, notamment pendant les Nawétane et combats de lutte, connaît une violence régulière, le préfet a salué et positivement accueilli ce projet qui venait de lui être présenté et a fait part de sa disponibilité et volonté d’accompagner l’équipe de Timbuktu dans son exécution.
Rappelons que le projet PISCCA, soutenu par l’Ambassade de France au Sénégal, est porté par Timbuktu Institiute. Son objectif est, par le biais du sport, de sensibiliser les jeunes aux valeurs citoyennes et démocratiques mais aussi à la lutte patriotique contre toutes sortes de violences. 
Le projet, qui comprend des ateliers de sensibilisation et de formation ainsi que des tournois de foot, sera exécuté à Dakar, Mbour, Kaolack et Saint-Louis.

British Prime Minister Theresa May got plenty of attention for her trip to Africa last week. Videos of her dancing — one with secondary students who greeted her in South Africa and another with her dancing with young scouts in Kenya — went viral.

But May's dance-floor diplomacy didn't overshadow her larger mission in Africa, which was to forge business ties for a post-Brexit Britain. In Cape Town, she pledged more than $5 billion to support African markets and also promised that her country would overtake the United States to become the biggest investor in Africa out of the G-7 countries.

Cheta Nwanze, an analyst at the Lagos-based research firm SBM Intelligence says Britain is desperately trying to find new trade partners. "Because Brexit isn't working out as it had expected," he said. "Brexit is seven or eight months away now and they're so many contentious issues that will need to be resolved."

Playing catch up to China

German Chancellor Angela Merkel made her own recent foray to Africa, visiting Senegal, Nigeria and Ghana, also seeking economic benefit. China has played the role of Africa's largest trading partner for the past nine consecutive years, and both Britain and Germany have a lot of catching up to do.

German Chancellor Angela Merkel, left, is welcomed by Ghana's President, Nana Akufo-Addo, right, at the Presidential palace in Accra, Ghana, Aug 30, 2018.

According to British government figures, the country's total trade with Nigeria, South Africa and Kenya — the countries May visited — amounted to $16.9 billion in 2016. That's less than 2.5 percent of the $712 billion in goods and services that Britain exchanged with the European Union in the same year, Reuters reported.

Meanwhile, Germany declared 2017 a key year for its Africa policy and hosted African presidents in Berlin at a G-20 summit to boost private investment. However, to date, Germany only has about 1,000 companies that are active in Africa.

In comparison, China has 10,000 firms in Africa. It has financed more than 3,000 infrastructure projects on the continent, building thousands of kilometers of highways, generating thousands of megawatts of electricity and creating thousands of jobs across the continent.

"China is challenging all the Western countries, even the United States. China has no historical background of colonialism [in Africa] so many Africans prefer working with China," said Bakary Sambe, a development and peace studies analyst in Senegal.

This week, several African presidents are in China for the 2018 Forum for Africa-China Cooperation, which China's Foreign Minister Wang Li described as the biggest summit of all time.

But, Nii Akuetteh, a prominent independent Ghanaian policy analyst based in Washington, D.C., recommends African politicians, businesses and civil society members be wary of both the West and the East.

"If I had my way, they would be far more vigilant and tougher against Merkel, against May, and even against the Chinese, because all these global powers are rushing to Africa now and they all claim that they love Africa and they want to help. Well, we all heard that before and it led to slavery and it led to colonialism," he said.

Stopping migration

Akuetteh said May and Merkel are motivated in part by a desire to stop the waves of African migrants showing up on Europe's shores.

"They are doing this because their populace don't like Africans. Merkel is very clear, that's why she's doing this — we want to create jobs in Africa so you all don't come to Europe," he said.

Merkel said she wants to work with these governments to tackle issues the three countries are struggling with, such as the Boko Haram insurgency and widespread unemployment.

One of the agreement she said was an MOU signed between German automaker Volkswagen and partners in Ghana and Nigeria. Volkswagen announced last week it would assemble cars in Ghana and make Nigeria an automotive hub.

Ayisha Osori, the head of the Open Society Initiative for West Africa, commends this effort and says African leaders need to acknowledge the reasons why citizens are risking their lives to flee.

"It's a good deal to create more jobs to keep people away from migrating, coming over to Europe in less numbers. Looking at the people who try to cross the desert, that go by sea or by boat, what are they running away from? What is it about their lives that is making them to take such dangerous journeys?" Osori asks.

U.S. role?

In this scramble for Africa, the United States looms in the background, contributing mostly military support. The Brookings Institution says U.S.-Africa relations will not reach their potential if the executive office fails to provide diplomatic and policy leadership.

But U.S. President Donald Trump has shown little interest in the continent and angered many Africans with offensive remarks.

Though Trump has no announced plans of going to Africa, first lady Melania Trump announced in August that she will visit — without the president.

Timbuktu Institute pilote des projets en matière de paix et de prévention du radicalisme violent entre autres. Présentement, une de ses équipes travaille dans la préparation de la collecte d’informations qui seront la base des analyses du rapport à paraître en octobre prochain. L’équipe de Timbuktu va se déplacer sur le terrain pour mener des enquêtes dans les zones frontalières ciblées Sénégal et ainsi procéder à la collecte des données en menant aussi des entretiens qualitatifs.

Empêcher la radicalisation violente sinon la prévenir étant l’un des objectifs de Timbuktu Institute, ce projet s’inscrit dans cette ligne et va permettre de mesurer la compréhension, l’attitude ainsi que le niveau de prise de conscience des jeunes de cette question de l’heure. C’est dans le but d’accompagner efficacement et d’orienter les politiques publiques.

Le terrorisme, la radicalisation, les questions de migration sont des sujets qui interpellent directement la jeunesse africaine particulièrement. Comprendre les motivations qui poussent les jeunes à s’y engager, permettrait de faciliter la maîtrise de ces phénomènes et trouver des solutions tout en mettant en place des politiques de prévention.

Accordant beaucoup d’importance à l’approche holistique et à la primo-prévention, Timbuktu et ses partenaires donnent la parole à la jeunesse des zones frontalières afin de les impliquer directement dans la recherche de solutions durables et participatives.

Après le récent rapport sur les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie, l’Observatoire des Radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA) de Timbuktu Institute poursuit la cartographie des enjeux sécuritaires dans ces zones aux réalités complexes. Avec l’appui de la Fondation Konrad Adenauer (Dakar) un ambitieux projet de recherche s’intéresse aux régions Sud, notamment Kolda au Sénégal et Labé en Guinée.

Depuis quelques jours, l’équipe de Recherche de Timbuktu Institute séjourne dans ces départements en partant de Vélingara et des localités voisines pour un projet innovant devant être conclu avant le prochain Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité, en novembre.

Selon Dr. Seydi Djamil Niane, Chargé de recherches à Timbuktu Institute, « les autorités de même que les acteurs de la société civile surtout juvénile ont hautement apprécié ce projet dont ils attendent les résultats pour une meilleure compréhension des enjeux sécuritaires en lien avec les problématiques de jeunesse dans ces régions. Nos échanges étaient fructueux et nous avons pris bonne note des suggestions et conseils avisés des autorités sénégalaises et guinéennes ».

Dans une démarche inclusive et surtout pour appuyer les efforts des Etats dans leurs politiques de prévention, l’équipe a procédé à la présentation du projet aux autorités administratives, aux forces de sécurité et de défense et à la formation des enquêteurs sur les méthodes quantitatives et qualitatives.

Des entretiens qualitatifs ont aussi été conduits avec des acteurs religieux et de la société civile dans le but d’élargir ces consultatives devant aboutir à des recommandations opérationnelles au service d’une meilleure stabilisation de la région.

Je pense qu’il faut parler, discuter et débattre de l’islam sans aucune autocensure ou peur de représailles - Il suffirait de se pencher sur toute la littérature hérisologique pour voir que les théologiens, depuis toujours, versent dans l’excommunication

« Peut-on discuter de l’Islam ? 1», cette question posée par Pr Penda Mbow dans un article publié par le site d’information sénégalais Seneplus enflamme la toile. Les articles et commentaires pleuvent. La preuve en est que, quelques jours plus tard, Amadou Tidiane Wone a répondu à la question de Madame Mbow par l’affirmatif : « Oui, on peut discuter de l’Islam 2». Puis vint le tour d’Alymana Bathily qui, dans une délicieuse plume, prend le contrepied de Monsieur Wone. Sa réponse ? « Non, Penda, on ne peut pas discuter de l’Islam au Sénégal. 3»  

De mon point de vue, il faut déplacer la problématique de la question du « pouvoir » à celle du « devoir ».  Autrement dit, au lieu de nous demander si nous « pourrions » parler de l’islam, je pense que nous devrions plutôt en discuter. Mais de quel islam parle-t-on ? 

Éclaircissement terminologique

Avant de poursuivre notre raisonnement, revenons un peu sur l’orthographe même du mot Islam pour mieux définir le cadre conceptuel du débat. Parle-t-on de l’islam ou de l’Islam ? Comme nous avons eu l’occasion de le montrer dans notre Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier, « En islamologie, Islam, avec une majuscule, désigne ce qu’on a appelé à tort la civilisation arabo-musulmane. Avec une minuscule, islam désigne la religion avec son dogme, sa jurisprudence, sa théologie, sa spiritualité, etc. 

Islam, avec une majuscule, c’est l’histoire des quatre premiers califes, dont trois ont été tués par des musulmans, c’est l’Empire omeyyade qui a connu une résistance de la part des Kharidjites, des Zubayrites et des chiites ; c’est aussi l’Empire abbasside qui a dû faire face à plus d’un siècle de révoltes de la part d’autres musulmans ; c’est l’histoire fatimide, andalouse, ottomane, la tradition négro-islamique, etc. C’est aussi l’histoire de l’Islam contemporain qui se manifeste différemment en fonction des zones géographiques. L’Islam d’Iran n’est pas celui des États-Unis, qui diffère de celui du Sénégal et de celui de l’Arabie Saoudite. Face à cette histoire aux facettes on ne peut plus variées, il faut réaffirmer, comme le faisait Edward Said il y a quelques années, qu’« il est tout bonnement impossible de faire correspondre l’‘‘Islam’’ auquel on fait référence en Occident à la réalité extrêmement diverse du monde musulman, qui compte huit cents millions d’individus [aujourd’hui plus d’un milliard de musulmans], des territoires multiples et variés…».

L’islam, avec une minuscule, ce sont les différentes écoles juridiques avec leurs différentes positions, parfois contradictoires ; ce sont aussi les différents courants théologiques et mystiques qui n’hésitent pas à s’excommunier. Cet islam, c’est le soufisme dans ses différentes branches, le chiisme avec ses divergences, le sunnisme dans ses quatre écoles canoniques, le malikisme, le hanbalisme, le hanafisme et le chafiisme. C’est aussi dans ce même islam qu’il faut placer les différents courants théologiques, allant du mutazilisme au wahhabisme en passant par l’ibâdisme. 4» Pour faire court, c’est comme si nous parlions de christianisme et de chrétienté. Rien à avoir d’un point de vue conceptuel. 

Oui, nous devons discuter de l’islam… mais à condition

La première condition, de mon point de vue, pour discuter de l’islam, est de sortir de l’auto-référence, démolir les mythes et les légendes pour que la loi revienne à la rigueur scientifique. Une fois que cela est dit, tout discours de vérité doit être banni. La théologie et la démarche apologétique doivent laisser place à l’islamologie, à la linguistique, à l’histoire et à l’anthropologie. Tout cela, dans la précision la plus parfaite. 

Ainsi, il faudrait se garder de certaines approximations. Bien évidemment je serais d’accord avec Madame Mbow pour dire qu’il n’y a pas de clergé en islam sunnite [pour le chiisme c’est un peu plus compliqué]. Mais je pense que ce serait d’aller un peu trop vite de dire qu’il n’y a pas d’excommunication en islam. La production juridico-théologique, dans le contexte islamique, nous montre toute autre chose. Il suffirait de se pencher sur toute la littérature hérisologique pour voir que les théologiens, depuis toujours, versent dans l’excommunication. Contentons-nous de citer ces propos de ‘Abd al-Rahmân al-Wakil par nous-mêmes traduits : « Les soufis se nourrissent de toute religion ou secte sauf de l’islam. À moins que nous considérions que le mal le plus ignoble puisse se nourrir de la noble vérité ou que l’impureté de la mécréance puisse tirer son esprit de la croyance pure 5». Ajoutons à cela que parler d’apostasie, après le décès du Prophète au sujet d’un groupe qui aurait renoncé à payer une taxe au nouveau calife, relève d’une confusion des époques. L’anthropologie, appliquée sur cette période, montre qu’on avait plutôt affaire à une rupture d’alliance clanique. Un délit hautement répressible par les règles tribales qui prédominaient dans les transactions humaines de l’Arabie du 7ème siècle. 

Dans une position plus apologétique que critique, le texte de Monsieur Wone nous semble plus problématique. La manière dont il a limité le champ référentiel évacue tout débat critique de facture académique. Ce passage en est la plus parfaite illustration « Oui on peut discuter de l’Islam. Pour ce faire et bien faire, entendons-nous sur les termes du débat. L’Islam, ultime révélation du Seul Créateur des Mondes dispose d’un Livre qui contient toutes les réponses aux questions qui lui sont posées : Le Coran. Il suffit de s’écouter et la démonstration sera faite qu’il ne s’agit pas d’une œuvre humaine mais bien d’un message divin. Un message codé, voire crypté sur certains aspects, mais d’une limpide simplicité sur d’autres. » Nous sommes face à une démarche de foi loin de toute rigueur scientifique. Ce fut un temps, Mohammed Arkoun parlait de « clôtures dogmatiques ». Et puis Monsieur Wone semble confondre l’islam avec le Coran. Quid de toute la production théologico-juridique ? Que faire de Qushayrî, de Ghazâlî, d’Ibn Rouchd, d’Ibn ‘Arabî, de Suyûtî, de toute la production d’Ibn al-Qayyim et d’Ibn Taymiyya ? René Guénon, Martin Lings, Amadou Hampâté Bâ, etc. ?  

De plus, notre aîné Amadou Tidiane Wone veut, à tout prix, prouver que le Coran confirme les textes antérieurs. Ce même Coran ne taxe-t-il pas les juifs et chrétiens d’avoir falsifié leurs textes sacrés ?

Plus percutant est la réponse de Monsieur Bathily pour qui on ne peut pas parler de l’islam au Sénégal étant donné que, toujours d’après lui,  « L'Islam officiel qui a cours dans ce pays est un Islam radical et totalitaire qui normalise toutes les relations sociales et contrôle les libertés publiques et individuelles - Cet Islam radical ne tolère en fait aucune réflexion. » Tout en partageant une bonne partie de la réflexion de Monsieur Bathily, je pense que, sur ce coup, il est allé trop vite. L’islam officiel est un mythe qui n’a aucune existence concrète. Quel serait cet islam ? Laquelle des confréries soufies ? Les tendances salafisantes ? La communauté chiite ou les différentes associations des ‘Ibâd Rahmân ? Serait-il représenté par la tendance académique et féministe ? Ou bien par l’Association islamique pour servir le soufisme ? Et le Cadre Unitaire de l’islam au Sénégal dans tout cela ? 

Notre objectif n’était pas ici de réfuter les plumes de nos trois aînés. Mais je pense qu’il faut parler, discuter et débattre de l’islam sans aucune autocensure ou peur de représailles. Cependant, entendons-nous bien : je parle de l’islam en tant qu’objet d’étude ou fait social et non pas en sa qualité d’une religion qui serait [la seule] détentrice de la vérité. 

Vive le débat démocratique
Vive la disputatio académique

1 Penda Mbow, Peut-on discuter de l’islam ? http://www.seneplus.com/opinions/peut-discuter-de-lislam [article publié le 27 juin 2018]

2 Amadou Tidiane Wone, Oui, on peut discuter de l’islam, http://www.seneplus.com/opinions/oui-peut-discuter-de-lislam [article publié le 30 juillet 2018]

3 Alymana Bathily, Non, Penda, on ne peut pas discuter de l’islam au Sénégal, http://www.seneplus.com/opinions/non-penda-ne-peut-pas-discuter-de-lislam-au-senega [article publié le 20 juillet 2018]

4 Seydi Diamil Niane, Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier - Manifeste pour un islam retrouvé, Paris, Eyrolles, 2017, pp.75-77.

5 ‘Abd al-Raḥmān al-Wakīl, Hâḏî hiya al-sûfiyya., p.19.

Seydi Diamil Niane est docteur en études arabes et islamologiques à l'Université de Strasbourg, il est aussi chargé de recherche à Timbuktu Institute

Le Sénégal vient de juger une vingtaine d’islamistes soupçonnés de vouloir établir un califat en Afrique de l’Ouest. Un procès historique dans un pays réputé pour sa pratique tolérante de l’islam

Après quatre mois de procédure, le Sénégal a connu l’épilogue d’un procès historique. Vingt-neuf prévenus comparaissaient devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Dakar. Ils étaient soupçonnés d’appartenir à une cellule djihadiste avec des ramifications en Gambie, en Guinée et en Guinée-Bissau, avec pour but d’établir un califat ouest-africain. Même si la moitié des prévenus ont finalement été acquittés jeudi 19 juillet, ce procès illustre l’augmentation de la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest.

Le cerveau du groupe condamné à 20 ans de travaux forcés

Parmi les personnalités accusées, l’imam Ndao était présenté comme guide spirituel de cette cellule. Il était poursuivi pour «apologie du terrorisme», «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» et «blanchiment de capitaux». Le tribunal n’a finalement retenu que la possession illégale d’une arme et de munitions, le condamnant à 1 mois et demi de prison. Ce religieux avait déjà été condamné pour des prêches radicaux en 2015.

Le cerveau du groupe, Matar Diokhané, a lui été condamné à 20 ans de travaux forcés. L’homme avait été mis sous surveillance pour avoir organisé en 2015 le départ d’une vingtaine de Sénégalais pour le Nigeria, où ils devaient rejoindre Boko Haram. Une vaste opération antiterroriste a ensuite permis de mettre au jour des mouvements financiers suspects, des armes et la consultation de sites djihadistes. Plusieurs séjours dans des zones où des groupes terroristes sont implantés tel que le Nigeria ou la Mauritanie prouvent les connexions régionales. Matar Diokhané aurait ainsi rencontré Abubakar Shekau, chef du mouvement djihadiste nigérian Boko Haram et celui-ci lui aurait remis 12 000 euros afin de poursuivre le projet de califat.

«Le Sénégal n’est pas prêt pour juger ce genre de cas, car nous manquons d’experts.»

Mamadou Bamba Ndiaye, ex-ministre chargé des affaires religieuses

Jamais auparavant la justice sénégalaise n’avait eu à juger autant d’individus pour actes de terrorisme. «Le Sénégal n’est pas prêt pour juger ce genre de cas, car nous manquons d’experts. Ce procès historique est cependant une surprise car le verdict est équitable», remarque Mamadou Bamba Ndiaye, ex-ministre chargé des affaires religieuses sous l’ancien président Wade, un portefeuille ministériel aujourd’hui disparu. «J’aurais cependant souhaité que les débats soient retransmis à la télévision pour sensibiliser la population», regrette-t-il.

Notre éditorial de décembre 2017: Le Sahel, ce grand mirage sécuritaire

Radicalisation croissante

«Les salafistes sont de plus en plus présents au Sénégal. Même s’ils sont majoritairement quiétistes et sont adeptes d’une lecture littérale du Coran contre la violence, c’est un terrain favorable à l’extrémisme», note Seydi Djamil Niane, chercheur au Timbuktu Institute, centre sur le radicalisme religieux en Afrique.

Le Sénégal est réputé pour sa tolérance et ses confréries soufies (courant quiétiste avec une pratique tolérante de l’islam). Jusqu’à présent, celles-ci font rempart contre les attaques terroristes qui ont secoué la région, comme au Burkina Faso en 2018 ou en Côte d'Ivoire en 2016. Mais des zones périphériques du pays, totalement délaissées par l’Etat et où les confréries sont peu insérées, sont les premiers territoires investis. Les idées radicales, s’appuyant sur l’éducation des plus jeunes, noyautent peu à peu la société à l’échelle régionale. En Afrique de l’Ouest, l’instabilité politique, la pauvreté et le chômage constituent un terreau fertile pour ces extrémismes religieux face à des Etats dépassés.

Dimanche dernier aux environs de 13 heures dans le secteur Koiratao du quartier Sankoré, deux hommes armés non identifiés sur une moto ont ouvert le feu dans un domicile. Ils ont tiré à bout sur les 7 personnes qui s’y trouvaient. Le bilan est de 5 morts sur place. Les deux blessés ayant été admis à l’hôpital, ont succombé hier. Aussitôt informées, les forces de sécurité ont investi les lieux. La MINUSMA a aussi apporté son concours pour chercher des indices qui faciliteront l’enquête. Mis au courant, le gouverneur est rendu sur place. Il a suivi l’évacuation des blessés à l’hôpital et leur transfert à l’infirmerie de la MINUSMA. Il aussi assisté à l’inhumation des corps.

Il y avait également tous les chefs de la sécurité, de l’Armée, de la garde, de la gendarmerie et du MOC. Tous se sont mobilisés pour soutenir et compatir avec les familles endeuillées. Parmi les victimes se trouvent Sattar Ould Ahmed (un membre très influent du collège transitoire de Taoudénit), Cheickh Ould Rahma, Mohamed Ould Haiby, Tahar Ould Hanni (opérateurs économiques de la place), Jiddou Ould Hinnou, un des chefs du MOC à Gao.
Le même dimanche vers 13h 30, un obus est tombé à quelques encablures du camp de l’unité méhariste de la garde à Gossi et à quelques mètres de la route principale Sévaré-Gao. Les fragments ont touché le véhicule d’un particulier de passage. Bilan : 3 blessés dont une fillette. Les blessés ont été transférés à Gao pour recevoir des soins appropriés.
Pas plus tard qu’hier, des individus armés ont enlevé le véhicule de la station régionale de l’ORTM de Tombouctou aux environs 11 heures 45. Les braqueurs, au nombre de 4, étaient à bord d’un véhicule 4×4. Ils ont débarqué le directeur et le chauffeur, avant de s’éclipser dans la nature en prenant la direction Est de la ville. Ils ont également emporté les téléphones des occupants du véhicule.

M. S.
Source : AMAP-Tombouctou

Pour une meilleure implication des femmes dans la prévention de l’extrémisme violent, Timbuktu Institute en partenariat avec la Fondation Nauman, a organisé un atelier de deux jours à l’intention d’une quarantaine de femmes issues de la société civile malienne. L’atelier a été l’occasion pour les participants d’ouvrir les réflexions sur le processus de déradicalisation.  

« Pour une famille équilibrée, il est indispensable que la femme soit dotée d’une éducation de base bien solide pour lui permettre d’être à la hauteur de ses tâches. Cela va lui permettre d’élever ses enfants, de stabiliser son foyer et de consolider la paix au sein de la famille, mais aussi de toute la nation ». Fort de ce principe, Timbuktu Institute en partenariat avec la Fondation Nauman a décidé de mieux outiller les femmes maliennes dans la prévention de l’extrémisme violent, mais aussi de les impliquer dans ce combat.

Durant deux jours, un atelier s’est donc déroulé à Bamako autour des thèmes comme les fondamentaux de l’extrémisme violent, le processus de radicalisation, la question du genre, la question du déradicalisation et le rôle éventuel des femmes et des familles dans ce processus.

Selon Dr Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute, cet atelier s’inscrit dans une optique d’opérationnalisation des recommandations d’une étude menée en 2017 par son institut avec l’appui de la Fondation Nauman. Il rappelle que cette recherche, ayant porté sur « Femmes, prévention et lutte contre l’extrémisme violent au Mali », avait identifié les facteurs menant à la radicalisation, les besoins de renforcement des capacités des femmes en matière de prévention de l’extrémisme, etc.

« C’est pourquoi la Fondation Nauman de Dakar a proposé ce séminaire de formation des femmes de Bamako en faisant appel à notre expertise pour en assurer l’exécution. Cette activité est donc une suite logique de cette recherche dans la mesure où celle-ci était une étape préliminaire qui demandait à être renforcée par des cations encore plus concrètes », ajoute l’expert Dr Sambe, également coordinateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique.

L’un des points essentiels du menu de cette session portait sur le processus de réintégration des ex-radicalisés. Dr Sambe, après avoir souhaité une meilleure implication des femmes à ce niveau, a indiqué que celles-ci auront un rôle prépondérant au moment où le Mali se penchera sur cette question. « Devant un enjeu aussi important que l’extrémisme violent, les femmes doivent continuer à se battre, à mieux s’impliquer comme elles ont toujours fait ».

En plus, le séminaire a été l’occasion pour les participants d’échanger avec des experts comme Dr Aly Tounkara, enseignant à l’Université du Mali, l’experte des questions genre Mme Nana Alassane Touré et Mme Yague Hanne, chargée du pôle dialogue politique et du Programme du Mali au sien de Timbuktu Institute.

Timbuktu Institute est un think-tank mise en place par des intellectuels, universitaires, acteurs de la société civile, autorités politiques et diplomatiques déterminés à réduire progressivement le fossé séparant le continent des autres régions du monde dans la construction des concepts dominants qui façonneront l’avenir de l’humanité de demain. Basé à Dakar, l’institut est engagé dans la prévention de l’extrémisme violent de toutes origines, facteurs de guerres et de terrorisme dévastateurs et dans la promotion de la culture de l’ouverture et de la paix par une valorisation des ressources culturelles africaines en termes de socialisation, de médiation des conflits et de construction des sociétés ouvertes. Son partenaire dans l’organisation de cet atelier la Fondation Nauman, est une fondation allemande en faveur des politiques libérales, liée au Parti libéral-démocrate.

Sory I. Konaté

30minutes.net

6 juillet 2018

Penda Mbow

Professeur d’Histoire du Moyen âge musulman et Occidental
à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Cette réflexion m’a été inspirée par deux faits. Le premier est relatif aux nombreuses réactions notées au Sénégal- et nulle part ailleurs- après la publication de l’ouvrage de Hela Ouardi[1],et le second plus récent est relatif au débat suscité par les propos d’Idrissa Seck sur Bakka, Makka et Jérusalem, d’une part et d’autre part aux relations entre les Juifs et les Arabes.

Mon objectif dans ce cadre, reste modeste. Il s’agit de proposer une mise en perspective historique pour mieux éclairer certains faits évoqués dans les deux cas. Cependant pour éviter certains malentendus, il est nécessaire d’évoquer quelques préalables :

-Tout d’abord personne ne peut perdre de vue que la société arabe du VIIe siècle qui a vu naitre le Prophète Muhammed (PSL) évidemment ne connaissait pas le degré de sophistication des sociétés contemporaines. En outre, dans l’Arabie antéislamique le mariage obéissait à des normes et valeurs différentes de celles caractéristiques d’une société islamisée.

-C’est dans la péninsule arabique, triangle dont les sommets sont La Mecque, Ta’if et Médine, l’ancienne Yatrib qu’est né l’islam. En raison de la géographie particulière de l’Arabie, les grands peuples conquérants de l’Antiquité ( Egyptiens, Mésopotamiens, Romains) n’ont pas exercé une influence sociale décisive sur elle.

-Dans une perspective historique, la religion préislamique correspond dans l’évolution des religions au stade polythéiste et pandémonique. La sacralité de la Mecque antérieure à l’Islam, repose sur l’existence de trois bétyles, la Pierre noire, ou Kaaba, le Maqqam Ibrahima et le puits Zam-Zam. Ces lieux sont devenus des éléments essentiels du pèlerinage musulman.

-Tout le monde sait aussi que l’Islam ne connait pas l’excommunication. Par contre l’apostasie y fait débat. Les sources disponibles indiquent bien qu’il en était question d ‘abord dans l’Islam des origines. Après la mort du Prophète (PSL), certains avaient pensé puisqu’étant mortel, il n’était pas un vrai envoyé de Dieu. Le phénomène de la ridda ou apostasie et le retour aux croyances anciennes furent farouchement combattus par le khalife Abu Bakr (632-634). Le deuxième moment à partir duquel, l’apostasie est redevenue un important thème de discussion dans le monde musulman a coïncidé avec la Révolution iranienne de 1979 et la montée de l’Islam politique. C’est ainsi que dans plusieurs pays musulmans, furent accusés d’apostasie des intellectuels devenus « gênants » surtout des philosophes, des politiques et des récalcitrants. Certains furent exécutés, d’autres exilés. Cette répression visait à circonscrire toute velléité d’ijtihadj ( effort d’interprétation) et à freiner notamment le développement de la pensée rationalisante, etc. Et pourtant entre le VIIIe et le XIIIe siècle, le monde musulman s’est singularisé par le développement d’une pensée exceptionnelle par sa fécondité, sa puissance et son originalité.

-Dans nos analyses, nous devons éviter l’anachronisme. Il convient surtout de nous éloigner de toute tentative à interpréter des faits qui se sont déroulés depuis plusieurs siècles avec des codes et des registres du XXIe siècle. Par exemple concernant le livre de Hela Ouardi qui a été discuté sans excès ou déferlement de passions dans son propre pays, les seules questions pertinentes me semblent être les suivantes : s’est elle fondée sur des sources ? Si oui, ses sources sont-elles fiables? A t- elle usé d’un esprit critique suffisant? Je soutiens qu’il est impossible de répondre à ces questions de manière conforme à nos traditions universitaires, sans avoir lu le livre. Il faut, au préalable, un examen attentif de ses sources pour, ensuite, les comparer avec celles d’autres auteurs. comme Tabari, Ahmed Amine, Hamidoullah, etc.

-Je vais terminer par le monde de la Prophétie, Judaisme et Christianisme avant l’Islam et avec l’islam, ce qu’on appelle les traditions abrahamiques. il est extrêmement difficile de dissocier ces trois religions qui appartiennent à la même culture. Je vous renvoie aux Sourates du Coran : La Vache (2) et Al Imran (3). Je me souviens encore de ma première leçon de grammaire arabe, en 6e au lycée où mon professeur m’enseignait que la langue arabe est née après une longue histoire de l’Hébreu, de l’Araméen, etc. En plus Moussa, Moise est le Prophète le plus cité dans le Coran. Par ailleurs personne ne peut nier le rôle eschatologique de Jérusalem dans la pensée islamique, même si cette ville n’est pas le lieu de pèlerinage pour les Musulmans, néanmoins le Prophète Muhammad (PSL) y a vécu le Mira’aj ou l’ascension vers Dieu. En outre, ce qu’on appelle les isra’iliyat, les récits d’origine juive ou chrétienne ou en rapport avec les enfants d’Israel ont fait l’objet de discussions dans la pensée musulmane des origines.

Historiquement l’Islam est une religion monothéiste à vision cosmique, concevant un Dieu radicalement Un et transcendant qui dès le début s’est révélé aux hommes par le truchement de La Parole. Avant, la Loi juive et l’Evangile chrétien avaient soutenu les mêmes vues

Ce dévoilement de Dieu par la Parole se produisit dans un cadre géopolitique dénommé depuis toujours, le « monde de la prophétie » s’étendant à peu près de l’Indus au Nil et du Caucase au Golfe persique.

Je pense objectivement que la paix au Proche Orient ne pourra se construire que par le truchement de la culture et le rapprochement des religions . La Sourate sur les Prophètes ( Sourate 2, verset 285) y invite.

Source: xalima.com

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