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Tchad : Nouveau gouvernement et défis sécuritaires persistants Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 1 - Avril 2026

 

Au Tchad, l’atmosphère politique semble témoigner de la poursuite de l’édification d’une architecture politique alliant continuité institutionnelle et intégration de figures issues de l'opposition. Le 1er avril 2026, le Président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a nommé un nouveau gouvernement de 37 membres, proposé par le Premier ministre Allah-Maye Halina, mêlant reconductions et nouvelles nominations à des postes stratégiques. Plusieurs ministres d’État ont été reconduits, comme Limane Mahamat (Administration du territoire), Abdoulaye Sabre Fadoul (Affaires étrangères) et Tahir Hamid Nguilin (Finances). Deux femmes obtiennent le rang de ministres d’État : Kitoko Gata Ngoulou (Femme et Enfance) et Mahamat Ahmad Alhabo (Éducation nationale). Parmi les nouvelles nominations figurent Sitack Yombatina, ex-vice-président des Transformateurs, au ministère de l’Enseignement supérieur, et Nair Abakar, ancien dirigeant du football, à la Jeunesse et aux Sports. Les ministères régaliens voient notamment Ndolenodji Alix Naimbaï à la Justice, Ali Ahmat Akhabach à la Sécurité et Issakha Malloua Djamous aux Armées. D’autres portefeuilles clés incluent la Santé, les Infrastructures, l’Aménagement du territoire, les Mines, l’Agriculture, l’Élevage, l’Environnement, les Transports, l’Action sociale et le Tourisme. L’équipe compte également trois ministres délégués et plusieurs secrétaires d’État.

Cependant, la nomination de Sitack Yombatina, ancien vice-président du parti d’opposition, Les Transformateurs, attire l’attention. En effet, Sitack Yombatina avait quitté son parti en août 2025 après la condamnation de son président Succès Masra, un départ perçu comme une « rupture stratégique » par certains observateurs. En ce sens, sa nomination est considérée par d’aucuns comme une récompense du pouvoir pour sa démission. Du côté des Transformateurs, le parti se montre prudent, soulignant que S. Yombatina reste libre de ses choix politiques. Il succède à Tom Erdimi, démissionnaire début mars après l’annulation d’un projet de réforme. Quoiqu’il en soit, cette recomposition ministérielle pourrait être le signe d’une volonté du pouvoir tchadien de consolider son contrôle, tout en intégrant des figures issues de l’opposition, par l’usuelle stratégie de cooptation.

Défis sécuritaires persistants

Sur le plan sécuritaire, la frontière nigériane demeure une source d’instabilité chronique. Dernier fait majeur : l’enlèvement de six ressortissants tchadiens dans la région du lac Tchad par le groupe terroriste Boko Haram, qui diffuse des vidéos montrant l’exécution d’un otage et exige une rançon de 500 millions de francs CFA pour la libération des captifs. Dans l’une des vidéos, un otage se présentant comme médecin, appelle sous contrainte, le président Mahamat Idriss Déby Itno et le gouvernement à intervenir rapidement. Le groupe menace d’agir davantage si la rançon n’est pas versée. Cet enlèvement s’inscrit dans une stratégie habituelle de Boko Haram mêlant propagande, pression psychologique et violence, et survient alors que la zone du lac Tchad reste fragile sur le plan sécuritaire.

Quelques jours auparavant, le 2 avril, le président tchadien Déby était présent sur le sol nigérian (Abuja), sur invitation de son homologue Bola Tinubu, pour une visite de travail centrée sur la coopération sécuritaire et économique. Les discussions ont porté sur la sécurité du bassin du lac Tchad face aux menaces de Boko Haram, avec un renforcement possible de la coordination militaire, du partage de renseignements et des opérations conjointes via la Force multinationale mixte (FMM). Sur le plan économique, les échanges ont visé à faciliter le commerce, améliorer les infrastructures de transport et de transit, réduire les barrières douanières et développer des projets communs en énergie, agriculture et commerce transfrontalier pour stimuler l’économie et l’intégration régionale. La situation autour du lac Tchad rappelle combien l’insécurité transfrontalière demeure un défi structurel pour le Tchad, où la violence de groupes terroristes comme Boko Haram fragilise à la fois les populations et l’État, qui doit s’atteler à fournir des perspectives durables de stabilité.