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Restitution de trois études clés sur le terrorisme à Bouaké : l’AILCT s’affirme comme hub régional de la recherche stratégique Spécial

Timbuktu Institute

À l’heure où les dynamiques terroristes continuent de redessiner les équilibres sécuritaires en Afrique de l’Ouest, la compréhension fine des mécanismes de radicalisation, de résilience et de prévention s’impose comme une nécessité stratégique pour les États de la région. C’est fort de cela que l’Institut de Recherche Stratégique (IRS) de l’Académie Internationale de Lutte contre le Terrorisme (AILCT) a organisé le 17 juin à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire), un atelier de restitution de trois études stratégiques sur les dynamiques du terrorisme et de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest. Cet événement, qui s’inscrit dans la mission de l’IRS de produire et diffuser des connaissances au service de la prévention, a réuni professeurs, enseignants-chercheurs et étudiants de l’université. Au demeurant, ce creuset de réflexion visait à sensibiliser les acteurs académiques, stimuler le débat scientifique et formuler des recommandations pour renforcer les politiques de prévention et de cohésion sociale.

S’il est un enseignement qui fait aujourd’hui largement consensus dans les recherches sur l’extrémisme violent, c’est bien celui de l’exposition particulière des jeunes aux logiques de radicalisation et d’embrigadement. Tels sont les linéaments de l’étude présente par le directeur régional du Timbuktu Institute, Bakary Sambe, sur le thème : « Jeunes garçons et filles dans les zones sous influence jihadiste : enjeux d’embrigadement et de protection ». Rappelant la pertinence et l’opportunité de cet atelier, Bakary a souligné que le choix de l’IRS de présenter directement les résultats des trois études aux enseignants-chercheurs et aux étudiants de l’Université de Bouaké est significatif : « l’IRS ne se contente pas de produire du savoir à Abidjan, il le diffuse et l’enrichit avec les acteurs de terrain et les futures élites ». Ainsi, l’étude réalisée par le Timbuktu Institute a conduit ses équipes de terrain à Ménaka (Mali) et à Diffa (Niger) dans le bassin du Lac Tchad. Pour Bakary Sambe, « cette immersion sur ces deux différents terrains ont permis une approche comparative entre deux dynamiques de recrutement djihadiste avec leurs spécificités respectives, sous-tendue par une approche pluridisciplinaire de problématiques complexes ».

Dans le même temps, les deux autres études restituées concernaient la « prise en charge des victimes du terrorisme et problématique d’insertion des déplacés » et « l’expérience des politiques de dé-radicalisation en Afrique : succès, échecs, doutes et perspectives ». Ces deux recherches ont été présentées respectivement par le chercheur béninois et directeur exécutif du Cabinet InterGlobe Conseils, Régis Hounkpè ; et l’expert sénégalais Barka Bâ spécialiste des questions sécuritaires régionales et directeur du Cabinet Sen Stratégies Consulting, fort d’une grande expérience de terrain et de recherche au Sahel et en Afrique de l’Ouest. En ce sens, ces travaux présentés à Bouaké répondent directement aux défis identifiés dans le contexte régional, à savoir : la territorialisation du terrorisme, l’attraction exercée par les discours jihadistes sur les jeunes et la nécessité de transformer les universités en espaces de prévention et de résilience.

Abidjan, hub émergent de la recherche stratégique

Selon Bakary Sambe, la portée régionale de l’évènement ne saurait être suffisamment soulignée : « Abidjan dispose déjà d’un atout majeur avec AILCT à Jacqueville, qui combine des actions de formation et recherche. Cet événement montre que cette institution peut devenir le centre où se croisent analyses de haut niveau, retours d’expérience du Sahel et du Golfe de Guinée ainsi que propositions concrètes ». C’est cela qui en fait  « précisément un hub stratégique, consistant non seulement à produire de la connaissance, mais aussi en la rendant utile et accessible à l’ensemble de la sous-région », ajoute-t-il. Par ailleurs, le président du Timbuktu Institute a mis en avant le positionnement particulier de la Côte d’Ivoire : « Il s’agit aujourd’hui de l’un des pays les plus stables et les plus intégrés économiquement de la CEDEAO et de l’UEMOA. Elle bénéficie d’une position géographique stratégique, d’infrastructures modernes à Abidjan et d’une tradition d’ouverture régionale et dans un contexte où le terrorisme se diffuse du Sahel vers les pays côtiers, avoir un hub de recherche à Abidjan présente un double avantage ».

« Ces connaissances produites peuvent nourrir des cadres de coopération concrets, qu’il s’agisse d’opérations conjointes, de partage de renseignement ou de programmes de prévention transfrontaliers », a-t-il expliqué. Ajoutant que l’implication des universités et des jeunes, comme lors de cet atelier, renforce la résilience communautaire : « il est indispensable pour que la coopération sécuritaire ne soit pas seulement militaire, mais aussi sociale et préventive. Abidjan, en devenant ce hub de recherche, peut fournir aux États de la région des outils d’analyse communs et actualisés. C’est une contribution précieuse à une coopération régionale plus intelligente et plus durable. »

Somme toute, l’atelier, qui s’est déroulé sous un format interactif avec des présentations suivies de discussions, aura permis d’identifier des pistes de solutions adaptées et de renforcer les capacités des acteurs académiques dans la prévention du terrorisme. Au-delà de son importance scientifique, cet événement confirme une réelle dynamique qui pourrait se consolider. A savoir que Abidjan, à travers l’AILCT et son Institut de Recherche Stratégique (IRS), s’impose progressivement comme un pôle régional majeur de production et de diffusion de savoirs stratégiques sur la sécurité, au service d’une approche intégrée alliant recherche scientifique, formation  des cadres et des praticiens et politiques de prévention.