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Togo : Coopération sécuritaire, diplomatie pragmatique et extradition de Damiba Spécial

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Au Togo, on assiste à une  période qui semble confirmer une posture stratégique singulière : Lomé se positionne à la fois comme un acteur diplomatique régional et  un État vigilant face aux retombées sécuritaires sahéliennes. Sur le plan diplomatique, Lomé a accueilli le 17 janvier une réunion de haut niveau consacrée à la coordination des initiatives de paix en RDC et dans les Grands Lacs. Cette réunion vise à harmoniser et à coordonner les initiatives de paix dans ce pays et souligne l’implication effective du Togo aux côtés de l’Union africaine. En utilisant la diplomatie comme outil stratégique, Lomé s’implique dans des médiations régionales, renforce sa crédibilité et diversifie ses alliances. À court et moyen terme, cette posture diplomatique devrait ainsi renforcer le positionnement du Togo en tant qu'acteur de médiation régionale et partenaire crédible de l'Union africaine. L’implication de Lomé dans les initiatives de paix, notamment en République démocratique du Congo, traduit une stratégie visant à accroître son influence tout en anticipant les retombées sécuritaires au Sahel. Toutefois, cette visibilité accrue sur la scène diplomatique impose un équilibre délicat entre ambition régionale, capacités nationales et gestion des risques sécuritaires internes.

Coopération judiciaire et stabilité régionale : les enjeux de l’extradition de Damiba
Parallèlement, la décision des autorités togolaises de procéder à l'extradition de Damiba s'inscrit dans une logique de renforcement de la coopération judiciaire et sécuritaire avec le Burkina Faso, dans un contexte régional marqué par des défis transnationaux croissants. Présentée comme le respect des engagements bilatéraux et des mécanismes de concertation sous-régionale, cette démarche témoigne de la volonté du Togo de préserver un climat de confiance politique avec les autorités de transition du Burkina Faso. 

Au-delà de l'acte juridique, cette extradition revêt une dimension diplomatique stratégique. Elle témoigne d'un ajustement pragmatique de la posture togolaise visant à éviter toute crispation dans les relations bilatérales et à contribuer à la stabilité régionale. Dans un espace ouest-africain fragilisé par l'insécurité et les tensions politiques, le choix du dialogue et de la coopération apparaît comme un moyen de gérer les relations entre États. Cependant, la décision d'extrader Paul-Henri Sandaogo Damiba soulève de sérieuses interrogations quant au respect par le Togo de ses engagements en matière de droit d'asile.

Droit d’asile sous contrainte : l’extradition de Damiba et la fragilisation des engagements du Togo

Au-delà des considérations morales, cette mesure pourrait en effet constituer un précédent juridique préoccupant. En effet, l'extradition d'un ancien chef d'État accueilli sur le territoire togolais dans le cadre d'une protection régionale soulève des questions quant à la conformité de cette décision avec les obligations internationales du pays. Le Togo, État partie à la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi qu’au Protocole de 1967, s'est engagé à garantir la protection des personnes exposées à des persécutions politiques. Or, le renvoi de M. Damiba vers un contexte politique et sécuritaire où le rétablissement de la peine de mort fait débat pendant que certains soulèvent la question du respect effectif du principe de non-refoulement. Certains observateurs voient dans cet acte une cession à la pression, notamment au regard des enjeux économiques, sachant que plus de 60 % des importations burkinabè transitent par le port de Lomé selon les données de la Banque mondiale. Lomé, qui souhaite se positionner comme le port des pays de l'AES, a tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec ces États.