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 « J’ai dit et écrit qu’il est urgent voire impérieux d’engager le dialogue avec les groupes radicaux violents au Mali »

Invité à Dakar par Timbuktu Institute dans le cadre du séminaire sous-régional « coopérations sécuritaires au Sahel à l’heure des conflits intercommunautaires » dont il était l’un des panélistes, le Dr. Aly Tounkara, enseignant-chercheur à la Faculté des Lettres et sciences humaines à l’Université de Bamako dresse une analyse  sans complaisance de la crise malienne. Dans cet entretien exclusif qu’il nous a accordé, cet expert des questions sécuritaires au Collège sahélien de sécurité de Bamako revient sur ‘’la mise sous tutelle de l’armée malienne’’ par les forces étrangères, les enjeux économiques, stratégiques et géopolitiques qui enveloppent le discours sur la lutte contre le terrorisme, la position ambigüe de la classe politique malienne et la ‘’nécessité absolue’’, selon lui, de déclencher le dialogue avec les groupes radicaux violents. Entretien.

PROPOS RECUEILLIS PAR MAMADOU YAYA BALDE

Vous êtes Invité à Dakar par Timbuktu Institute dans le cadre d’un séminaire sous-régional intitulé : « Les coopérations sécuritaires au Sahel à l’heure des conflits intercommunautaires » dont vous êtes un des conférenciers. En tant que chercheur, comment vivez-vous le phénomène de l’extrémisme violent au Mali ?

Evoquez aujourd’hui l’extrémisme violent ou les attaques avec le référentiel musulman qu’on peut qualifier d’attaques djihadistes, cela dépend de quelle partie du Mali se place-t-on. De 2012 à nos jours, les régions du Nord et celles du centre du Mali connaissent effectivement des attaques terroristes de la part des différentes katiba notamment Alqaida, Ançar Al-charia et d’autres katiba qui se sont greffées aux tensions communautaires particulièrement dans la région de Mopti. L’action terroriste, dans le contexte malien, est quand même quotidienne. On ne peut dire que le Mali s’habitue au phénomène, mais le vit plus que les autres pays de la sous-région.

Est-ce que la présence de la force française barkhane et d’autres forces étrangères dans le pays, en plus des efforts singuliers de l’armée malienne, n’ont pas atténué la percée et l’action djihadistes au Mali ?

Quand on prend les différentes interventions militaires étrangères notamment, l’on se rend compte que celles-ci ne s’adaptent pas forcément aux logiques du terroir. Autrement dit, les différents mandats qui sont assignés à la force barkhane française et la force onusienne (MINUSMA) sont des mandats qui ont été décidés tout en mettant le Mali sur la touche. De ce fait, ces forces militaires, à mon entendement, peuvent difficilement s’accommoder aux attentes des populations maliennes notamment celles du Nord et du Centre. Par exemple, quand tu prends l’intervention française de 2013 à aujourd’hui, elle a permis incontestablement une accalmie dans les centres urbains. Mais toujours est-il que l’objectif final recherché par cette intervention française, qui est de mettre fin à l’action violente terroriste, est loin d’être atteint pour des raisons plurielles. Et, très souvent, on n’oublie que derrière les actions militaires, il y a d’autres dimensions importantes. Au nom de la lutte contre le terrorisme, on s’intéresse à la migration irrégulière. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les entreprises internationales opérant sur le territoire malien et dans le Sahel de façon générale sont préservés par les militaires occidentaux. Au nom de la lutte contre le terrorisme, il y a des enjeux financiers conséquents qui concernent toute la zone sahélienne qui regorge une quantité importante de minerai, du pétrole…Bref, tout ce dont l’humanité a besoin pour sa survie. Je pense qu’au-delà du levier militaire, il y a bien d’autres enjeux économiques, géopolitiques, géostratégiques qui sont là. Si l’armée française et l’armée loyale du Mali peinent à contenir la violence par le simple fait qu’il n’y a pas une coopération objective entre les deux. On va vous parler des actions conjointes menées dans les zones en conflits, mais lesquelles opérations dites conjointes sont sérieusement hypothéquées par le simple fait que la force barkhane française n’associe pas effectivement l’armée malienne dans la définition de ses différentes stratégies de lutte contre le terrorisme. S’il y a par exemple des opérations conjointes à mener par l’armée française et la force malienne, c’est la force française sui décide toute seule. Une fois que les décisions sont prises, on demande 5 à 10 militaires maliens de se joindre à eux.

C’est juste pour un complément d’effectif ?

Exactement ! En termes de stratégies, l’armée malienne ignore tout et ne maitrise même pas aussi les différents itinéraires à emprunter. Voilà des armées étrangères qui ont mis l’armée malienne sous tutelle. C’est la triste réalité. Mais les politiques peuvent le nier. Mais quand on s’intéresse à la cartographie de conflits au Mali, naturellement l’on se rend compte que l’armée malienne est sous-tutelle. Cela s’explique par le fait que les forces étrangères (Barkhane et la MINUSMA) ont un mépris vis-à-vis de l’armée nationale. Tout ceci fait que la lutte contre le terrorisme devient très complexe dans le contexte malien.

Qu’en est-il de la propagation du phénomène ?

Il faut aussi rappeler que les forces terroristes ont réussi à épouser les logiques du terroir. Elles ont réussi à enrôler un nombre important de jeunes en se basant sur les tares de l’Etat malien, la distribution de la justice, la délivrance des services sociaux de base…Ce sont ces insuffisances qui ont été récupérées par les groupes radicaux violents afin d’enrôler davantage les communautés locales. C’est là qu’on comprend aisément que toutes les solutions militaires portées jusqu’ici ont certes permis d’instaurer un semblant d’accalmie, mais elles peinent à mettre un terme à l’action violente. D’où la limite de ces actions militaires parce qu’elles ne bénéficient pas forcément d’un soutien populaire.

Vous êtes un fervent militant du dialogue avec les groupes radicaux violents. Pourquoi adoptez-vous une telle posture ?

On a vu en Irak, en Afghanistan, en Syrie, ces mêmes puissances étrangères occidentales avaient catégoriquement refusé de déclencher le dialogue avec Al-Qaida, les Talibans mais elles ont fini par comprendre que les réponses militaires, à elles seules, ne peuvent contenir l’action violente des groupes djihadistes. Des pourparlers ont été engagés entre les Etats-Unis et les Talibans, entre la France, l’Angleterre et certains éléments de l’Etat islamique. La force militaire est nécessaire, mais ne suffit pas. J’ai dit et écrit qu’il est urgent voire impérieux d’engager le dialogue avec ces groupes radicaux au Mali. On me dira qu’il y a mille et un groupes à la fois. Certes, il y a toute une kyrielle de groupes, mais les ‘’gros poissons’’ sont connus. Il y a une cartographie des acteurs qui opèrent sur le terrain. On sait qu’au centre du Mali, la katiba de Malam Dicko et celle d’Amadou Kouffa sont les plus actives. Quand on s’intéresse aux régions du Nord, la katiba Ançar Dine d’Iyad Aghali opère suffisamment dans la zone. On connait les ères géographiques d’intervention de ces différents groupes violents.

Quelles seraient les raisons et la démarche qui sous-tendent cette invite au dialogue à laquelle vous appelez de vive voix ?

L’offre du dialogue me parait importante parce que le dialogue coûte moins cher. Quand vous prenez, rien que pour l’entretien de la force Barkhane, c’est trop cher. De même que la force onusienne, elle est hyper chère. Au contraire, avec des sommes vraiment symboliques, on peut déclencher le dialogue avec l’ensemble des oulémas. Il serait plus facile de se rapprocher des groupes radicaux violents du point de vue idéologique. On sait pertinemment que beaucoup de ces groupes s’appuient sur l’interprétation littérale des textes sacrés. On a aussi des adeptes de la même pensée littérale dans nos centres urbains qui peuvent bien être une sorte de passerelle entre l’Etat central du Mali et ces groupes radicaux violents. Quand on prend le centre du Mali par exemple, on sait que Amadou Kouffa a des accointances avec les chefferies locales qui peuvent également constituer un pont entre l’Etat central du Mali et lui. Mais le hic, c’est que les puissances étrangères ne veulent pas qu’on parle de ce dialogue tandis que ces mêmes puissances ont engagé le dialogue en Libye, en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Au bout du compte, on voit qu’on nous prend pour des idiots. Ces puissances savent pertinemment que le Mali n’a pas une armée bien structurée afin de faire face à ces groupes radicaux violents et les seuls outils efficaces et utilisables qui restent à l’Etat malien, ce sont les outils du dialogue. De ce fait, je défends partout où je passe, à travers mes travaux, qu’une des meilleurs issues à la crise malienne serait de déclencher le dialogue avec ces groupes radicaux violents : Iyad Ag-Ali, Amadou Kouffa et Malm Dicko.

On sait que ces groupes diront naturellement qu’ils ne veulent pas voir la force française, onusienne lors du dialogue. De l’autre côté aussi, on nous dira également qu’on ne peut pas dialoguer avec des gens qui ont tué des innocents, violé ou fait ceci ou cela. Mais ce qu’on reproche aux mêmes groupes radicaux violents, est valable pour les groupes indépendantistes du Nord Mali qui ont tué, saccagé, violé. Mais en dépit de toutes ces exactions, on a fini par se mettre autour d’une table et signer les accords de la paix et de la réconciliation d’Alger. Maintenant, je ne sais pas en quoi on pourrait avoir une lecture à géométrie variable face à des acteurs qui ont tous des mains tachetées de sang.

Il est de la responsabilité de l’élite politique malienne de prendre son destin en main, d’avoir le courage d’heurter les sensibilités des puissances occidentales afin de déclencher un tel dialogue avec les groupes radicaux violents. Quand on aura déclenché le dialogue, de part et d’autres, les positions seront revues. Ce qui est intéressant, c’est que quand ces groupes vont se retrouver autour d’une table de négociation, les tensions intercommunautaires connaitront un affaissement parce qu’on sait que ces tensions sont, quelque part nourries, par le référentiel musulman. Dialoguer avec ces groupes radicaux violents permettra un recul net des affrontements intercommunautaires.

Vous avez parlé du dialogue. Mais qui peut prendre une telle initiative  et comment piloter tout ça ? Quels seraient les préalables ou termes de référence à cet éventuel dialogue ?

L’initiative revient à l’Etat central. Ce n’est pas une communauté, ni un enseignant encore moins un journaliste de déclencher un tel processus. Et ce qu’on ne dit pas souvent, c’est que quand vous allez sur le terrain, les acteurs interrogés dans leur écrasante majorité, prônent le dialogue avec ces groupes radicaux violents. Ce qui n’est pas suffisamment relayé par les médias. Une des études récentes de l’International Crisis Group montre effectivement ce besoin d’aller vers le dialogue exprimé dans les parties en proie à l’insécurité. Je pense qu’au nom de la démocratie, il faut écouter ces acteurs, au nom de l’inclusion et du vivre-ensemble, il faut les écouter. Et le savant musulman a toute sa place dans ce dialogue pour décrypter et déconstruire le discours de ces partisans de la pensée littérale. Ce qui permettra de faire comprendre à ces djihadistes que leur argumentaire ne tient pas. Les textes sacrés restent l’arme la plus redoutable pour la déconstruction du discours des auteurs de violence au nom du référentiel musulman.

En quoi ce dialogue sera-t-il différent ou semblable dans sa démarche avec les pourparlers qui ont abouti aux accords d’Alger ?

Ce qu’on ne dit pas aux gens, c’est ce que les termes de référence des accords d’Alger ont été élaborés en mettant sur la touche les vrais acteurs. Partout au Mali, je rappelle que ce ne sont pas les bergers, les journalistes, les agriculteurs qui ont déclenché cette crise. Cette crise a pris de l’ampleur à cause de l’immixtion du référentiel musulman. L’accord pour la paix devait impérativement intégrer les groupes radicaux violents. Ils constituent le moteur de l’insécurité. De nos jours, les gens qui sévissent réellement au Mali tout comme au Burkina, se revendiquent de l’islam. Comment peut-on négocier avec d’autres acteurs tout en ignorant les acteurs les plus importants dans la compréhension de la dynamique conflictuelle au Mali ? C’est ainsi qu’on comprend aisément que les documents sur les accords d’Alger, appelés « processus d’Alger ou l’accord pour la Paix et la réconciliation », ne reflètent pas forcément la réalité du terroir. Et c’est là que nous sommes dans le déni de la réalité. Le Mali a aujourd’hui un sérieux problème de gouvernance. Mais il est important, à un moment donné, que le Mali s’assume devant son histoire. Vouloir s’opposer aujourd’hui à des puissances étrangères, on peut même risquer sa vie.

Puisqu’il est avéré que l’Etat n’est plus capable de nous protéger, il faut négocier avec ces groupes radicaux violents. La crise malienne doit être résolue par les Maliens eux-mêmes. Les autres ne doivent être que des appuis. Mais ce à quoi nous assistons, c’est que les appuis deviennent l’essentiel, l’essentiel devient l’accessoire. Voilà un pays aujourd’hui où il y a beaucoup d’acteurs régionaux et internationaux, mais qui ont fini par écarter les acteurs nationaux.

Est-ce que les défaillances de l’Etat en matière de gouvernance et la contestation sérieuse de sa légitimité ne peuvent pas conduire à un refus des populations locales et des groupes radicaux de voir l’Etat conduire ces pourparlers ? La société civile malienne ne serait-elle pas l’acteur le plus approprié pour essayer de nouer le fil du dialogue ? Si oui, est-elle suffisamment outillée et à équidistance entre les différentes forces en jeu ?

Quelle que soit la fragilité d’un Etat ou ses défaillances, il y a quand même des questions régaliennes. Ce n’est pas à une société civile ou une entité confessionnelle de faire ce travail. Il est vrai qu’au Mali, il y en ce moment un gros souci de légitimité à propos de l’Etat, mais en dépit de tout cela, l’Etat est indispensable. Il doit être le garant, quelle que soit la provenance de l’initiative. Il faut aussi rappeler que tous les fonctionnaires ou agents de l’Etat ne sont pas aussi rejetés par ces groupes radicaux violents. Toujours est-il qu’on peut trouver des acteurs qui pourraient aider l’Etat central, de manière indirecte, à déclencher un tel processus. La société civile et les leaders religieux ont beau été engagés, la partition de l’Etat est indispensable.

Et l’opposition malienne dans tout ça ?

Elle fait son mieux, faut-il le rappeler, en se prononçant sur la question. Mais les positions sont très ambigües parce que les politiques font des déclarations tout en restant très prudents à l’endroit notamment des puissances occidentales. Ce qui fait que cette question de la prise en compte de l’avis des populations du terroir n’est pas là. C’est la catastrophe. Les gens parlent tout en faisant attention à ne pas faire entorse aux Etats-Unis, à la France, etc. Sinon comment prétendre défendre un peuple tout en ayant peur de porter la voix de ce peule ? Même l’opposition est dans le déni, elle aussi. Je n’ai pas entendu un leader influent, appeler à ce dialogue de peur d’être mal vu. Quand on gère un Etat avec de tels calculs et raccourcis, les conséquences s’appellent la catastrophe. Il faut sortir du déni de l’évidence, du simplisme.

En conclusion, peut-on dire que les forces étrangères venues aider, appuyer l’Etat malien constituent-elles aujourd’hui le blocage, le problème même ?

Les puissances le sont, à certains égards d’autant plus que les mandats qui sont le leur ne sont pas forcément en phase avec les attentes des populations maliennes. De ce fait, l’action de ces puissances devient contre-productive en termes de lutte contre le terrorisme et en termes même de contribution à la paix et à la stabilité sociale. C’est pourquoi, des soulèvements sont observables au Sahel pour demander, sans équivoque, le départ immédiat de ces différentes forces étrangères sur le territoire malien. Je pense que la question de l’utilité de ces forces se pose dans le contexte malien d’aujourd’hui.

 

 

 

Des visites officielles des Muqaddams de Fès entre 1922 et 1948, à l’inauguration de la Grande mosquée de Dakar, par Hassan II, en 1964, avec une prière du vendredi dirigée par El Hadji Abdou Abdou Aziz Sy Dabakh en passant par l’escale historique, à Dakar, du Roi Mohammed V à son retour d’exil de Madagascar en 1955, Tivaouane a joué un rôle diplomatique majeur et pionnier dans les relations entre le Sénégal et le monde arabe.

De la mise en place de la Fédération des Associations islamiques du Sénégal à l’implantation du Bureau régional de la Ligue islamique mondiale (LIM) au Sénégal, en plus du raffermissement des liens entre notre pays et le Maroc ou l’Arabie Saoudite et l’Egypte, d’éminentes personnalités de l’Ecole de Tivaouane se sont longtemps investies et ont accompagné le processus qui a conduit à la situation enviable des relations arabo-sénégalaises actuelles.

Dans l’histoire de la diplomatie et des relations entre le Sénégal et le monde arabe, Tivaouane et les nombreux autres foyers religieux qui y sont liés, ont joué un rôle déterminant et ce, avent même l’indépendance.

Cet état de fait découle de liens historiques qui surplombent les seules réalités diplomatiques ou bilatérales et sont le fruit d’un long processus dans lequel le religieux comme élément facilitateur a eu un incontestable rôle.

Sans parler de la période récente où des personnalités religieuses issues de Tivaouane ou de son Ecole comme Serigne Abdoul Aziz Sy Al-Amine et El Hadji Moustapha Cissé de Pire ont incarné le statut de véritables interfaces entre le Sénégal indépendant et le monde arabe, la ville de Maodo a toujours été au centre de ces relations.

La prédominance du paradigme institutionnel dans l’analyse du fait diplomatique, sous nos tropiques, a fait que cet aspect reste méconnu parfois même des spécialistes qui ne vont pas au-delà des circuits officiels, des déclarations ou encore des accords bilatéraux.

Il faudrait revisiter l’histoire des liens entre le Sénégal et le Maroc pour comprendre pourquoi le royaume chérifien lui-même a toujours tenu à mettre en avant la dimension religieuse comme capital symbolique que Rabat a fini par convertir en capital diplomatique…

Dans Falâ Budda Min Shakwâ à travers une belle complainte poétique, Maodo exprime son regret de ne pouvoir se rendre physiquement à Fès (Wa kam ashtakî indal ilâhi ziyâratan). Mais, l’impossibilité matérielle pour Seydi El Hadj Malick de se rendre à Fès n’a pas empêché des échanges entre Tivaouane, la communauté tijânie du Sénégal et la ville de Fès ainsi que d’autres régions du Maroc.

Ces échanges qui ont comme cadre principal la confrérie et l’appartenance commune à celle-ci, ont amené certains grands dignitaires religieux marocains à effectuer des visites au Sénégal, dans une période où les conditions administratives des déplacements étaient plus que difficiles. Non seulement les moyens de communications n’étaient pas très développés, mais que les autorités coloniales françaises voyaient d’un mauvais œil tout contact entre les deux rives du Sahara dans le sillage du rapport Willaim Ponty.

D’après nos entretiens, ces relations initiées, déjà, à son époque, par El Hadj Malick Sy lui-même, se sont poursuivies après sa disparition en 1922. Ainsi, son fils aîné et premier calife Seydi Ababacar Sy reçut la visite au Sénégal du petit-fils du fondateur de la confrérie Tijâniyya Cheikh Muhammad al Tayyib al-Tijânî en 1948. Cette visite inscrite dans la continuité des rapports entre la famille Sy et le Maroc sera suivie de celle de Sayyid Ben’amar al-Tijânî dès 1951 dont Serigne Mansour Sy Dabakh garde encore d’intéressantes traces photographiques.

Il faut savoir que ces relations et ces échanges ont toujours été inscrits dans une certaine continuité de part et d’autre. Rappelons que, de son vivant, El Hadj Malick Sy avait essayé de rapprocher du Maroc sa famille, en l’occurrence son fils aîné, Seydi Ababacar Sy, en le chargeant d’organiser la visite et la tournée au Sénégal de cheikh Ahmad ibn Sâ’ih, de la branche Tijâniyya de la région de Rabat où se trouve encore leur Zâwiya.

C’est cette même volonté qui se manifesta à l’occasion des visites de 1948 et de 1951 lorsque Seydi Ababacar Sy confia son frère et futur calife El Hadj Abdou Aziz Sy d’organiser la tournée des marabouts Ben ‘Amar et Tayyib al-Tijânî à travers les villes et villages du Sénégal, pour rencontrer les communautés tijânies.

C’est pourquoi, lors de nos études de terrain, on nous fit savoir, au niveau de la famille Sy, que le « vœu cher » formulé par El Hadji Malick Sy de se rendre à Fès et qui ne s’est jamais matériellement réalisé a été « exaucé » et s’est concrétisé lorsque son fils El Hadji Abdou Azîz Sy se rendit à Fès en 1949.

Signalons que cette visite à Fès s’est effectuée lors de son retour du pèlerinage à la Mecque, comme il est de coutume chez les Tijânis sénégalais. Cette visite est d’une importance clé dans l’approche des relations entre le Maroc et la communauté tijânie du Sénégal dans le sens où la personnalité en question l’a effectuée comme le représentant de tous les fidèles du pays, en faisant ou renouvelant l’allégeance à la zâwiya-mère.

D’après nos sources, très proches des personnalités concernées, c’est lors de ce séjour au Maroc que le futur calife de la Tijâniyya sénégalaise fit la connaissance d’un certain Ahmad Bensûda. Celui-ci deviendra, plus tard, un des Conseillers du Roi Hassan II très attaché à la qualité des relations entre le Maroc et le Sénégal, notamment, celles liant le Trône aux Zâwiya Tijaniyya.

Il s’est, ainsi, établi une tradition de coopération et de relations « personnelles » entre la communauté tijânie du Sénégal et le trône alaouite du Maroc. On pourra, par la suite, constater que, simultanément,, étaient nées des relations semi-officielles entre acteurs politiques et relais religieux d’une coopération bilatérale.

Ainsi, El Hadj Abdou Aziz Sy de Tivaouane et Thierno[1] Saïdou Nourou Tall, petit-fils d’El Hadj Omar Tall seront les deux personnalités religieuses sénégalaises à aller accueillir le Roi Mohamed V du Maroc, lors de son escale à Dakar, alors de retour d’exil de Madagascar suite à de nombreux efforts de la part de personnalités sénégalaises religieuses comme politiques.

La zâwiya de Fès n’a jamais sous estimé le rôle et la place des communautés tijanies et leurs marabouts dans les rapports entre le Sénégal et le Maroc. C’est certainement ce qui a assuré à ces rapports la continuité qui les caractérise encore aujourd’hui.

D’ailleurs deux émissaires – et non des moindres – seront présents à Tivaouane suite au décès de Seydi Muhammad al-Mansour Sy, fils d’El Hadj Malick Sy. En 1922 Il venait – juste une semaine avant - de succéder à Seydi Ababacar Sy.

Ce sera l’occasion pour ces deux émissaires de Fès – Sidî Ahmed Tijânî et Chérif Muhammed al-Habîb Tijânî- d’assister à l’installation d’El Hadj Abdou Azîz Sy comme calife de la Tijâniyya sénégalaise.

Serigne Maodo Sy fils d’El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabakh avait eu la générosité de nous fournir une copie de cette lettre manuscrite adressée par la Faqîh Cheikh Ahmad Sukayrij à cette même famille, à la mort d’El Hadj Malick Sy afin d’appeler à l’unité de la communauté Tijânie[2].

Même à la mort d’El Hadji Malick Sy en 1922, les rapports entre la ville de Tivaouane et, à travers elle, la communauté tijânie du Sénégal et le Maroc se sont distingués par cette imbrication d’un processus de coopération bilatérale et d’une légitimation religieuse de « liens historiques entre deux peuples ».

Les politiques tendent à se servir de cette réalité dans le cadre de la diplomatie d’influence. Elle devient, même, un outil de politique extérieure dans le sens où elle facilite la réception positive des initiatives bilatérales. La Maroc l’a bien compris dans sa stratégie africaine contemporaine.

Dans le cadre de cette tournure particulière des rapports sénégalo-marocains, on pourrait dire, sans excès, que les relations entre la «zâwiya et le trône » ont connu une intensification sans commune mesure, sous le règne de Hassan II.

Rappelons que le Roi du Maroc d’alors procédera à l’inauguration de la Grande Mosquée de Dakar en 1964. On peut même se demander si les autorités sénégalaises, dans l’organisation protocolaire de cette cérémonie, n’avaient pas, déjà, une parfaite compréhension de l’enjeu de la Tijâniyya dans leurs rapports avec le royaume chérifien. Sans être l’imam « officiel » de la Grande Mosquée, par la suite, El Hadj Abdou Azîz Sy, par ailleurs, calife de la Tijâniyya au Sénégal, fut désigné par les autorités sénégalaises pour diriger la prière inaugurale du vendredi avec, précise, Pape Makhtar Kébé, « deux remarquables sermons prononcés devant Sa Majesté Le Roi Hassan II ».

Ainsi, d’après nos multiples entretiens avec les guides religieux et muqaddams de la Tijâniyya, nous avons toujours senti la volonté unanime de placer les relations sénégalo-marocaines à un niveau « exceptionnel ». Les différentes familles de la confrérie essayent, même, de mettre en exergue leur proximité avec le royaume chérifien par l’intermédiaire de la « zâwiya mère » de Fès. Ainsi, on note cet aspect chez les autres acteurs de la Tijâniyya sénégalaise qui ont, tous, leurs réseaux de relation au Maroc pourvu qu’ils puissent accéder à la reconnaissance de la zâwiya-mère de Fès. A côté des relations entre Tivaouane et le Maroc d’autres obédiences tijânies ont établi de nombreux contacts avec le royaume, utilisant les réseaux confrériques.

La dernière tournée de l’actuel Khalife Général des Tidianes Serigne Mbaye Sy Mansour a été l’occasion d’une réception au Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, accueillis par Ahmed Toufiq qui voyait en cette visite une continuité des rapports historiques.

Mais, le Maroc qui est dans une stratégie de promotion de son modèle islamique comme partie intégrante de sa diplomatie d’influence sur le continent, a bien réalisé l’importance capitale de la Zawiya de Tivaouane en tant qu’alliée incontournable avec laquelle il partage le Fiqh malikite, le dogme ash’arite et le Taçawwuf dans le contexte d’une forte concurrence des offres religieuses et spirituelles.

Répondant à une interview de Sputnik France, le Directeur de Timbuktu Institute revient sur la situation au Sahel qui a beaucoup marqué les discours au Sommet Russie -Afrique qui s'est tenue à Sotchi et analyse certaines déclarations de chefs d'Etats comme l'expression d'un certain désarroi.
Pour Bakary Sambe, directeur de l’Institut Timbuktu basé à Dakar, fondateur en 2012 de l’Observatoire des radicalismes et des conflits religieux en Afrique (Orcra) et professeur à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis au Sénégal, les États sahéliens sont à la peine pour financer l’effort de guerre que représente la déstabilisation, depuis 2012, par divers groupes terroristes ayant envahi la région en s’engouffrant par le nord du Mali.

Ils cherchent donc à mutualiser leurs efforts, mais sans toujours y parvenir, afin de contrer l’avancée de ces groupes djihadistes, au sud, vers les États côtiers. D’où, selon lui, une nouvelle logique africaine de promouvoir le multilatéralisme sur le plan international en appelant la Russie à rejoindre la coalition de lutte contre le terrorisme au Sahel, dont elle ne fait pas partie pour le moment. Pas plus d’ailleurs qu’elle n’a obtenu une position d’observateur au G5 Sahel en raison, selon plusieurs sources diplomatiques, de l’opposition jusqu’ici de la France.

«La Russie bénéfice du statut de pays non colonisateur aux yeux des populations africaines. Elle est donc un acteur différent, plus désirable. Il ne faut pas séparer cette demande d’une opinion montante en Afrique francophone que les interventions étrangères feraient partie du problème, en même temps que d’un rejet très fort de la France comme en témoignent actuellement les débats sur le franc CFA. La Russie apparaît donc comme un allié moins encombrant que les autres puissances occidentales, notamment l’ex-puissance coloniale», a déclaré au micro de Sputnik le directeur de l’Institut Timbuktu.
Pour le chercheur sénégalais, grand spécialiste de la radicalisation au Sahel, ces déclarations du président Roch Marc Christian Kaboré sont aussi une façon subtile de rappeler aux bailleurs de fonds du G5 Sahel leurs promesses d’aide financière qui n’ont pas été tenues à la hauteur des engagements initiaux. Au point que des pays comme la Chine, voire les États du Golfe, ont fini par être sollicités.

«C’est une manière de prendre Paris au mot et de lui forcer un peu la main puisque lors du dernier sommet du G7 à Biarritz, la France a demandé davantage d’ouverture pour financer le G5 Sahel à l’Afrique elle-même, mais aussi à des pays comme l’Allemagne, par exemple. Face à la montée du terrorisme et à l’insécurité grandissante au Sahel, le désarroi des chefs d’État africains est apparent. D’autant que la grogne des populations de ces États ne va pas s’arrêter là: celles-ci souffrent de plus en plus des conditions de vie difficiles dues au manque de sécurité dans cette région, alors qu’elles sont elles-mêmes de moins en moins en sécurité», estime Bakary Sambe.

Source : Sputnik France https://fr.sputniknews.com/afrique/201910291042340202-apres-sotchi-quelle-implication-de-la-russie-dans-la-lutte-contre-le-terrorisme-au-sahel/

Timbuktu Institute, qui vient d’installer son Bureau Sahel-Bassin du Lac Tchad à Niamey ouvre un nouveau chapitre de recherche-action à propos des questions migratoires et des enjeux sécuritaires pour l’Europe et ses partenaires de la région. Cette thématique de recherche va couvrir aussi bien les volets migratoires que la question de la réinsertion socio-économiques. Ce sera à partir d’une approche holistique de la question migratoire très souvent confinée dans le domaine du contrôle des flux et des mesures répressives.

Récemment, s’est tenue à Las Palmas de Gran Canaria, la 7e rencontre des Envoyés spéciaux UE et partenaires du Sahel avec une forte participation des différents services de coopérations européens dont la France, la Suisse, la Norvège, la Finlande, la Belgique, souligne Bakary Sambe. Selon le directeur de Timbuktu Institute, "la question de la coopération était au centre de nombreux échanges pour aller au-delà du sécuritaire et s’ouvrir sur les perspectives basées sur le développement et la coopération. L’idée du Fonds fiduciaire européens de même que d’autres initiatives de l’OCDE entrent dans le cadre d’un tel tournant dans l’approche de la question migratoire à laquelle souscrit Timbuktu Institute".

En effet, depuis des décennies la migration en Afrique de l’ouest est une des plus denses et ne cesse de s’intensifier d’année en année. En 2000, le nombre de migrants intra-africains s’élevait déjà à 12,5 millions et ce chiffre est monté jusqu’à 19,4 millions en 2017[1].

En dépit de la croyance populaire, les migrants quittant l’Afrique subsaharienne n’ont pas tous l’intention de traverser la méditerranée pour arriver en Europe, la plupart ont pour destination finale un autre pays de leur communauté économique. En effet, d’après une étude de la CNUCED, 47% des migrants internationaux issues de pays de la CEDEAO vivent dans un pays de la même zone.

En Afrique plusieurs zones de transit important sont à noter dont le Niger qui fait partie des 10 plus grands pays de transit au monde, avec des zones d’affluence comme Agadez, Séguédine et Arlit.

Les flux migratoires à travers le Niger se structurent autour de plusieurs sous‐canaux, les principaux reliant d’une part, le Sahel à l’Afrique côtière et, d’autre part, le Sahel à l’Algérie et à la Libye. Le Niger est actuellement avant tout un pays de transit et d’émigration. Des filières migratoires se sont consolidées au fil du temps, associant l’installation pérenne d’un flux migratoire circulairesouvent correspondant à des activités agricoles saisonnièresgénéralement compris entre six et sept mois[2].

Les migrants utilisant le Niger comme pays de transit proviennent principalement du Nigéria, de la Gambie, du Mali, du Sénégal et dans une certaine mesure du Ghana, du Liberia, de la Sierra Leone et de la Cote d’ivoire[3].

Cela s'explique par plusieurs raisons, comme la position géographique stratégique du Niger par rapport à la Libye qui est l'un des principaux pays d’accueil de migrants irréguliers ainsi que d’autres pays de la région à forte taux migratoire. Les couloirs d’Agadez, du Niger–Sabha et de la Libye concentrent la majeure partie des flux migratoires transsahariens.

Flux migratoires observés sur certains axes du Niger de Janvier à Février 2019

Mois

Flux entrants

Flux sortants

Janvier

24808

21924

Février

34875

35402

March

44900

47819

April

64356

68326

Mai

64356

68326

Juin

101231

105425

Juillet

110673

124450

Aout

131490

141862

Septembre

142354

188369

Total

719043

801903

 

Source IOM/DTM, Flow monitoring report, dashboard January to February 2019

Le tableau ci-dessus nous montre l’importance des flux migratoires à travers le Niger. Ces données ont été collectées sur des points de points de suivis des flux nommés FMP (flow monitoring points) installés par l’OIM dans des zones d’affluences comme Agadez, Séguédine, Arlit… Même si ces données ne représentent pas l’ensemble des flux mensuels de migrants, ils donnent une vue d’ensemble de leur importance.

Quand on observe les données mensuels de l’OIM sur l’étude des flux migratoires au Niger, on se rend compte qu’il y a principalement 3 types de profils de migrants au Niger les migrants économiques, les migrants saisonniers,et les migrants de courte durée[4].

La migration économique du Niger vers le sud de la Libye a également un effet, avec une migration économique circulaire bien établie entre les deux pays. Depuis de nombreuses années, les Nigériens ont l'habitude de travailler pendant plusieurs années en Libye ou en Algérie avant de retourner au Niger.

Ce statut de pays de transit fait peser beaucoup de pression en provenance de pays d’accueil européens dont la France, l’Italie et bien d’autres pour que le Niger prenne des dispositions dans le but de résoudre la question de la migration irrégulière. Mais, d'après Bakary Sambe, "le Niger qui a déjà fourni de nombreux efforts, ne pourra le faire qu’en étroite collaboration avec les cadres régionaux existants comme le G5 Sahel et la CEDEAO. Le dernier sommet extraordinaire de la CEDEAO sous présidence nigérienne mais aussi la rencontre de Las Palmas semble confirmer une certaine volonté de synergie dans les actions pour la sécurité et le développement"

On sait que le fort flux de migrants pose aussi des problèmes de sécurité nationale (l’arrivée de migrants et de réfugiés rend difficile d’installer un certain climat de sécurité stable). Aussi les conflits au Mali, en Lybie et les attaques de Boko Haram au Niger ont mis le Sahel dans un climat d’instabilité sécuritaire.Ces crises ont par ailleurs permis le développement de la criminalité transnationale, notamment le trafic et la traite des migrants.

A partir d’un el constat, on peut donc comprendre le durcissement de la politique migratoire du Niger, qui adopte une gestion de plus en plus répressive des flux. Le principe de liberté de circulation est souvent mis au second plan pour favoriser l’aspect sécuritaire et le maintien de l’ordre public En 2015 a été adopté la Loi n° 2015-36 du 26 mai 2015 qui a pour but la protection des migrants, la sanction du trafic illicite de migrants (qui peut aller jusqu’à 30 ans[5] d’emprisonnement) et la sécurisation des frontières.

C’est dans le cadre de ce dernier aspect que s’inscrit le projet de monitoring des flux aux frontières du gouvernement nigérien lancé en octobre 2019 qui vise à améliorer la lutte contre la migration irrégulière.

L’un des problèmes principaux de ces flux importants de migrants au Niger demeure la protection des droits de ces derniers qu’ils soient réguliers ou clandestins. En effet les migrants en transit au Niger sont souvent victimes d’extorsion de fond, de problèmes administratifs, leur droit de libre circulation leur est souvent dénié surtout au niveau des points de contrôle policier, ce qui met ceux-ci dans une situation de danger permanent.Aussi beaucoup de migrants périssent dans le désert nigérien durant sa traversée vu les conditions précaires dans lesquelles les passeurs les mettent.

Le Niger doit pouvoir compter sur ses partenaires internationaux notamment l’Union européenne à travers le programme intitulé Mécanisme de réponse et de ressources pour les migrants, qui vise à aider le gouvernement dans sa gestion des flux migratoires par le développement économique et social basé sur la migration circulaire.

L’Organisation  internationale pour la migration (OIM) est un autre des partenaires phares du gouvernement nigérien dans sa gestion des flux migratoires à travers l’assistance humanitaire aux migrants en détresse, le relèvement précoce des communautés nigériennes, la réintégration socioéconomique des retournés et la stabilisation communautaire, le renforcement des capacités techniques et opérationnelles en matière de gestion des flux migratoires, les campagnes d’information et de sensibilisation sur les risques liés à la migration irrégulière, l’appui technique en cas d’urgence ou catastrophe naturelle, la lutte contre la traite et le trafic des personnes et la mobilisation de la diaspora pour le développement.

Même si le problème de l’importance des flux de migrants passant par le Niger demeure actuel, il faudra quand même noté que le nombre de migrants transitant par ce pays et mêmepar la Lybie selon les donnéesrecueillies par l’OIM a considérablement baissé ces dernières années. Le Niger a mis en place un contrôle plus accru des frontières, à procéder à la fermeture de plusieurs maisons de transit de passants ainsi qu’à l’arrêt massif de trafiquants de migrants.

Des discussions vont être ouvertes avec les parties prenantes aussi bien au niveau régional qu’auprès des partenaires internationaux du Niger et des pays sahéliens pour le lancement de cette initiative de recherche-action. Les résultats pourront aider à accompagner les projets en cours comme ceux prévus dans le cadre des actions de l’Union Européenne, des pays-membres mais aussi des entités des Nations Unies comme l’OIM et l’UNHCR.

Joseph Christophe Adams Diouf

 Expert Junior Migrations et apatridie (Timbuktu Institute)

 

 [1] Le développement économique en Afrique : les migrations au service de la transformation structurelle ; rapport 2018, CNUCED

[2]Enquétesur les politiques migratoires en Afrique de l’Ouest, 2016 ; page 249

[3] Irregular migration between West Africa, North Africa and the Mediterranean, page 26, préparé par Altai Consulting pour OIM Nigeria | ABUJA - novembre 2015

[4]Point de suivi des populations du Niger, OIM/DTM, avril 2019

[5] Article 18 de la loi n° 2015-36 du 26 mai 2015 relative au trafic illicite de migrant

Sur invitation du Ministère espagnol des Affaires étrangères de l'Union européenne et de la Coopération, Dr. Bakary Sambe, Directeur de Timbuktu Institute, basé à Dakar et à Niamey, a pris part à la 7e Rencontre des Envoyés spéciaux de pays l'Union Européenne et partenaires au Sahel.

Dans un contexte où la région sahélienne est marquée par la recrudescence des attaques au Burkina Faso et au Mali, avec une réelle menace sur la sécurité et la stabilité du Sahel, l’Espagne a abrité à Las Palmas de Gran Canaria, la 7eme rencontre « informelle » des Envoyés Spéciaux et partenaires du Sahel les 17 et 18 octobre derniers.

Dr. Bakary Sambe a déclaré que "cette réunion sur l'initiative de l'Espagne va donner sans doutre donner un nouvel élan à une meilleure synergie entre les organisations sous-régionales dans le domaine de la paix et de la sécurité" . Les échanges étaient "constructifs dans un esperit de partenariat de conscience commune des défis qui nous interpellent tous. Je remercuie vraiment l'Ambassade d'Espagne au Sénégal d'avoir bien voulu faciliter la participation de Timbuktu Institute"

Organisée dans l’enceinte de Casa África de Las Palmas, cette réunion a traité de plusieurs sujets avec la participation de diplomates européens, africains issus d’organisations régionales et sous-régionales et d’experts de haut niveau venus de plusieurs pays.

Contribuant au soutien financier de l’Union européenne aux plans bilatéral et multilatéral, au fond fiduciaire de l’Union européenne pour l’Afrique (EU Trust Fund for Africa), l’Espagne, à l’instar de ses pairs européens, « assuré un soutien militaire et sécuritaire pour lutter contre le terrorisme au Sahel », confie un diplomate.

La question de la sécurité et de la stabilisation du Sahel, le développement économique, de même que la contribution des femmes dans la consolidation de la paix et de sécurité, ont été discutés pendant plusieurs sessions en huis-clos dans la salle de conférence de Casa África.

Pour rappel, Casa África, dirigé par José Segura Clavell, est un consortium de diplomatie publique et économique espagnole au service de l’action extérieure de l’Etat sur le continent africain dont le but est de « créer un dialogue et des relations durables entre l’Afrique et l’Espagne ». Cette institution espagnole collabore aussi avec les médias africains et les intellectuels et experts dans plusieurs domaines « pour raffermir les liens avec le continent ».

La région demeure une priorité stratégique pour l’Union européenne et pour l’Espagne qui avaient déjà pris part à la conférence internationale de haut niveau sur le Sahel du 23 février 2018.

 Le Président Issoufou Mahamadou arrive en tête du CEDEAO dans un contexte où la région est énormément inquiète par la menace terroriste et d'autres envies sécuritaires. "Et la nécessité d'une synergie des partenariat est ressentie aussi bien par les pays de la région que par leurs partenaires"

Selon Dr. Bakary Samb,  Directeur de Timbuktu Institute - Centre africain d'études sur la paix Qui a ouvert, récemment, un nouveau bureau à Niamey, «  La Présidence Issoufou devra traiter les grandes questions d'intérêt régional, de sécurité, au delà des orientations et des priorités distinctes de chaque organisation  ».

Pour ce spécialiste des réseaux transnationaux dans le Sahel,   joint par Niamey et les 2 Jours, le rôle des historiques et du Niger dans le G5 qu'il a beaucoup inspiré, sa place  stratégique dans la  sous-région lui permet d'uniformiser les positions et de rapprocher la CEDEAO du G5 Sahel

"Le dernier sommet extraordinaire de la CEDEAO à Ouagadougou était un nouvel élan vers une coopération plus soutenue entre les deux organisations, selon Bakary Sambe qui estime que même les partenaires internationaux du Sahel encourageraient une telle démarche comme le montre la derni_re rencontre des Envoyés spéciaux de l'UE au Sahel tenue récemment à Las Palmas dans l'enceinte de Casa Africa", analyse le directeur de Timbuktu Institute.

Pr. Moulaye Hassane- CNESS : « L’installation de Timbuktu Institute au Niger va mieux nous aider à comprendre et prévenir l’extrémisme violent »

 

Alors que le Sahel est fortement secoué par des attaques et conflits asymétriques d’une fréquence préoccupante, Timbuktu Institute-African Center For Peace Studies a procédé, lundi 14 octobre 2019, à l’ouverture de son nouveau Bureau à Niamey. La cérémonie de lancement  officiel des activités de l’antenne de ce Think Tank spécialisé dans la prévention des conflits et de l’extrémisme violent au Niger, a suscité un réel engouement et la participation de divers acteurs de haut niveau.

Par Mamadou Yaya BALDE (STAGIAIRE)

C’est dans un contexte sécuritaire sous-régional assez délétère que Timbuktu Institue-Africain Center For Peace Studies a pris  l’heureuse décision d’ouvrir un Bureau à Niamey, ce lundi 14 octobre 2019. En marge de cette cérémonie,  le Dr. Bakary Sambe, Directeur dudit institut  et M. Moulaye Hassane, enseignant-chercheur à l’Institut de Recherches en Sciences humaines de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, ont co-animé une conférence sur un thème d’une brûlante actualité libellé comme suit : « Lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent au Sahel : synergie des partenariats et renforcement de la résilience communautaire ».

Au cours de leurs communications respectives, Dr. Bakary Sambe, fondateur, depuis 2012, de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA) et Pr. Moulaye Hassane, ancien ambassadeur du Niger en Arabie Saoudite ont tour à tour examiné la question de la lutte contre le terrorisme au Sahel.  D’où toute la pertinence et  le bien-fondé de cette nouvelle antenne de Timbuktu Institute à Niamey, venue à son heure.

A en croire le Dr. Bakary Sambe, le choix porté sur le Niger pour l’ouverture de ses bureaux est loin d’être fortuite : « A u regard de la dimension géopolitique et géostratégique du pays, je pense qu’il était important que notre bureau soit installé ici et qu’on puisse travailler avec tous les acteurs, aussi bien universitaires qu’académiques, sans oublier les décisionnaires et la communauté internationale qui donne une importance capitale au Niger dans le cadre de la lutte contre le terrorisme », a-t-il expliqué. Poursuivant, M. Sambe fait savoir que la vocation de cet institut c’est la recherche, la documentation afin de mieux formuler des recommandations utiles aux décideurs, aux pouvoirs publics ainsi qu’aux partenaires internationaux. « Nous allons faire beaucoup de recherche, du conseil et aussi de la formation avec le renforcement des capacités des décideurs mais aussi des acteurs de terrain qui travaillent sur la prévention », a-t-il poursuivi.

Pour sa part, M. Hassane perçoit l’arrivée de cet institut comme une valeur ajoutée aux nombreux efforts  et actions qui se déploient dans le cadre de la prévention et de la lutte contre l’extrémisme violent. « Cet institut va nous nous aider à avoir une étude raffinée », espère-t-il.  L’ouverture de ce  Bureau de Timbuktu Institute  à Niamey, en République du Niger, a eu lieu en partenariat avec le média d’actualité nigérien ‘’Niamey et les 2  jours’’.

La pertinence du thème et le choix stratégique porté sur le Niger pour abriter ce nouveau Bureau a suscité un intérêt certain auprès de  nombreux acteurs  et organismes internationaux ayant pris part aux  fructueuses discussions de cette rencontre de haut niveau. Dans la salle, on pouvait  remarquer la présence des universitaires, diplomates, des représentants d’organismes internationaux, des hommes politiques, des personnalités du monde judiciaire, parmi lesquelles Madame Bintou Djibo, (Représentante Résidente du PNUD, Coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies), leur Excellence, l'Ambassadeur du Sénégal au Niger, Oumar Maal, l'Ambassadeur d'Espagne (Ricardo Mor Sola), les Représentantes de l'Ambassade de France (Laurence Brattin, Conseillère politique et Delphine Laurore, SCAC) le Représentant de l'Ambassade des Etats-Unis le Représentant Résident de la JICA (Eihiko Obata), le Représentant de la coopération UK, le Représentant résident du FNUAP (Ismaila Mbengue), un Représentant du CICR, des Représentants de l'OIM, des Représentants de Mercy Corps, les Représentants de l'USAID, Dr Saliou Gaye Ndoye (CILSS), les Députés de la Commission de Défense et de Sécurité et de Sécurité de l'Assemblée Nationale du Niger, le Directeur Général du CMEN (Ibrahim Mamane), le Représentant du Président de la Cour des Comptes, des Enseignants et chercheurs de l'Université Abdou Moumouni de Niamey, le Représentant du recteur de l'Université de Diffa, les Représentants de la HACP, du CNESS, du Projet SDS (Secrétaire exécutif Lawali Ada), et de la Police Nationale du Niger.
Monsieur le procureur de la République de Niamey (Chaibou Samna), Monsieur le vice-Président du Tribunal de Grande Instance, Maman Aminou Koundy), Monsieur le vice-Président de la Cour d'Appel (Falalou Nassirou Sofo), du Représentant de Monsieur le Bâtonnier des Avocats

(Niamey et les 2 jours) - Suite au départ des forces françaises de la base nigérienne de Madama, mise « en sommeil », le débat s’est installé autour d’un certain désintérêt par rapport à la position stratégique que représente cette région du Niger aux portes de la Libye, où la situation sécuritaire s’est beaucoup détériorée ces derniers temps. D’autres analystes penchent aussi pour la thèse d’un « mauvais calcul » au regard de l’enjeu de la stabilisation du couloir sud-libyen traversant le Niger, avec toutes les incidences sur la circulation des groupes terroristes et des armes à travers le Sahel. Mais, pour Dr. Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute* basé, le récent redéploiement sur Gossi, au Mali, s’inscrit dans « la suite logique dans l’approche différenciée de l’armée française au Sahel à travers Barkhane ».

Interrogé par le site d’informations Niamey et les deux jours, ce spécialiste des réseaux transnationaux dans le Sahel et expert auprès des pays de la région sur leurs stratégies de prévention l’extrémisme violent, revient, dans cette interview, sur la nouvelle dynamique sécuritaire ainsi que les choix stratégiques qui, selon lui, expliqueraient un tel redéploiement. Mais Sambe soutient, arguments à l’appui, que le renforcement d’une approche civilo-militaire aiderait Barkhane à atténuer les incompréhensions autour d’une force qui a eu le mérite de stabiliser ces vastes zones et d’apporter un soutien précieux au Niger et aux pays de la région dans la lutte contre le terrorisme.

« Il ne suffit pas de gagner seulement la guerre contre les terroristes, il faut aussi gagner la paix avec les populations locales.»

 

Niamey et les 2 Jours : Barkhane est-elle une opération militaire de plus dans le Sahel ? Comment l’analysez-vous ?

Bakary Sambe : L’opération Barkhane, devenue opérationnelle en août 2014, était comme la suite de Serval déclenchée en janvier 2013, en réponse à la demande en aide du gouvernement malien suite à l’avancée inquiétante des groupes djihadistes sur la route de Konna. Cette force dont la mission est différente de Serval, a la particularité d’opérer aussi en dehors du Mali, couvrant d’autres pays avec un quartier général à Ndjaména, au Tchad. Il est vrai que ces dernières années ses effectifs sont passés de 3000 hommes à ses débuts à 4500 courant 2018, avec des troupes au sol qui ont enregistré environ une quinzaine de pertes dans leurs rangs. Cette force dont les missions peuvent être parfois floues pour certaines populations, est caractérisée par sa mobilité et l’importance stratégique des vastes étendues qu’elle couvre. Quelles que soient les questions que peuvent soulever ses interventions, leur pertinence et leur efficacité, la présence de Barkhane joue un rôle multiple : dissuasif, préventif et opérationnel avec de nombreux succès parfois peu mis en exergue, mais déterminants dans la lutte contre le terrorisme dans la région…

N2J : Mais justement, selon vous, comment, dans une telle situation sécuritaire, expliquer le départ d’un point aussi stratégique que la base de Madama au Niger ?

BS : Madama était ce qu’on appelle une base avancée, qui a été un poste de commandement tripartite (français, nigérien, tchadien). On se souvient de l’opération Mangouste en 2014. Cette base se situait à 340 km au Nord de Dirkou, avec comme vocation principale le renseignement, du moins à l’origine. C’était une sorte de filtre stratégique aux portes de la Libye, contre la descente des groupes terroristes vers le Sahel à partir du Niger via la région d’Agadez, vaste comme deux fois la France, au plus fort de la crise qui perdure encore en Libye. Il est vrai qu’à l’époque, on avait beaucoup évoqué les tentatives d’Abul Walid Al-Sahraoui qui était à la recherche d’un espace de déploiement, tout en excluant l’option du Sud algérien, domaine où ont régné pendant longtemps un certain Belmokhtar et ses hommes. Dans une telle configuration, le Niger, dans sa partie frontalière avec la Libye, représentait une priorité stratégique voire un véritable enjeu de sécurisation de la région dans son ensemble. Je ne dis pas que le Niger a perdu en importance stratégique, mais il a dû y avoir d’autres impératifs qui ont fait basculer le centre de gravité vers le Liptako et le Gourma…

N2J : Barkhane se chercherait-il, donc, ou il y a, selon vous, un véritable cadre logique qui en guiderait l’action ?

BS : Tout d’abord, je crois que l’opération Barkhane entrait dans le cadre de l’approche différenciée de la France au Sahel. Si Serval avait pour mission initiale d’éviter que le verrou stratégique de Konna ne sautât ; ce qui ouvrirait la route sur Bamako et peut-être plus loin au Sud, Barkhane pourrait être analysée sous l’angle d’une mission de sécurisation durable et de lutte accélérée contre le terrorisme au regard des urgences sécuritaires. Ensuite, la base de Madama servait d’avant-poste et de verrou afin de parer aux dangers à partir du Sud Libyen longtemps considéré – à tort ou à raison - comme le nouveau refuge naturel des groupes terroristes, surtout à l’amorce de la déroute de Daech en Irak et en Syrie. Maintenant, avec la multiplication des zones d’instabilité telle que théorisée par Al-Sahraoui, juste après Serval, des priorités semblent se signaler autour des frontières communes entre le Burkina Faso, le Mali mais aussi le Niger. On peut même dire que l’Etat Islamique au Grand Sahara (EIGS) est devenu une réalité dans cette zone avec l’accélération des attaques entre les environs de Gorom-Gorom et Markoye, mais aussi le Niger et le Mali (Liptako Gourma) et l’acharnement sur le Burkina Fasso, comme le verrou à casser pour atteindre l’Afrique côtière.

N2J : Mais pourquoi seulement maintenant, alors que les risques restent élevés dans tout le Sahel ?

BS : N’oublions pas que l’insécurité est aussi présente, par exemple, aux environs du département d’Ayerou (région de Tillabéri) avec des attaques qui se multiplient. Il doit être opérationnellement plus simple d’intervenir dans cette zone à partir du Liptako tout en couvrant les régions stratégiques aux alentours de Gao, au Mali, mais aussi des zones fragilisés autour d’Aribinda et de Dori au Burkina Faso. Il ne faut pas, non plus, oublier le caractère vital du contrôle de cette vaste zone carrefour sous la boucle du Niger, avec cette route faisant la jonction entre Bamako et Gao qu’est le Gourma et qui s’étend sur les trois départements maliens de Mopti (Centre), Tombouctou et Gao. Loin de négliger la sécurité du Niger, ce redéploiement de Barkhane me semble plutôt un positionnement stratégique sur le nouveau carrefour des menaces transnationales au Sahel, qui concerne aussi ce pays.

N2J : On dirait aussi que Barkhane a, encore, beaucoup de défis à relever notamment en termes d’image et d’une bonne compréhension de ses missions dans la région …

BS : Vous savez la complexité de la mission de forces comme Barkhane réside dans le fait qu’il ne suffit pas de gagner seulement la guerre contre les terroristes, il faut aussi gagner la paix avec les populations locales. Même après avoir relevé les défis sécuritaires, le retour à la paix dans un pays comme le Mali rudement touché par une crise qui perdure va nécessiter un long processus. Il faudrait anticiper et se projeter dans l’avenir. Il me semble que Barkhane avait expérimenté des actions civilo-militaires en participant à l’amélioration de la vie des populations partageant ses points d’eau comme les éléments de la force tentent aujourd’hui de sécuriser les activités économiques dans la zone Gossi où les habitants des localités avoisinantes avaient coutume de tenir des marchés hebdomadaires. Je pense que tout effort dans le sens de rétablir progressivement les bases d’une vie sociale, publique, économique, toute initiative pour répondre aux nombreuses urgences dans les zones d’intervention seraient en faveur d’une meilleure perception de la présence de Barkhane par les populations locales. Il sera important, à cet effet, de multiplier ces actions civilo-militaires afin d’assister et de faciliter la projection des populations vers l’avenir dans ces zones meurtries par les conflits. En fait, il faudrait agir de sorte que les actions entreprises dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie de la force soient en même temps bénéfiques et profitables aux acteurs locaux comme les populations, les ONG actives dans la zone et même les acteurs locaux. En d’autres termes, la présence de Barkhane, en plus des opérations de sécurisation, doit participer à recréer les conditions d’une vie plus décente des populations qui ont tendance à subir l’impact des conditions draconiennes de sécurité tout en ayant le sentiment de vivre dans l’insécurité. Cette forme de conquête des cœurs pourraient améliorer et rendre plus positives les perceptions développées sur Barkhane dans la région où son rôle est jugé assez constructif. L’action de cette force qui, selon les observateurs, assure des missions essentielles, devrait, à mon sens, être accompagnée par un véritable travail de communication pour être mieux comprise. C’est dans sa relation quotidienne avec les populations locales que Barkhane devrait corriger certaines incompréhensions.

*Timbuktu Institute, basé à Dakar, annonce l’ouverture prochaine d’un bureau à Niamey, au Niger.

 

Propos recueillis par Babacar Cissé

Le Débat BBC Afrique-Africa Radio, 52 minutes pour comprendre l'Afrique et ses changements, vus d'ici et de là-bas.

Deux journalistes passent en revue les événements de la semaine avec un invité au cœur de l'actualité.

Cette semaine, notre invité est Dr. Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies basé à Dakar et à Niamey

 

 

Pour écouter le Debat :Le Débat BBC Afrique - Dr Bakary Sambe

Source: https://www.bbc.com

La tempête semble encore passée et les choses rentrées dans la normalité avec la réadmission des filles voilées à l’Institution Sainte Jeanne d’Arc. Mais pour le Dr. Bakary Sambe,  directeur de Timbuktu Institute, cette affaire est « loin d’être vidée » d’autant plus que « l’Etat sénégalais n’a jamais cherché à résoudre définitivement la question plus générale de l’enseignement privé confessionnel avec une réglementation claire, égalitaire et définitive ».

 

Selon cet enseignant-chercheur au Centre d’étude des religions  (CER) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis « il y a bien eu une différence entre la gestion précipitée de cette crise au mois de mai, à ses débuts, et l’attitude finalement plus souple de l’Etat du Sénégal qui a heureusement cherché le dialogue. L’Etat ne pouvait pas imposer à une institution catholique une règle à laquelle il a fait de multiples exceptions ailleurs en fonction du rapport de force et des logiques électoralistes».

 

Pour le Dr. Sambe, par ailleurs, coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA), « l’embarras de l’Etat s’explique par sa faiblesse et ses inconséquences dans la gestion des questions religieuses dans un pays où, concernant le religieux, les autorités politiques ont multiplié les exceptions sans avoir jamais voulu définir des règles ». 

Se disant perplexe, le Dr. Sambe estime que « le calme est revenu, juste le temps d’une nouvelle affaire qu’on se précipitera d’étouffer avant de passer la patate chaude au prochain régime ; c’est ainsi, malheureusement, la recette politique depuis les indépendances »

 

« Notre Etat continuera toujours à être embarrassé par de telles questions tant qu’il ne réglera pas définitivement le statut de l’enseignement privé confessionnel ou apparenté par une législation claire et cohérente au lieu de rester sur des fuites en avant successives pour une question éminemment stratégique comme l’éducation », alerte l’auteur des « Contestations islamisées »,  (Ed. Afrikana, Montréal, Octobre 2018)

 

Selon ce chercheur spécialiste des rapports entre politique et religion, « cette affaire qui est loin de se tasser a aussi été un exutoire des crispations et frustrations accumulées : des organisations musulmanes qui y projetaient des revendications non satisfaites d’une plus grande reconnaissance de l’enseignement islamique aux divers mouvements catholiques qui ont montré les signes d’une communauté dans ses derniers retranchements ».

 

« Il va falloir, tôt ou tard, s’attaquer à cette brûlante question de la dualité du système éducatif sénégalais qui veut modeler des citoyens mais sans le ciment national d’une école uniformisée même avec une diversité des langues d’enseignement qui peut être une richesse », soutient Dr. Bakary Sambe.

Convaincu qu’un « règlement définitif » est nécessaire pour éviter les « crises à répétition », le directeur du Timbuktu Institute en conclut que « la question éducative reste l’une des plus grandes vulnérabilités de notre pays comme cette crise l’a montré avec des signaux évidents de crispations, mais aussi de faiblesse d’une cohésion sociale tant vantée et qui, à chaque occasion, étale ses limites de même que ses inconséquences constamment refoulées... »

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