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Extradition Damiba : le Togo face aux pressions et au droit d’asile Spécial

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Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026 

L’actualité de la semaine dernière montre que Lomé semble naviguer entre les pressions internes, notamment de l'opposition et de la jeunesse contestataire, et les jeux d'alliance régionaux. En effet, le Togo avait décidé de remettre l'ancien dirigeant burkinabè Damiba aux autorités de son pays, une décision justifiée par la Cour d'appel de Lomé et par des garanties juridiques excluant la peine de mort. Cette opération traduit la volonté du Togo d'affirmer sa coopération judiciaire avec ses voisins, mais le rapproche aussi des enjeux sécuritaires régionaux. Beaucoup d'analystes soulignent que le Togo adopte une posture prudente, privilégiant le dialogue et la coopération avec les pays du Sahel pro-AES, tout en maintenant des liens utiles avec la CEDEAO et ses partenaires économiques. Cette position permet à Lomé de conserver un espace de manœuvre, mais l'expose également à des pressions internes et externes.

L’extradition de Damiba, une fracture interne et un précédent controversé pour le droit d’asile en Afrique

Au plan interne, des voix s’élèvent pour dénoncer l’attitude du gouvernement qui consisterait à extrader un réfugié politique, ce qui irait à l'encontre de la tradition togolaise. Cette contestation révèle une tension entre les choix sécuritaires et diplomatiques de l’exécutif, d'une part, et les normes historiques et symboliques du Togo en matière de protection des réfugiés, d'autre part. Elle met en évidence le risque d'une fracture entre l'État et une partie de l'opinion publique, tout en soulevant des interrogations sur le respect des engagements juridiques, des valeurs humanitaires et de l'image internationale du pays. Pour le politologue togolais Madi Djabakaté, « en extradant Damiba, le Togo ébranle les fondements mêmes du droit d’asile en Afrique ». L’extradition de Damiba ne se limite pas à une décision bilatérale, mais établit un précédent dangereux qui pourrait affaiblir le droit d’asile en tant que principe protecteur en Afrique. Elle alerte également sur le risque d'une instrumentalisation politique des mécanismes d'asile, au détriment des garanties offertes aux réfugiés politiques.

L’extradition de Damiba fragilise-t-elle le droit d’asile et la cohésion interne du pays ?

Dans le même ordre d'idées, des défenseurs des droits humains s'inquiètent de la sévérité dont pourrait faire preuve le système judiciaire burkinabè en le condamnant à mort pour l'ensemble des charges retenues contre lui. Cette inquiétude met en lumière les tensions entre impératifs sécuritaires et respect des droits humains dans le contexte actuel du Burkina Faso. L'accumulation de charges graves, combinée au durcissement du cadre juridique, pourrait en effet conduire à une application maximaliste de la justice, ce qui pourrait susciter des préoccupations quant aux garanties procédurales, à la proportionnalité des peines et à l'indépendance judiciaire, malgré les garanties offertes par Ouagadougou. Il convient de rappeler qu'en décembre dernier, le Burkina Faso a réintroduit dans son arsenal juridique la peine de mort pour certains crimes, notamment la haute trahison, le terrorisme et l'espionnage. Le Togo est souvent sollicité comme intermédiaire dans des dossiers sensibles, et cet événement pourrait jeter le discrédit sur son rôle de médiateur crédible, en affaiblissant la confiance régionale et en limitant sa capacité à faciliter le dialogue dans des contextes de crise.