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Après le récent rapport sur les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie, l’Observatoire des Radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA) de Timbuktu Institute poursuit la cartographie des enjeux sécuritaires dans ces zones aux réalités complexes. Avec l’appui de la Fondation Konrad Adenauer (Dakar) un ambitieux projet de recherche s’intéresse aux régions Sud, notamment Kolda au Sénégal et Labé en Guinée.

Depuis quelques jours, l’équipe de Recherche de Timbuktu Institute séjourne dans ces départements en partant de Vélingara et des localités voisines pour un projet innovant devant être conclu avant le prochain Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité, en novembre.

Selon Dr. Seydi Djamil Niane, Chargé de recherches à Timbuktu Institute, « les autorités de même que les acteurs de la société civile surtout juvénile ont hautement apprécié ce projet dont ils attendent les résultats pour une meilleure compréhension des enjeux sécuritaires en lien avec les problématiques de jeunesse dans ces régions. Nos échanges étaient fructueux et nous avons pris bonne note des suggestions et conseils avisés des autorités sénégalaises et guinéennes ».

Dans une démarche inclusive et surtout pour appuyer les efforts des Etats dans leurs politiques de prévention, l’équipe a procédé à la présentation du projet aux autorités administratives, aux forces de sécurité et de défense et à la formation des enquêteurs sur les méthodes quantitatives et qualitatives.

Des entretiens qualitatifs ont aussi été conduits avec des acteurs religieux et de la société civile dans le but d’élargir ces consultatives devant aboutir à des recommandations opérationnelles au service d’une meilleure stabilisation de la région.

Je pense qu’il faut parler, discuter et débattre de l’islam sans aucune autocensure ou peur de représailles - Il suffirait de se pencher sur toute la littérature hérisologique pour voir que les théologiens, depuis toujours, versent dans l’excommunication

« Peut-on discuter de l’Islam ? 1», cette question posée par Pr Penda Mbow dans un article publié par le site d’information sénégalais Seneplus enflamme la toile. Les articles et commentaires pleuvent. La preuve en est que, quelques jours plus tard, Amadou Tidiane Wone a répondu à la question de Madame Mbow par l’affirmatif : « Oui, on peut discuter de l’Islam 2». Puis vint le tour d’Alymana Bathily qui, dans une délicieuse plume, prend le contrepied de Monsieur Wone. Sa réponse ? « Non, Penda, on ne peut pas discuter de l’Islam au Sénégal. 3»  

De mon point de vue, il faut déplacer la problématique de la question du « pouvoir » à celle du « devoir ».  Autrement dit, au lieu de nous demander si nous « pourrions » parler de l’islam, je pense que nous devrions plutôt en discuter. Mais de quel islam parle-t-on ? 

Éclaircissement terminologique

Avant de poursuivre notre raisonnement, revenons un peu sur l’orthographe même du mot Islam pour mieux définir le cadre conceptuel du débat. Parle-t-on de l’islam ou de l’Islam ? Comme nous avons eu l’occasion de le montrer dans notre Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier, « En islamologie, Islam, avec une majuscule, désigne ce qu’on a appelé à tort la civilisation arabo-musulmane. Avec une minuscule, islam désigne la religion avec son dogme, sa jurisprudence, sa théologie, sa spiritualité, etc. 

Islam, avec une majuscule, c’est l’histoire des quatre premiers califes, dont trois ont été tués par des musulmans, c’est l’Empire omeyyade qui a connu une résistance de la part des Kharidjites, des Zubayrites et des chiites ; c’est aussi l’Empire abbasside qui a dû faire face à plus d’un siècle de révoltes de la part d’autres musulmans ; c’est l’histoire fatimide, andalouse, ottomane, la tradition négro-islamique, etc. C’est aussi l’histoire de l’Islam contemporain qui se manifeste différemment en fonction des zones géographiques. L’Islam d’Iran n’est pas celui des États-Unis, qui diffère de celui du Sénégal et de celui de l’Arabie Saoudite. Face à cette histoire aux facettes on ne peut plus variées, il faut réaffirmer, comme le faisait Edward Said il y a quelques années, qu’« il est tout bonnement impossible de faire correspondre l’‘‘Islam’’ auquel on fait référence en Occident à la réalité extrêmement diverse du monde musulman, qui compte huit cents millions d’individus [aujourd’hui plus d’un milliard de musulmans], des territoires multiples et variés…».

L’islam, avec une minuscule, ce sont les différentes écoles juridiques avec leurs différentes positions, parfois contradictoires ; ce sont aussi les différents courants théologiques et mystiques qui n’hésitent pas à s’excommunier. Cet islam, c’est le soufisme dans ses différentes branches, le chiisme avec ses divergences, le sunnisme dans ses quatre écoles canoniques, le malikisme, le hanbalisme, le hanafisme et le chafiisme. C’est aussi dans ce même islam qu’il faut placer les différents courants théologiques, allant du mutazilisme au wahhabisme en passant par l’ibâdisme. 4» Pour faire court, c’est comme si nous parlions de christianisme et de chrétienté. Rien à avoir d’un point de vue conceptuel. 

Oui, nous devons discuter de l’islam… mais à condition

La première condition, de mon point de vue, pour discuter de l’islam, est de sortir de l’auto-référence, démolir les mythes et les légendes pour que la loi revienne à la rigueur scientifique. Une fois que cela est dit, tout discours de vérité doit être banni. La théologie et la démarche apologétique doivent laisser place à l’islamologie, à la linguistique, à l’histoire et à l’anthropologie. Tout cela, dans la précision la plus parfaite. 

Ainsi, il faudrait se garder de certaines approximations. Bien évidemment je serais d’accord avec Madame Mbow pour dire qu’il n’y a pas de clergé en islam sunnite [pour le chiisme c’est un peu plus compliqué]. Mais je pense que ce serait d’aller un peu trop vite de dire qu’il n’y a pas d’excommunication en islam. La production juridico-théologique, dans le contexte islamique, nous montre toute autre chose. Il suffirait de se pencher sur toute la littérature hérisologique pour voir que les théologiens, depuis toujours, versent dans l’excommunication. Contentons-nous de citer ces propos de ‘Abd al-Rahmân al-Wakil par nous-mêmes traduits : « Les soufis se nourrissent de toute religion ou secte sauf de l’islam. À moins que nous considérions que le mal le plus ignoble puisse se nourrir de la noble vérité ou que l’impureté de la mécréance puisse tirer son esprit de la croyance pure 5». Ajoutons à cela que parler d’apostasie, après le décès du Prophète au sujet d’un groupe qui aurait renoncé à payer une taxe au nouveau calife, relève d’une confusion des époques. L’anthropologie, appliquée sur cette période, montre qu’on avait plutôt affaire à une rupture d’alliance clanique. Un délit hautement répressible par les règles tribales qui prédominaient dans les transactions humaines de l’Arabie du 7ème siècle. 

Dans une position plus apologétique que critique, le texte de Monsieur Wone nous semble plus problématique. La manière dont il a limité le champ référentiel évacue tout débat critique de facture académique. Ce passage en est la plus parfaite illustration « Oui on peut discuter de l’Islam. Pour ce faire et bien faire, entendons-nous sur les termes du débat. L’Islam, ultime révélation du Seul Créateur des Mondes dispose d’un Livre qui contient toutes les réponses aux questions qui lui sont posées : Le Coran. Il suffit de s’écouter et la démonstration sera faite qu’il ne s’agit pas d’une œuvre humaine mais bien d’un message divin. Un message codé, voire crypté sur certains aspects, mais d’une limpide simplicité sur d’autres. » Nous sommes face à une démarche de foi loin de toute rigueur scientifique. Ce fut un temps, Mohammed Arkoun parlait de « clôtures dogmatiques ». Et puis Monsieur Wone semble confondre l’islam avec le Coran. Quid de toute la production théologico-juridique ? Que faire de Qushayrî, de Ghazâlî, d’Ibn Rouchd, d’Ibn ‘Arabî, de Suyûtî, de toute la production d’Ibn al-Qayyim et d’Ibn Taymiyya ? René Guénon, Martin Lings, Amadou Hampâté Bâ, etc. ?  

De plus, notre aîné Amadou Tidiane Wone veut, à tout prix, prouver que le Coran confirme les textes antérieurs. Ce même Coran ne taxe-t-il pas les juifs et chrétiens d’avoir falsifié leurs textes sacrés ?

Plus percutant est la réponse de Monsieur Bathily pour qui on ne peut pas parler de l’islam au Sénégal étant donné que, toujours d’après lui,  « L'Islam officiel qui a cours dans ce pays est un Islam radical et totalitaire qui normalise toutes les relations sociales et contrôle les libertés publiques et individuelles - Cet Islam radical ne tolère en fait aucune réflexion. » Tout en partageant une bonne partie de la réflexion de Monsieur Bathily, je pense que, sur ce coup, il est allé trop vite. L’islam officiel est un mythe qui n’a aucune existence concrète. Quel serait cet islam ? Laquelle des confréries soufies ? Les tendances salafisantes ? La communauté chiite ou les différentes associations des ‘Ibâd Rahmân ? Serait-il représenté par la tendance académique et féministe ? Ou bien par l’Association islamique pour servir le soufisme ? Et le Cadre Unitaire de l’islam au Sénégal dans tout cela ? 

Notre objectif n’était pas ici de réfuter les plumes de nos trois aînés. Mais je pense qu’il faut parler, discuter et débattre de l’islam sans aucune autocensure ou peur de représailles. Cependant, entendons-nous bien : je parle de l’islam en tant qu’objet d’étude ou fait social et non pas en sa qualité d’une religion qui serait [la seule] détentrice de la vérité. 

Vive le débat démocratique
Vive la disputatio académique

1 Penda Mbow, Peut-on discuter de l’islam ? http://www.seneplus.com/opinions/peut-discuter-de-lislam [article publié le 27 juin 2018]

2 Amadou Tidiane Wone, Oui, on peut discuter de l’islam, http://www.seneplus.com/opinions/oui-peut-discuter-de-lislam [article publié le 30 juillet 2018]

3 Alymana Bathily, Non, Penda, on ne peut pas discuter de l’islam au Sénégal, http://www.seneplus.com/opinions/non-penda-ne-peut-pas-discuter-de-lislam-au-senega [article publié le 20 juillet 2018]

4 Seydi Diamil Niane, Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier - Manifeste pour un islam retrouvé, Paris, Eyrolles, 2017, pp.75-77.

5 ‘Abd al-Raḥmān al-Wakīl, Hâḏî hiya al-sûfiyya., p.19.

Seydi Diamil Niane est docteur en études arabes et islamologiques à l'Université de Strasbourg, il est aussi chargé de recherche à Timbuktu Institute

Le Sénégal vient de juger une vingtaine d’islamistes soupçonnés de vouloir établir un califat en Afrique de l’Ouest. Un procès historique dans un pays réputé pour sa pratique tolérante de l’islam

Après quatre mois de procédure, le Sénégal a connu l’épilogue d’un procès historique. Vingt-neuf prévenus comparaissaient devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Dakar. Ils étaient soupçonnés d’appartenir à une cellule djihadiste avec des ramifications en Gambie, en Guinée et en Guinée-Bissau, avec pour but d’établir un califat ouest-africain. Même si la moitié des prévenus ont finalement été acquittés jeudi 19 juillet, ce procès illustre l’augmentation de la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest.

Le cerveau du groupe condamné à 20 ans de travaux forcés

Parmi les personnalités accusées, l’imam Ndao était présenté comme guide spirituel de cette cellule. Il était poursuivi pour «apologie du terrorisme», «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» et «blanchiment de capitaux». Le tribunal n’a finalement retenu que la possession illégale d’une arme et de munitions, le condamnant à 1 mois et demi de prison. Ce religieux avait déjà été condamné pour des prêches radicaux en 2015.

Le cerveau du groupe, Matar Diokhané, a lui été condamné à 20 ans de travaux forcés. L’homme avait été mis sous surveillance pour avoir organisé en 2015 le départ d’une vingtaine de Sénégalais pour le Nigeria, où ils devaient rejoindre Boko Haram. Une vaste opération antiterroriste a ensuite permis de mettre au jour des mouvements financiers suspects, des armes et la consultation de sites djihadistes. Plusieurs séjours dans des zones où des groupes terroristes sont implantés tel que le Nigeria ou la Mauritanie prouvent les connexions régionales. Matar Diokhané aurait ainsi rencontré Abubakar Shekau, chef du mouvement djihadiste nigérian Boko Haram et celui-ci lui aurait remis 12 000 euros afin de poursuivre le projet de califat.

«Le Sénégal n’est pas prêt pour juger ce genre de cas, car nous manquons d’experts.»

Mamadou Bamba Ndiaye, ex-ministre chargé des affaires religieuses

Jamais auparavant la justice sénégalaise n’avait eu à juger autant d’individus pour actes de terrorisme. «Le Sénégal n’est pas prêt pour juger ce genre de cas, car nous manquons d’experts. Ce procès historique est cependant une surprise car le verdict est équitable», remarque Mamadou Bamba Ndiaye, ex-ministre chargé des affaires religieuses sous l’ancien président Wade, un portefeuille ministériel aujourd’hui disparu. «J’aurais cependant souhaité que les débats soient retransmis à la télévision pour sensibiliser la population», regrette-t-il.

Notre éditorial de décembre 2017: Le Sahel, ce grand mirage sécuritaire

Radicalisation croissante

«Les salafistes sont de plus en plus présents au Sénégal. Même s’ils sont majoritairement quiétistes et sont adeptes d’une lecture littérale du Coran contre la violence, c’est un terrain favorable à l’extrémisme», note Seydi Djamil Niane, chercheur au Timbuktu Institute, centre sur le radicalisme religieux en Afrique.

Le Sénégal est réputé pour sa tolérance et ses confréries soufies (courant quiétiste avec une pratique tolérante de l’islam). Jusqu’à présent, celles-ci font rempart contre les attaques terroristes qui ont secoué la région, comme au Burkina Faso en 2018 ou en Côte d'Ivoire en 2016. Mais des zones périphériques du pays, totalement délaissées par l’Etat et où les confréries sont peu insérées, sont les premiers territoires investis. Les idées radicales, s’appuyant sur l’éducation des plus jeunes, noyautent peu à peu la société à l’échelle régionale. En Afrique de l’Ouest, l’instabilité politique, la pauvreté et le chômage constituent un terreau fertile pour ces extrémismes religieux face à des Etats dépassés.

Dimanche dernier aux environs de 13 heures dans le secteur Koiratao du quartier Sankoré, deux hommes armés non identifiés sur une moto ont ouvert le feu dans un domicile. Ils ont tiré à bout sur les 7 personnes qui s’y trouvaient. Le bilan est de 5 morts sur place. Les deux blessés ayant été admis à l’hôpital, ont succombé hier. Aussitôt informées, les forces de sécurité ont investi les lieux. La MINUSMA a aussi apporté son concours pour chercher des indices qui faciliteront l’enquête. Mis au courant, le gouverneur est rendu sur place. Il a suivi l’évacuation des blessés à l’hôpital et leur transfert à l’infirmerie de la MINUSMA. Il aussi assisté à l’inhumation des corps.

Il y avait également tous les chefs de la sécurité, de l’Armée, de la garde, de la gendarmerie et du MOC. Tous se sont mobilisés pour soutenir et compatir avec les familles endeuillées. Parmi les victimes se trouvent Sattar Ould Ahmed (un membre très influent du collège transitoire de Taoudénit), Cheickh Ould Rahma, Mohamed Ould Haiby, Tahar Ould Hanni (opérateurs économiques de la place), Jiddou Ould Hinnou, un des chefs du MOC à Gao.
Le même dimanche vers 13h 30, un obus est tombé à quelques encablures du camp de l’unité méhariste de la garde à Gossi et à quelques mètres de la route principale Sévaré-Gao. Les fragments ont touché le véhicule d’un particulier de passage. Bilan : 3 blessés dont une fillette. Les blessés ont été transférés à Gao pour recevoir des soins appropriés.
Pas plus tard qu’hier, des individus armés ont enlevé le véhicule de la station régionale de l’ORTM de Tombouctou aux environs 11 heures 45. Les braqueurs, au nombre de 4, étaient à bord d’un véhicule 4×4. Ils ont débarqué le directeur et le chauffeur, avant de s’éclipser dans la nature en prenant la direction Est de la ville. Ils ont également emporté les téléphones des occupants du véhicule.

M. S.
Source : AMAP-Tombouctou

Pour une meilleure implication des femmes dans la prévention de l’extrémisme violent, Timbuktu Institute en partenariat avec la Fondation Nauman, a organisé un atelier de deux jours à l’intention d’une quarantaine de femmes issues de la société civile malienne. L’atelier a été l’occasion pour les participants d’ouvrir les réflexions sur le processus de déradicalisation.  

« Pour une famille équilibrée, il est indispensable que la femme soit dotée d’une éducation de base bien solide pour lui permettre d’être à la hauteur de ses tâches. Cela va lui permettre d’élever ses enfants, de stabiliser son foyer et de consolider la paix au sein de la famille, mais aussi de toute la nation ». Fort de ce principe, Timbuktu Institute en partenariat avec la Fondation Nauman a décidé de mieux outiller les femmes maliennes dans la prévention de l’extrémisme violent, mais aussi de les impliquer dans ce combat.

Durant deux jours, un atelier s’est donc déroulé à Bamako autour des thèmes comme les fondamentaux de l’extrémisme violent, le processus de radicalisation, la question du genre, la question du déradicalisation et le rôle éventuel des femmes et des familles dans ce processus.

Selon Dr Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute, cet atelier s’inscrit dans une optique d’opérationnalisation des recommandations d’une étude menée en 2017 par son institut avec l’appui de la Fondation Nauman. Il rappelle que cette recherche, ayant porté sur « Femmes, prévention et lutte contre l’extrémisme violent au Mali », avait identifié les facteurs menant à la radicalisation, les besoins de renforcement des capacités des femmes en matière de prévention de l’extrémisme, etc.

« C’est pourquoi la Fondation Nauman de Dakar a proposé ce séminaire de formation des femmes de Bamako en faisant appel à notre expertise pour en assurer l’exécution. Cette activité est donc une suite logique de cette recherche dans la mesure où celle-ci était une étape préliminaire qui demandait à être renforcée par des cations encore plus concrètes », ajoute l’expert Dr Sambe, également coordinateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique.

L’un des points essentiels du menu de cette session portait sur le processus de réintégration des ex-radicalisés. Dr Sambe, après avoir souhaité une meilleure implication des femmes à ce niveau, a indiqué que celles-ci auront un rôle prépondérant au moment où le Mali se penchera sur cette question. « Devant un enjeu aussi important que l’extrémisme violent, les femmes doivent continuer à se battre, à mieux s’impliquer comme elles ont toujours fait ».

En plus, le séminaire a été l’occasion pour les participants d’échanger avec des experts comme Dr Aly Tounkara, enseignant à l’Université du Mali, l’experte des questions genre Mme Nana Alassane Touré et Mme Yague Hanne, chargée du pôle dialogue politique et du Programme du Mali au sien de Timbuktu Institute.

Timbuktu Institute est un think-tank mise en place par des intellectuels, universitaires, acteurs de la société civile, autorités politiques et diplomatiques déterminés à réduire progressivement le fossé séparant le continent des autres régions du monde dans la construction des concepts dominants qui façonneront l’avenir de l’humanité de demain. Basé à Dakar, l’institut est engagé dans la prévention de l’extrémisme violent de toutes origines, facteurs de guerres et de terrorisme dévastateurs et dans la promotion de la culture de l’ouverture et de la paix par une valorisation des ressources culturelles africaines en termes de socialisation, de médiation des conflits et de construction des sociétés ouvertes. Son partenaire dans l’organisation de cet atelier la Fondation Nauman, est une fondation allemande en faveur des politiques libérales, liée au Parti libéral-démocrate.

Sory I. Konaté

30minutes.net

6 juillet 2018

Penda Mbow

Professeur d’Histoire du Moyen âge musulman et Occidental
à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Cette réflexion m’a été inspirée par deux faits. Le premier est relatif aux nombreuses réactions notées au Sénégal- et nulle part ailleurs- après la publication de l’ouvrage de Hela Ouardi[1],et le second plus récent est relatif au débat suscité par les propos d’Idrissa Seck sur Bakka, Makka et Jérusalem, d’une part et d’autre part aux relations entre les Juifs et les Arabes.

Mon objectif dans ce cadre, reste modeste. Il s’agit de proposer une mise en perspective historique pour mieux éclairer certains faits évoqués dans les deux cas. Cependant pour éviter certains malentendus, il est nécessaire d’évoquer quelques préalables :

-Tout d’abord personne ne peut perdre de vue que la société arabe du VIIe siècle qui a vu naitre le Prophète Muhammed (PSL) évidemment ne connaissait pas le degré de sophistication des sociétés contemporaines. En outre, dans l’Arabie antéislamique le mariage obéissait à des normes et valeurs différentes de celles caractéristiques d’une société islamisée.

-C’est dans la péninsule arabique, triangle dont les sommets sont La Mecque, Ta’if et Médine, l’ancienne Yatrib qu’est né l’islam. En raison de la géographie particulière de l’Arabie, les grands peuples conquérants de l’Antiquité ( Egyptiens, Mésopotamiens, Romains) n’ont pas exercé une influence sociale décisive sur elle.

-Dans une perspective historique, la religion préislamique correspond dans l’évolution des religions au stade polythéiste et pandémonique. La sacralité de la Mecque antérieure à l’Islam, repose sur l’existence de trois bétyles, la Pierre noire, ou Kaaba, le Maqqam Ibrahima et le puits Zam-Zam. Ces lieux sont devenus des éléments essentiels du pèlerinage musulman.

-Tout le monde sait aussi que l’Islam ne connait pas l’excommunication. Par contre l’apostasie y fait débat. Les sources disponibles indiquent bien qu’il en était question d ‘abord dans l’Islam des origines. Après la mort du Prophète (PSL), certains avaient pensé puisqu’étant mortel, il n’était pas un vrai envoyé de Dieu. Le phénomène de la ridda ou apostasie et le retour aux croyances anciennes furent farouchement combattus par le khalife Abu Bakr (632-634). Le deuxième moment à partir duquel, l’apostasie est redevenue un important thème de discussion dans le monde musulman a coïncidé avec la Révolution iranienne de 1979 et la montée de l’Islam politique. C’est ainsi que dans plusieurs pays musulmans, furent accusés d’apostasie des intellectuels devenus « gênants » surtout des philosophes, des politiques et des récalcitrants. Certains furent exécutés, d’autres exilés. Cette répression visait à circonscrire toute velléité d’ijtihadj ( effort d’interprétation) et à freiner notamment le développement de la pensée rationalisante, etc. Et pourtant entre le VIIIe et le XIIIe siècle, le monde musulman s’est singularisé par le développement d’une pensée exceptionnelle par sa fécondité, sa puissance et son originalité.

-Dans nos analyses, nous devons éviter l’anachronisme. Il convient surtout de nous éloigner de toute tentative à interpréter des faits qui se sont déroulés depuis plusieurs siècles avec des codes et des registres du XXIe siècle. Par exemple concernant le livre de Hela Ouardi qui a été discuté sans excès ou déferlement de passions dans son propre pays, les seules questions pertinentes me semblent être les suivantes : s’est elle fondée sur des sources ? Si oui, ses sources sont-elles fiables? A t- elle usé d’un esprit critique suffisant? Je soutiens qu’il est impossible de répondre à ces questions de manière conforme à nos traditions universitaires, sans avoir lu le livre. Il faut, au préalable, un examen attentif de ses sources pour, ensuite, les comparer avec celles d’autres auteurs. comme Tabari, Ahmed Amine, Hamidoullah, etc.

-Je vais terminer par le monde de la Prophétie, Judaisme et Christianisme avant l’Islam et avec l’islam, ce qu’on appelle les traditions abrahamiques. il est extrêmement difficile de dissocier ces trois religions qui appartiennent à la même culture. Je vous renvoie aux Sourates du Coran : La Vache (2) et Al Imran (3). Je me souviens encore de ma première leçon de grammaire arabe, en 6e au lycée où mon professeur m’enseignait que la langue arabe est née après une longue histoire de l’Hébreu, de l’Araméen, etc. En plus Moussa, Moise est le Prophète le plus cité dans le Coran. Par ailleurs personne ne peut nier le rôle eschatologique de Jérusalem dans la pensée islamique, même si cette ville n’est pas le lieu de pèlerinage pour les Musulmans, néanmoins le Prophète Muhammad (PSL) y a vécu le Mira’aj ou l’ascension vers Dieu. En outre, ce qu’on appelle les isra’iliyat, les récits d’origine juive ou chrétienne ou en rapport avec les enfants d’Israel ont fait l’objet de discussions dans la pensée musulmane des origines.

Historiquement l’Islam est une religion monothéiste à vision cosmique, concevant un Dieu radicalement Un et transcendant qui dès le début s’est révélé aux hommes par le truchement de La Parole. Avant, la Loi juive et l’Evangile chrétien avaient soutenu les mêmes vues

Ce dévoilement de Dieu par la Parole se produisit dans un cadre géopolitique dénommé depuis toujours, le « monde de la prophétie » s’étendant à peu près de l’Indus au Nil et du Caucase au Golfe persique.

Je pense objectivement que la paix au Proche Orient ne pourra se construire que par le truchement de la culture et le rapprochement des religions . La Sourate sur les Prophètes ( Sourate 2, verset 285) y invite.

Source: xalima.com

Ces derniers jours, circule une information selon laquelle l’État du Sénégal aurait cédé 70000m2 au fondateur de la Faculté africaine des études islamique, considéré comme la figure de proue du salafisme wahhabite au Sénégal, afin qu’il transforme ladite faculté en une plus grande université. C’est Dr. Mohammed Ahmed Lô, fondateur du Dârul Istiqâma, lui-même qui en a fait l’annonce lors d’une intervention à l’Université Islamique de Médine, en Arabie Saoudite, d’après une information rapportée par un site d’information en arabe[1]. Le choix du lieu de l’annonce ainsi que les destinataires du message prouve que le risque est gros de voir ce projet agité depuis des années tomber dans l’escarcelle d’une puissance étrangère, l’Arabie Saoudite, pour une question aussi sérieuse que l’enseignement supérieur dans notre pays tout de même souverain.

Si Timbuktu Institute a toujours appelé au respect de la diversité religieuse et de la liberté de culte, de pratique et d’enseignement des religions, il ne pourrait s’empêcher de se questionner sur les dessous d’une telle décision de l’État du Sénégal qui, si elle était avérée, poserait, au moins, trois problèmes :

1_  Bien que fruit des différents efforts d’intégration des « arabisants » du gouvernement, le projet même d’une université arabo-islamique ne fera qu’accentuer la dualité du système éducatif et marginaliser davantage les arabisants comme nous l’avons notifié aux autorités depuis que cette idée a été lancée. A l’ère de la mondialisation et de la globalisation, à l’ère du règne de la technologie et du digital, au moment où notre pays a de plus en plus besoin de personnes formées dans les sciences les plus diverses, allant des mathématiques aux études nucléaires en passant par la chimie et la physique quantique, enfermer les arabisants dans le carcan du théologisme et de la littérature arabe n’est pas le meilleur choix pour réparer l’injustice qui serait faite aux arabisants. Les pays arabes eux-mêmes se sont détournés de cette voie depuis très longtemps. L’État doit, justement, veiller à ce que ces arabisants puissent avoir droit aux mêmes chances que tous les autres sénégalais formés dans le système dit francophone et leur offrir toutes les possibilité de s’ouvrir aux sciences sociales et à l’esprit critique.

2_ La personne à laquelle l’État aurait cédé cette surface étendue de terrain dans la « nouvelle ville » est connue pour avoir été l’un des premiers à planter les germes de la contestation parfois haineuse de l’islam confrérique dans le pays de Cheikh Oumar Foutiyou Tall, de Seydi Elhadji Malick Sy et de Cheikh Afmdou Bamba ne serait-ce que dans son ouvrage connu sous le titre de Taqdîs al-Ashkhâç fil fikr al-Sûfî (Sacralisation des personnages dans la pensée soufie). Ainsi, en lui facilitant l’élaboration d’un tel projet, sans aucun appel d’offre ou manifestation d’intérêt préalable ou même consultation des différentes familles religieuses du pays, on ne fait qu’accentuer l’importation et une plus grande implantation de l’islam salafiste et wahhabite au Sénégal. De ce fait, l’État sénégalais risque de contribuer à la formation de personnes issus des pays de la sous-région dont les discours et idéologies pourraient porter atteinte, de manière irréversible, à la cohésion nationale et au contrat social sénégalais. Cet islam n’a produit qu’extrémisme et violence là où il s’est imposé et l’Arabie Saoudite elle-même tente de s’en débarrasser pour se donner une meilleure image internationale en s’investissant dans la lutte contre l’extrémisme. Les derniers procès de présumés terroristes sénégalais ont bien montré, à travers les aveux des prévenus, que c’est le rejet de cet islam soufi comme élément stabilisateur qui a conduit de manière insoupçonné, de jeunes sénégalais à aller s’inspirer de Boko Haram et de ses thèses au Nigéria.

3 _ Enfin cette décision de l’État du Sénégal, si elle s’était avérée, nous pousse à nous poser la question suivante bien que tous les courants religieux aient droit au libre enseignement de leurs thèses : « le gouvernement est-il en train de livrer le projet de l’université arabo-islamique aux salafistes avec tous les risques que cela comporte pour la stabilité et la sécurité de notre pays ? Ce serait un précédent dangereux et, au regard de l’ambition déclinée par la Faculté africaine d’études islamiques, ferait du Sénégal le nouveau hub universitaire sous-régional du salafisme wahhabite.

Si tel était le cas, un tournant majeur s’annonce pour une irréversible salafisation de l’islam sénégalais. Comment expliquer que notre pays connu pour son islam de paix et de concorde puisse favoriser la fondation d’une université où, tout laisse à croire, qu’on y enseignera la négation de la diversité des réalités islamiques en imposant, à jamais, la doctrine salafiste wahhabite comme seul modèle d’islam ayant droit de cité ?

De plus, comme nous l’avons toujours défendu, si une université arabo-islamique devrait voir le jour, cela devrait être sous le strict contrôle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche avec un curriculum adapté aux réalités du Sénégal et conçu par nos propres enseignants chercheurs en dehors de toute influence étrangère. L’Université Gaston Berger dispose déjà d’un centre d’étude des religions dans un cadre académique adéquat pour cultiver l’esprit de diversité et de tolérance qui a fait, jusqu’ici, « l’exception sénégalaise ».

Rien que pour la cohésion nationale et la préservation d’un modèle islamique épris de paix, il ne peut être accepté la construction d’une université enseignant à nos enfants que Seydi Elhadji Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadji Ibrahima Niass ainsi que les fondateurs des différentes confréries, étaient des « égarés », des « musrikûn », associateurs dont l’œuvre et l’action « impures » seraient aux antipodes de l’islam. Des dérives sont à craindre dans un contexte sous-régional lourd de risques et de menaces diverses.

Si l’information donnée par Dr. Mouhammed Ahmed Lô était confirmée avec l’octroi de cet immense espace par l’Etat du Sénégal, tout porterait à croire que celui-ci, malgré toutes les réserves que nous avions émises quant à l’orientation idéologique, viendrait à abandonner le projet d’Université arabo-islamique et de le livrer aux salafistes et aux missionnaires wahhabites, ce qui serait dommageable pour notre cohésion sociale, notre sécurité et même celles des pays voisins.

Un pays ne peut construire une citoyenneté avec un système éducatif dual, à plusieurs vitesses et à destination incertaine. L’école unifiée et unificatrice dans son curriculum malgré la diversité des langues d’enseignement, reste le ciment national indispensable à l’émergence d’une conscience citoyenne. A l’heure des périls et des menaces dans la sous-région, on ne peut se permettre de prendre le risque de livrer l’éducation à l’influence de puissances étrangères - qu’elles soient d’Orient ou d’Occident - avec des agendas qui recoupent rarement nos propres préoccupations.

Dr. Bakary SAMBE, Directeur de Timbuktu Institute

Dr. Seydi Djamil Niane, Chargé de Recherches à Timbuktu Institute

 

[1] La vidéo de sa déclaration, en arabe, pourrait être visualisée sur ce lien https://www.youtube.com/watch?v=hD7dx_3ZNTE [lien consulté le 11/06/18].

In this excerpt of an interview accorded to the New African Magazine (May-June-July), which offers a space for debates and exchanges by the continent’s leading researchers and experts regarding international and African affairs, Dr. Bakary Sambe explained the importance of going beyond military solutions and insisting on a change in paradigm when countering violent extremism. Deploring the continued confusion amongst the countries of the Sahel in regards to public security policy as well as the differences between countering violent extremism and counter-terrorism, the Director of the Timbuktu Institute called for a more holistic approach to the Sahel crisis which necessitates inclusive strategies that address the “root of the problem” instead of being preoccupied with the “symptoms”. He also advocated for the empowerment of women and young people, rather than placing them within the confines of victimhood.

 

Counter-radicalization methods risk being ineffective; how should one effectively combat such a profound issue?

 

Our states are offered two choices: prevent violent extremism immediately by investing in education and social justice and addressing the structural frustrations that fuel jihadism, or waiting for an attack to come to fruition and -to no one’s benefit- intervene militarily for an undetermined amount of time, inefficiently, and with great risk of recreating the phenomena which we seek to combat. Europe and Africa have a common destiny. We are one, vulnerable, international community. We are equally at risk in Gao and the Burkinabe Oudalan as we are in Paris or London. It’s for this reason that inclusive strategies must be jointly constructed for a holistic approach to the phenomenon of extremism, as opposed to the cyclical military strategies that have shown their limits in Afghanistan, Mali, and the Lake Chad Basin.

 

In the Sahel, the military approach seems to far outweigh the common sense option- that of treating the problem. Finding answers to the poverty, precariousness and injustice which strike the populations of the Sahel for example. Why is that?

 

As long as the arrogance of injustice continues, the ignorance of those who feel victimized will continue to fuel violent rhetoric- to paraphrase an important religious leader in the Sahel. I’ve said before that a kalachnikov never vanquished an ideology. It is true that a military response is necessary to contain the threat in certain circumstances, but it will never make it disappear. It even poses the risk of being counterproductive. Recent studies in Mali highlight the poor perception of MINUSMA and Barkhane in the general population and also the political class. President Buhari promised an end to Boko Haram in December 2016, and has been resigned to negotiating with the extremist group. The socioeconomic conditions of marginalization and pauperization in Northern Nigeria are still intact. The root of the problem lies with inconsistencies in policies developed by our countries, or by the international community who neglects the necessary anthropological aspects and self criticism after a 40 year absence in the region which benefitted the peddlers of illusions and Salafism. It’s less about a lack of power than it is about a lack of will or prospective vision. Terrorism enacted an era of action under pressure, without taking into account the visions of partners in the global South.  In terms of the Sahel question, there is an enormous gap between the international approach and local perceptions. It’s time for a coordination of actions taken by Western powers and local initiatives, to avoid future conflicts of perception in the region.

 

 

Between fieldwork and conceptualization, you are trying to specify the “correct ways” in which to approach this subject, which is critical to stability in the Sahel…

 

The essence of terrorism is to be a long chain whose individual links may not be punishable by the law. Generally, we react only at the end of this chain, too late and inefficiently. Our state’s legislate retroactively and under pressure of an ongoing threat. In exchanges between State authorities, counter-terrorism is often conflated with a viable strategy to prevent violent extremism though the two are not the same. Faced with a complex phenomenon that does not even have a consensual definition, States remain complacent in their security based reaction and neglect the importance of equitable development and social justice. The G5 Sahel can be a useful tool if it is accorded more than military based content, and if it increases its presence in development and resilience. There must be a shift in paradigm and approach. It’s no coincidence that the United Nations strategy was reviewed in the articulation and identification of its priority axes, including inclusive and equitable growth, access to basic social services, climate and energy, and empowerment of women. What gives me the most hope amongst these initiatives is the will to involve women in countering violent extremism and to reduce their vulnerability, which will most likely happen through their economic empowerment.

 

Dr. Bakary Sambe is the Director of the Timbuktu Institute (Dakar), coordinator of the Observatory on radicalization and religious conflict in Africa, and political science professor with the Center for religious studies at the University of Gaston Berger of Saint Louis (Senegal). He accompanied the CellRad eatableishment within the G5 Sahel, and is currently implementing national strategies to counter violent extremism as part of the USAID Partner Projects for Peace (P4P) in West Africa.

 

As part of IOM's many efforts in producing expertise that can be mobilized by public policies and actors in the international community, an innovative study was conducted on youth violence in the Zinder region in relation to the extremist phenomenon. This new study was led by Timbuktu Institute through its Observatory of Radicals and Religious Brotherhoods in Africa under the direction of Dr. Bakary Sambe 

As the most populated region in Niger, Zinder is facing strong demographic growth and must address the growing needs of a youth representing more than 70 per cent of the population in the region (National Institute of Statistics, 2015). This demography, combined with one of the lowest schooling rates in the country, caused a serious employment crisis and social integration difficulties for a significant number of young adults and teenagers in Zinder. Since 2010, the alternating political power issue in Niger has been widely discussed publicly and raised social claims linked to these issues.

In the city of Zinder, young people created informal groups to compensate for the State and authorities’ lack of social and integration frameworks. These informal youth groups, called fadas or palais, are identified as the main actors responsible for urban violence in Zinder.

These groups sometimes act as gangs, and are often involved in crime, violent protests, drug use and trafficking. Thus, the proximity of Zinder with Northern Nigeria – together with linguistics, family and ethnic ties, and with important flows of people and trade between the two regions – raise the question of the potential influence of the extremist group Boko Haram, present in North Nigeria, on Zinder’s youth. This question is even more important that young people have reported that Boko Haram recruiters have been approaching young people from the fadas and palais since 2012.

In addition, violent religious demonstrations in the city of Zinder recently led to the destruction of public buildings, places of worship and Christian homes, together with attacks against Christians or people perceived as such. The research aims therefore to understand whether there is a correlation between the conventional youth violence and violent extremism based on religious motives or the use of violence motivated by or based on religious grounds. Building from individual interviews with young people from the fadas and palais and members of the local population, this study reveals the influence of the violent extremist ideology on young people from Zinder. They often get a rudimentary or indirect knowledge of Islam, through relatives or the Internet. They are also exposed to radical religious messages that are spread through social networks, traded or sold on CDs and USB drivers on the local market or through informal networks. In addition, charismatic religious leaders are supporting the spread of a rigorist and violent vision of the religion through regional preaching.

The mosques and Koranic schools are playing a key role in the dissemination of these ideas, as the religious speech became tougher, and is now affecting more than just the religious aspect. Thus, the study reveals that these messages and sermons are playing an important role in the knowledge and attraction young people have for actions led by extremist groups like Boko Haram. Furthermore, a significant number of young people have a positive vision of these actions, which they justify as acts of defiance towards a system perceived as unfair, as the State policies are not supporting people’s aspirations and are viewed as inadequate. Violence is perceived as a means of pressure and assertion against a State seen as a repressive entity, while the religion is perceived as the only tool available for social regulation. In Zinder, where there are several religious movements, the study noticed the rise of the izala Salafists, a religious group opposed to the traditional Islam practiced in Niger and close to the Sufis and Malekites.

Furthermore, young people’s interest for these rigorist practices and interpretations of Islam can be explained as a form of self-development, an identity assertion and a quest for meaning for young people facing precariousness, a lack of socioeconomic opportunities and marginalization. Surveyed young people come from neighbourhoods deemed to be violent and stigmatized as such, with lack of basic infrastructure and where marginalized people (such as people with leprosy, disabled, deaf or blind people) have been displaced. Most of them are unemployed, or have seasonal jobs, and depend on the food and financial assistance from their families. The unemployment and precariousness of young people in Zinder’s palais and fadas thus push many away from the traditional patterns of self-fulfilment and social recognition, making them vulnerable to recruitment by extremist groups. Supporting strict religious groups also allows them to define themselves against the religious heritage of their parents and the rest of the society, and thus to build an original personal identity. Finally, these young people often participate in their neighbourhoods’ informal economy, through drug trafficking, prostitution or theft. For some of these young offenders, religious motives tend to socially legitimize violence, an offence punishable under criminal law.

By becoming “defenders” of the values and religious causes, they gain some social recognition. Overall, surveyed young people think that the factors explaining violent extremism are poverty, social exclusion and injustice, but they also argue that political and religious leaders play an important role in the indoctrination and manipulation of the youth, including through financial incentives. They also point out the role of the preaching centres and Koranic schools for spreading extremist and violent ideologies. Despite the distrust expressed towards the State, the majority of young people think that the State is the stakeholder that is most likely to prevent violent extremism, along with religious leaders. The authors made the following main recommendations:

  • Promoting local dialogue frameworks, especially for intergenerational dialogue;
  • Re-engaging the State in the most deprived neighbourhoods;
  • Implementing a mediation policy with the assistance of religious leaders;
  • Adding the prevention of violent extremism in advocacy policies;
  • Promoting the rehabilitating and reintegrating process of former violent perpetrators;
  • Developing policies for combating young people’s precarious conditions and poverty, in particular through implementing training centres and supporting entrepreneurship;
  • Implementing a conflict management system at the neighbourhood level; and • Creating recreational centres and youth development frameworks.

 Download the Full report here :http://timbuktu-institute.org/images/youth_violence_extremism_zinder_niger.pdf

L’émotion fut à son comble ce 30 avril à l’avenue Cheikh Anta Diop de Dakar, demeure de son Excellence Monsieur Ahmed Khalifa Niasse. L’équipe de Timbuktu Institute, constituée de son directeur Monsieur Bakary Sambe, des chercheurs et stagiaires de l’institut, comblée de joie et de fierté, a voulu rendre visite à Monsieur Ahmed Khalifa Niasse et célébrer, avec lui, la reconnaissance qu’il venait de bénéficier de la part de l’une des plus prestigieuses écoles de par le monde.

 

À l’instar de tous les Sénégalais, Timbuktu Institute a  appris que le titre « Docteur Honoris Causa » a été décerné à Ahmed Khalifa Niasse par l’École de Commerce de Lyon. Mais à travers lui, c’est tout le peuple sénégalais qui a été récompensé. N’empêche qu’il fallait que cela passe par Monsieur Niasse, et seulement par lui. Lui le guide religieux, le Doomu Daara qui a surpassé, par la finesse de son esprit et la pertinence de ses analyses, des chercheurs parmi les plus réputés. De ce point de vue, ce titre est vu par Timbuktu Institute comme une sorte d’encouragement aux Domou Daara et aux arabisants qui ne devront plus souffrir d’un quelconque complexe d’infériorité.

 

La visite était aussi l’occasion de saluer l’homme d’action qu’il est et qui, par le biais de ses fondations et soutiens qu’il accorde aux plus démunis, fait preuve d’un humanisme dont le monde a aujourd’hui, et plus que jamais, besoin. À ce propos, l’équipe de Timbuktu Institute a profité de sa rencontre avec Ahmed Khalifa Niasse pour lui exprimer sa joie de voir le guide religieux signer la Déclaration Universelle des Droits de l’Humanité dont il est, sur le continent noir, l’Ambassadeur.

 

De son côté, Son Excellence Monsieur Ahmed Khalifa Niasse, vêtu de son joli boubou rouge, a salué le travail de Timbuktu Institute après avoir remercié son Directeur ainsi que ses associés pour lui avoir fait l’amitié de lui rendre visite. Il les a aussi exhortés de continuer à promouvoir le dialogue, la paix et le culte de la connaissance pour faire face aux idées et tentatives extrémistes.

 

Convivialité et amitié, ces deux mots pourraient résumer cet après-midi du 30 avril qui a eu le mérite de solidifier les relations entre Timbuktu Institute et Monsieur Ahmed Khalifa Niasse, l’une des plus grandes fiertés de la nation sénégalaise.

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