Timbuktu Institute - Semaine 1 - mai 2026
Alors que son voisin tchadien est de nouveau confronté aux sanglantes attaques djihadistes, le Nigeria poursuit tant bien que mal ses opérations anti-terroristes. En l’occurrence, c’est tout feu tout flamme. Néanmoins, ces opérations, on le sait, ne manquent pas quelquefois d’aboutir à des incidents que des organisations humanitaires ou de défense des droits humains, dénoncent comme des bavures. Dans la nuit du 30 avril 2026, une quarantaine d'éleveurs peuls ont été tués dans l'État du Niger, au centre-ouest du pays. L'opération, menée conjointement par des miliciens nigérians et béninois agissant aux côtés de l'armée nigériane, visait des membres de la communauté peule soupçonnés d'être des informateurs du groupe jihadiste Ansaru. Selon les témoignages recueillis, les hommes qui résistaient à l'arrestation ont été abattus sur place, portant le bilan possible à 41 morts d'après un chef traditionnel local. Ansaru, né en 2020 d'une scission avec Boko Haram et désormais affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique, est actif de part et d'autre de la frontière bénino-nigériane depuis deux ans, ce qui expliquerait l'implication de miliciens venus du Bénin voisin. Ni l'armée nigériane, ni l'armée béninoise n'ont commenté les faits. Selon RFI Hausa, il s’agirait d’un « raid préventif » intervenu après que des éleveurs peuls auraient menacé de perturber les activités agricoles de la zone, en représailles au meurtre récent de deux des leurs dans une communauté voisine, à en croire les mots d’un habitant local.
Et pourtant, l’intensification de la pression des formes armées nigérianes contre les groupes djihadistes n’est pas exempte de déconvenues. Dans la nuit du 7 au 8 mai 2026, des combattants de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) ont lancé un assaut coordonné d'envergure contre le quartier général de la 27ème brigade de l'armée nigériane à Buni Gari, dans le nord-est du pays. Attaquant simultanément depuis trois axes (ouest, sud et sud-ouest) dans une tentative d'encerclement, les insurgés ont été repoussés par les troupes de l'opération Hadin Kai, qui ont tenu leurs positions grâce à des tirs indirects avant de contraindre les assaillants à une retraite désordonnée. Selon le bilan de l’armée nigériane, deux soldats ont perdu la vie et 50 terroristes ont été neutralisés.
Défections dans l’opposition
À moins de deux ans de l'élection présidentielle nigériane de janvier 2027, l'opposition tente tant bien que mal, de se mettre en ordre de bataille. Dans ce paysage, le Congrès démocratique africain (ADC) se positionne comme une alternative crédible. Et pourtant, le parti vient d’enregistrer deux défections de taille. Peter Obi et Rabiu Kwankwaso, qui avaient terminé respectivement troisième et quatrième lors du scrutin de 2023, ont officiellement quitté, le 4 mai, pour rejoindre l’ADC pour le Congrès démocratique nigérian (NDC). Pour sa part, Peter Obi justifie son départ par un climat qu'il qualifie de « toxique » et « instable » au sein de l'ADC, pointant des procédures judiciaires internes et des tentatives de déstabilisation entre factions rivales. L’une d'elles contestant la légitimité de l'exécutif du parti devant les tribunaux. Des tensions avec Atiku Abubakar, autre poids lourd de l'opposition resté à l'ADC, seraient également en toile de fond. Dans ce contexte, ce double ralliement est-il la prémisse d’un possible ticket Obi-Kwankwaso pour la prochaine présidentielle ? Quoiqu’il en soit, elle témoigne avec acuité des recompositions et alliances en cours au sein de l’opposition, dans l’objectif de défier en 2027, le parti au pouvoir (APC).