Timbuktu Institute - Semaine 3 - Février 2026
Fin janvier, la visite du Président tchadien Mahamat Idriss Déby à l’Élysée officialisait la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Tchad, un an après le retrait des forces françaises du pays. Si les deux parties se sont félicités assez laconiquement d’un « partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés », cette rencontre aurait été aussi l’occasion d’établir les bases d’une coopération militaire réinventée. Ainsi, d’après Le Monde, les projets de coopération qui sous-tendent cette réconciliation comprennent « un discret volet militaire ». En effet, selon des nouvelles modalités, Paris pourrait fournir un appui en renseignement et dispenser des formations aux forces tchadiennes sans pour autant effectuer un déploiement massif de soldats, comme ce fut jadis le cas. Cette nouvelle formule semble s’adapter aux nouvelles réalités de la sous-région dont la situation géopolitique reste mouvante et complexe. Le Tchad, pays stratégique dans la ceinture sahélienne, doit maintenant faire face à une instabilité préoccupante à sa frontière Est, marquée par le conflit du Soudan voisin. Dans une perspective plus globale, Paris semble opérer un retour discret mais effectif dans la sous-région par le biais de N’Djamena ; devrait susciter l’interrogation des observateurs d’une sous-région dont la situation géopolitique demeure mouvante et complexe.
Septentrion sous surveillance
Le nord du Tchad, vaste et âpre, reste le théâtre d’inquiétudes sécuritaires persistantes. Dans la province du Borkou sur l’axe reliant Faya à Kouba Oulanga, une embuscade attribuée à des coupeurs de route présumés, dans la nuit du 17 au 18 février, a causé la mort d’un chauffeur d’une agence de voyage. Dépêchée sur place, l’armée est intervenue pour repousser les assaillants. Un bilan non officiel fait état de quatre officiers décédés d’une part ainsi que trois assaillants neutralisés et un autre capturé, d’autre part. Conscientes de ces défis sécuritaires, les autorités tchadiennes s’évertuent à y faire face. C’est dans ce sillage que des responsables de la Drug Enforcement Administration (DEA) des États‑Unis et le Ministère tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration ont tenu le 16 février, une réunion stratégique sur la lutte contre les stupéfiants. Au sortir de cette rencontre, l’organisme américain a remis au ministère tchadien « la Bible d’identification des Drogues », un document stratégique sur le traitement et la prévention des drogues illicites. Ainsi, N’Djamena espère consolider sa coopération avec les Etats-Unis tout en améliorant ses capacités d’identification des réseaux criminels par une approche intégrée pour prévenir la criminalité et consolider la stabilité tant nationale que régionale.
Bassin du Lac du Tchad :une constante équation
Dans le Bassin du Lac Tchad, la problématique de la mobilité humaine se retrouve à l’intersection des défis sécuritaires, environnementaux et socio-économiques. Face à ces enjeux interdépendants, l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM) et la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) ont signé un protocole d’accord à N’Djaména le 19 février 2026 pour renforcer leur coopération dans les efforts de stabilisation communautaire dans la région du Bassin du Lac Tchad. Cet accord institutionnalise un partenariat déjà existant. Mais cette fois-ci, il s’aligne sur la Stratégie Régionale de Stabilisation, de Relèvement et de Résilience (SR‑SRR 2.0) adoptée en 2025. Au vu de l’enchevêtrement des défis, cet exemple de coopération institutionnelle rappelle la nécessité d’une approche coordonnée à l’échelle d’une sous-région qui ne cesse d’avoir la vulnérabilité en partage.