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Cet extrait est tiré de l’étude portant sur les Facteurs de radicalisation dans les zones frontalières du Sénégal (Vélingara) et de la République de Guinée (Labé), parue en Novembre 2018 en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer. Ce rapport d’enquête CAP met en exergue les facteurs qui peuvent pousser les jeunes à la radicalisation dans ces zones éloignées des centres de décision : pauvreté, chômage et exclusion sociale essentiellement et dans une moindre mesure, Internet comme canal de radicalisation juvénile.

https://timbuktu-institute.org/media/attachments/2020/10/24/timbuktu-kas-rapport-novembre-2018.pdf

 

PARTIE II : PERCEPTIONS SUR LES FACTEURS DE RADICALISATION : LA PRECARITE REVIENT ET LAISSE PEU DE PLACE A INTERNET

Au-delà de la difficulté que posent les précautions conceptuelles relatives à la distinction entre radicalisation et extrémisme violent, les jeunes pointent du doigt un certain nombre de réalités sociales qui seraient porteuses de germes de radicalisme religieux à long terme. La constance de la trilogie « chômage-pauvreté-exclusion sociale » dans plusieurs travaux s’intéressant aux facteurs de radicalisation, y compris dans celui-ci, est frappante et pose en même temps, le débat sur l’application effective des politiques publiques existantes. En effet, les frustrations socioéconomiques auxquelles font face les jeunesses africaines, participeraient grandement à leur radicalité, laquelle est, dans un premier temps, un moyen de donner sens à une existence peu valorisée par les rouages des systèmes en place avant l’extériorisation de cette frustration par de la violence. Par ailleurs, les progrès que les technologies de l’information et de la communication ont enregistrés ces dernières décennies, notamment internet, ont facilité la propagation des exactions des groupes terroristes sur la toile. Ce qui est dans une moindre mesure un canal de radicalisation, de recrutement de candidats au « djihad » et de terrorisme in fine.

  1. LA PRECARITE COMME FACTEUR DE BASCULEMENT DANS LA RADICALISATION : LE TRIO CHOMAGE, PAUVRETE ET EXCLUSION SOCIALE IDENTIFIE PAR LES JEUNES

De prime abord, la question des facteurs de radicalisation est fondamentale pour mieux comprendre le phénomène. Les organisations internationales, régionales comme sous régionales, de même que les Etats et instituts de recherche l’ont bien comprise et s’intéressent davantage à ces facteurs. Le regard extérieur pourrait trouver comme arguments explicatifs le fanatisme religieux, le manque d’éducation, l’ignorance entre autres sans creuser le questionnement sur le rôle que pourraient jouer les déterminants socioéconomiques. Tel est le cas de ce haut dignitaire religieux vélingarois pour qui « l’ignorant est plus exposé à la radicalisation que les autres », argument réconforté par celui de ce responsable administratif qui fustige l’ignorance comme étant « la cause de la radicalisation et qui en est elle- même l’élément moteur ». Pourtant, à y regarder de plus près, la radicalisation serait, selon une vision introspective des jeunes, un moyen d’expression des frustrations socioéconomiques. Le mal des centres urbains africains (chômage et pauvreté), comme on a pu le relever lors de l’enquête de la banlieue dakaroise, se fait ressentir dans les zones frontalières très éloignées des centres de décision, peu lotis en termes d’infrastructures et difficiles d’accès. C’est du moins ce que les jeunes affirment très souvent lorsqu’on les interpelle sur cette question. Selon un rapport du Bureau Régional de la Planification et du Développement de Labé publié en novembre 2008, intitulé « Monographie de la Région Administrative de Labé », 65% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté. Quant au taux de chômage, il est rare d’obtenir des informations fiables renseignant sur cette réalité sociale. Toutefois, le Questionnaire sur les Indicateurs de Base du Bien-être (QUIBB) du même rapport indique que 5,4% de la population sont considérés comme chômeurs. De l’autre côté de la frontière, à Vélingara, la deuxième enquête de suivi de la pauvreté, place la région de Kolda à laquelle est rattachée le département de Vélingara au sommet des taux de pauvreté les plus élevés du Sénégal (76,6%). Le taux de chômage, lui, est le 2ème le plus élevé (38,8%) après celui de la région de Matam qui est de 54,2%. Dans les cas spécifiques des deux villes ciblées par cette recherche, la pauvreté et le chômage constituent de véritables difficultés ressenties comme invincibles et exposant les jeunes, au banditisme, à la criminalité, voire au radicalisme. Ainsi, interrogés sur les facteurs motivant la radicalisation chez les jeunes, l’écrasante majorité pointe du doigt le chômage (33,3% à Labé et 34,6% à Vélingara) et la pauvreté (30,4% à Labé et 37,4% à Vélingara). L’exclusion sociale arrive en troisième position avec respectivement 11,2 et 9,8% à Labé et à Vélingara.

Il en était de même d’une série d’études de perception menée par Timbuktu Institute sur cette même problématique où les populations sondées évoquaient quasi systématiquement ces mêmes causes. À l’aune de ces tendances récurrentes « chômage, pauvreté et exclusion sociale », ce trio commence à s’ériger en principe tellement il devient un réflexe chez la frange jeune. Le croisement entre motifs de radicalisation et activité professionnelle exercée, place les étudiants et élèves comme catégories ciblant plus le chômage. L’endoctrinement, la question de l’interprétation des textes arrivent pratiquement en dernière position puisqu’ils capitalisent 8,5% et 8,6% à Labé et 6,8 et 4,9% à Vélingara. Cette dernière serait, dans le contexte sénégalo-guinéen, marginalement fruit d’un endoctrinement et principalement moyen d’assouvir l’expression des frustrations socioéconomiques auxquelles font face les jeunes. Au-delà des facteurs que l’on pourrait qualifier de vivants, émerge internet qui, bien que virtuel, contribuerait à la radicalisation juvénile.

  1. INTERNET, ARME A DOUBLE TRANCHANT, ENTRE SOURCE DE CONNAISSANCES ET « FACTEUR DE RADICALISATION »

Depuis les années 70, les progrès enregistrés par les technologies de l’information et de la communication ont propulsé au-devant de la scène une palette d’innovations au bénéfice des usagers d’internet. Aujourd’hui, la connexion au « net » - avec la variété d’informations qu’il met à la disposition du public, de contenus, de modes de socialisation entre individus même de continents différents – est devenu un phénomène en vogue auxquelles jeunes se sont conformés aisément.

Cet accès facile au réseau existe même dans les localités les plus reculées des pays en développement. Labé de la Guinée Conakry et Vélingara du Sénégal n’échappent pas à la réalité de la connexion à cet outil virtuel et les jeunes confirment, avec fierté, son utilisation à 81% pour le premier et à 77% pour le second.

L’usage en soi n’inquiète nullement à partir du moment où il rentre dans le cadre de la consommation normale de ce produit de la mondialisation. Il n’est pas curieux de savoir que certains en font même une « référence en matière de connaissance religieuse » (4,5% à Labé et 6% à Vélingara) après avoir désigné l’imam, les maîtres coraniques et les guides religieux. Ces trois figures constituent des références charismatiques chez les populations malgré l’emprise du numérique sur le contact physique (Cf : Graphique sur les références en matière religieuse). Toutefois, en tant qu’outil ayant ses avantages et ses inconvénients, il peut avoir consécutivement une influence remarquable parfois nuisible pour les phénomènes sociaux. C’est en ce sens qu’un maître coranique de Vélingara soutenait que « les réseaux sociaux ont beaucoup façonné le comportement des gens ». À titre d’exemple, nombre d’individus ont vécu à un moment donné de leur vie un sentiment de vexation après lecture d’un article en ligne, le visionnage d’une image sur un sujet déterminé ou même en avoir des échos par le truchement de personnes ayant été en contact direct avec l’information. Transposé sur le terrain de l’extrémisme religieux, le contact intensif avec du contenu radical, véhiculant une idéologie radicale et incitant à la violence, est-il un moyen de fabriquer des terroristes proprement dits ou un simple facilitateur d’extrémisme ? Si certains chercheurs considèrent qu’il en est un élément moteur, thèse à laquelle les populations interrogées adhèrent majoritairement (55% à Labé et 61% à Vélingara), d’autres pensent le contraire en refusant toute idée de « cyber-radicalisation ».

La recherche d’un compromis devient ainsi une nécessité face à l’urgence de la situation. C’est du moins ce que proposait Benjamin Ducol qui blâmait quelque peu la binarité du débat sur le rôle d’internet dans la radicalisation des jeunes en soutenant que : « Internet joue un rôle mais pas toujours prépondérant. Il peut intervenir dès le début du processus de radicalisation, pour des jeunes en quête d’informations, ou dans un deuxième temps, pour confirmer des convictions naissantes ou nouer des contacts ». Ainsi, la cyber-radicalisation est une réalité qui ne peut être niée. Cependant, des programmes d’éducation aux médias méritent d’être mis en place pour une meilleure prévention de ces fléaux sociaux plutôt que d’investir dans des solutions exclusivement militaires.

As part of supporting efforts for a communication strategy and the development of an Action Plan for further civil-military dialogue in areas affected by the Boko Haram abuses, the director of the Timbuktu Institute, Dr. Bakary Sambe, conducted consultations in Diffa (Niger) and MaIduguri in Borno State, (Nigeria).
 
The consultation session in Diffa, whose working language was French, brought together religious and traditional leaders from Cameroon, Niger and Chad from different affected areas. The other session held in Maiduguri in Northeastern Nigeria, again with the support of UNDP, brought together ulemas, Muslim scholars, youth representatives and women's organizations who reiterated their commitment to engage in dialogue and sensitization activities in their communities.

These consultations were part of the implementation of Pillar 8 of the Lake Chad Basin Regional Stabilization Strategy for the Prevention of Violent Extremism supported by the United Nations Development Programme (UNDP). 
 
It should be recalled that in this framework, the UNDP is providing significant support to the Chad Basin Commission (LCBC) and also to the Multi-National Joint Task Force (MNJTF), as well as supporting the African Union in its efforts in the region.

A holistic approach based on the credibility of interlocutors
 
The overall objective of these consultation workshops, facilitated by the director of the Timbuktu institute, was to conduct closed community sessions for the drafting of the civil-military action plan on strategic communication for the prevention of violent extremism. 
 
It was through a dialogue between community representatives from the affected areas discussing, among other things, the role of military actors, exploring possibilities for cooperation through dialogue and sharing experiences in a frank manner, and proposing operational recommendations.  

These consultations, conducted in an inclusive manner, presented the experiences and direct knowledge of the affected regions on the challenges and opportunities for collaboration with military and law enforcement actors to combat violent extremism in the Lake Chad Basin.

The open dialogue and inclusive discussions identified important avenues for revitalizing and strengthening networks of local chiefs and traditional leaders in the affected regions for effective communication and information sharing to prevent violent extremism through effective communication with communities against extremist and violent ideologies.

"This initiative is a real innovation in terms of community involvement and the valorization of endogenous strategies"
Bakary Sambe, director of the Timbuktu Institute, which has developed several counter-narrative strategies and initiatives to prevent violent extremism in both the Sahel and the Lake Chad Basin, said the UNDP approach could inspire some Sahelian countries. 
 
According to him, "the originality of this innovative approach through UNDP's mobilization and engagement with states and communities was to leverage the input, contributions and social legitimacy of community leaders in the prevention of violent extremism. This approach, which should enable significant progress in the medium term, was above all based on a methodology that takes full account of endogenous cultural resources in order to facilitate their subsequent appropriation and acceptance by the communities".