Timbuktu Institute - Semaine 3 Septembre 2026
Le 8 septembre dernier, le ministre guinéen des Affaires étrangères a réaffirmé le soutien de Conakry à la marocanité du Sahara, en marge de la huitième Commission mixte de coopération avec le Royaume chérifien. La rencontre s’est soldée par la signature de 25 accords portant entre autres sur l’économie, les finances, l’agriculture et l’enseignement supérieur. Par ailleurs, les élèves du Prytanée militaire de Guinée ont achevé le 16 septembre un voyage d'études d’une semaine en Chine. Conduit par la conseillère à la présidence Diaka Sidibé, ce déplacement leur a permis d’appréhender le processus de transformation du fer issu du gisement de Simandou par les usines chinoises.
Conakry multiplie les ouvertures diplomatiques au service de ses ambitions économiques
Le président de la République s’est quant à lui rendu en Côte d’Ivoire du 11 au 13 septembre, dans le cadre d’une visite officielle visant à renforcer les relations économiques ainsi que la coopération sécuritaire et de renseignement entre les deux États. À cette occasion, Alassane Ouattara a réaffirmé son soutien au « processus engagé en Guinée », apportant de facto un appui régional significatif aux autorités du pays. Témoignage de ce rapprochement entre Conakry et Yamoussoukro, Mamadi Doumbouya a invité la Côte d’Ivoire à participer aux célébrations de la fête nationale guinéenne le 2 octobre prochain, en qualité de pays à l’honneur aux côtés du Rwanda.
Ces trois séquences illustrent la politique de diversification des partenariats internationaux engagée par Conakry. En renforçant son ancrage régional et en élargissant son réseau de coopération au-delà de son voisinage immédiat, la Guinée entend poursuivre son processus de normalisation sur la scène internationale. Ce retour fait suite à la réintégration de la CEDEAO en début d’année, près de cinq ans après le coup d’État qui a vu Mamadi Doumbouya arriver au pouvoir. Mais cette politique étrangère active offre également l’occasion au président de mobiliser de nouveaux soutiens à ses ambitions économiques, à commencer par le programme Simandou 2040, que la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a récemment accordé un financement de près de 177 milliards de francs CFA. Ce jeudi, une délégation russereçue par le président a également exprimé sa volonté de contribuer à la réalisation de ce projet de transformation locale des ressources minières.
Le ministre des Affaires étrangères plaide pour une réforme des institutions régionales
Le 14 septembre, à Conakry, le ministre guinéen des Affaires étrangères a appelé à une refonte des instances dirigeantes de la CEDEAO et de l'Union africaine, à l'occasion d'une cérémonie organisée pour célébrer les journées de ces deux organisations. Devant le corps diplomatique accrédité, Morissanda Kouyaté a dressé un bilan en demi-teinte des deux institutions régionales, plaidant pour une « restructuration de leurs organes dirigeants » ainsi qu'une « révision de certains de leurs protocoles ». Cette sortie s'inscrit dans la ligne adoptée par Conakry depuis sa réintégration de la CEDEAO : contester le fonctionnement des institutions sans rompre avec celles-ci, à l'inverse de la posture adoptée par les États de l'AES. Le chef de la diplomatie guinéenne en a également profité pour légitimer la trajectoire militaire puis électorale de Mamadi Doumbouya, l’inscrivant dans une histoire régionale marquée par l’intervention récurrente de l’armée dans le champ politique. Morissanda Kouyaté a ainsi indiqué, qu’à la création de la CEDEAO, plusieurs pays étaient eux-mêmes dirigés par des militaires, et conclu en citant les propos de son président pour qui « ce n’est pas la tenue qui fait le leader, mais le leader qui fait la tenue ».
Les autorités durcissent le ton face aux médias indépendants
La Haute Autorité de la Communication (HAC) a multiplié cette semaine les mesures à l’encontre des médias et journalistes présents en Guinée. Le 17 septembre, France 24 a ainsi été interdite de diffusion sur le territoire suite à l’emploi du terme de président « putschiste » dans son journal télévisé pour désigner Mamadi Doumbouya. La veille, l’instance avait retiré l’accréditation du correspondant permanent de Jeune Afrique, lui reprochant de « graves violations des obligations éthiques et déontologiques ». Elle avait également renforcé son contrôle des Web TV, dénonçant la prolifération de ces médias dont l’exploitation est soumise à la délivrance d’une autorisation préalable. L’encadrement accru des acteurs traditionnels et des médias numériques s’inscrit dans un contexte général de recul de la liberté de la presse en Guinée. Entre 2025 et 2026, le pays est ainsi passé de la 103ème place à la 111ème dans le classement annuel de Reporters sans frontières.