Adressée le 20 janvier par les renseignements au président Paul Biya, une note classée « rouge confidentiel » alerte contre un présumé projet d’endettement public à des fins de « captation financière », révèle Jeune Afrique. Le document ferait état d’« informations recoupées » indiquant des pressions des « cercles proches du pouvoir » en l’occurrence les ministères des Finances et de l’Economie. La note mentionne également des risques de « détournement de deniers publics », de « surfacturation », de « projets fictifs », d’« aggravation de la dette » ou d’« atteinte à l’autorité de l’État ». Ainsi , la signature le lendemain 21 janvier par Biya d’un décret autorisant le ministre des Finances, Louis Paul Motaze à contracter des emprunts pour un montant maximal de 1650 milliards FCFA sur les marchés intérieurs et extérieurs donne du grain à moudre à l’affaire. La coïncidence entre l’alerte des services de renseignements et la signature du décret met en lumière les tensions entre surveillance étatique et décisions financières tout en posant la question de la rigueur dans la gestion des deniers publics.
Massacre de Ngarbuh, le verdict enfin rendu
Dans l’affaire du massacre de civils survenu le 14 février en 2020 à Ngarbuh pendant la crise anglophone, le tribunal militaire de Yaoundé a reconnu coupables trois soldats camerounais et un ex-séparatiste. Ce massacre perpétré par des éléments de l'armée camerounaise complétés de milices Mbororos dans le quartier Ngarbuh à Ntumbaw (région du Nord-Ouest) avait causé un fort émoi général avec son bilan de 23 civils morts dont femmes enceintes et enfants. Ce verdict est la première étape de ce long parcours judiciaire dont la deuxième devrait s’ouvrir le 19 février pour les plaidoiries de la défense et des parties civiles en vue de déterminer le montant des dommages et intérêts à verser aux ayants droit des victimes.
Cependant, il est regrettable estime la chercheuse Illaria Allegrozi de Human Rights Watch (HRW) « qu’aucun officier de haut rang n'a été arrêté ni inculpé dans ce procès. Et même les 17 miliciens qui auraient aidé les soldats à perpétrer cette tuerie ont été inculpés de meurtre, mais sont toujours en liberté. » Ainsi, l’issue de ce procès pourrait, une fois de plus, mettre en évidence les limites de la justice camerounaise dans le contexte de la crise anglophone. En effet, sanctionner des auteurs directs tout en laissant potentiellement impunis les responsables de rang supérieur fait émerger des interrogations légitimes sur la capacité du système judiciaire à rendre pleinement compte de l’ampleur des violences à l’œuvre dans cette crise.