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Gambie : la crise énergétique, révélatrice d'une colère plus profonde ? Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 Septembre 2026

Depuis le mois de juin, la Gambie traverse une crise énergétique marquée par des coupures d’électricité récurrentes pouvant durer jusqu’à deux jours. En raison de leur impact sur l’activité économique et la vie quotidienne des Gambiens, des manifestations ont éclaté dans la nuit du 7 au 8 septembre et les jours suivants dans plusieurs villes du pays, dont la capitale Banjul. Des barricades ont été érigées dans les rues et un commissariat a même été incendié à Tujereng.

La crise énergétique cristallise les tensions politiques et sociales sous-jacentes

Mais la colère a rapidement pris une dimension politique, une partie des manifestants demandant le départ du président alors que sa candidature à un troisième mandat fait l’objet de contestations. Après près de dix années au pouvoir, Adama Barrow pourrait en effet se présenter une nouvelle fois aux élections de décembre, la limitation à deux mandats n’ayant finalement pas été intégrée à la Constitution. En réponse à ces manifestations, les autorités ont interdit les rassemblements sans autorisation préalable et procédé à l’arrestation de onze personnes présumées impliquées dans des dégradations. 

Si la situation sécuritaire s’est stabilisée à la suite de ces mesures, les manifestations ont mis en lumière les fragilités du modèle énergétique gambien. Il y a 16 mois, la National Water and Electricity Company (NAWEC) n’avait pas renouvelé le contrat la liant à l'opérateur turc Karpowership. La question d’un éventuel retour du groupe a été relancée dans le débat public par l’Ambassadeur turc sortant le 10 septembre, avant d’être écartée dès le lendemain par le directeur de la NAWEC. De février 2018 à mai 2025, Karpowership fournissait environ 30 MW à la Gambie pour un coût cumulé dépassant 200 millions de dollars. La NAWEC avait alors privilégié des importations régionales moins coûteuses via l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG). Cette stratégie de substitution s’est cependant heurtée à la sécheresse qui a récemment frappé la Guinée et réduit la disponibilité de l'hydroélectricité transitant par l'OMVG.

Adama Barrow a promis une amélioration de l'approvisionnement d'ici la fin octobre en renforçant l’offre domestique. La crise pourrait toutefois traduire un malaise plus profond au sein de la société gambienne, dépassant la seule question énergétique. Selon Talib Ahmed Bensouda, maire de Kanifing et candidat à la présidentielle, la frustration des jeunes Gambiens tiendrait en effet plutôt à un manque plus large d'opportunités, alimentant la migration irrégulière vers l'Europe.

Washington renforce les moyens de la justice transitionnelle gambienne

L’ambassade des États-Unis en Gambie a indiqué financer un programme à hauteur de 930 000 dollars et destiné à renforcer les capacités de la justice gambienne dans le traitement des crimes commis sous le régime de Yahya Jammeh. Le programme s’appuiera sur les conclusions de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) concernant les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires commises entre 1994 et 2017.