Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026
Après un an de tensions entre le Tchad et la France, marqué par le retrait des troupes françaises du Tchad, les deux pays ont décidé d’ouvrir une nouvelle page dans leur relation bilatérale. En effet, le Président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu à l’Élysée, le 29 janvier, par son homologue français Emmanuel Macron. Au terme d'un entretien de travail , les deux chefs d’Etat se sont réjouis d’un « partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés ». Dans un communiqué commun, Déby et Macron ont « agréé une série d'orientations qui constitueront le fil conducteur de la redynamisation du partenariat franco-tchadien dans les domaines d'intérêt partagé par les deux pays ». Par ailleurs, les deux ont évoqué le dossier de la guerre au Soudan, pays voisin du Tchad et impacté par ce conflit. A ce sujet, l’un et l’autre « exhortent » les belligérants « à mettre en œuvre la trêve humanitaire proposée par le "Quad" » - le groupe de médiation internationale composé des États-Unis, de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite.
Cependant, cette rencontre n’a pas du tout été du goût d’une partie de l’opposition tchadienne. Pour preuve, la coalition Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) qui avait suspendu il y a un mois ses activités, est sortie de sa réserve par le biais d’un communiqué acerbe. Accusant la France de mener une « ingérence quasi-totale » dans les affaires du Tchad, le GCAP dénonce des « négoces et traficotages diplomatiques » entre Déby et Macron. Selon l’alliance d’opposition, « ces accords sont contre le Peuple tchadien qui bafouent sa liberté et son droit à décider de son destin ». En effet, sans forcément souscrire à cette lecture, il ne serait toutefois pas téméraire de questionner ce dégel entre les deux pays. Certes, la France et le Tchad sont des alliés historiques de longue date. Pour autant, ce nouveau rapprochement ne manque pas de mettre en exergue les enjeux complexes auxquels est confronté N'Djamena, qui s’emploie à renforcer ses alliances internationales tout en gardant une stabilité sous-régionale. Mais plus encore, cela illustre également la tension structurelle entre diplomatie et légitimité politique interne, où la méfiance de l’opposition muselée pourrait exacerber la perception d’une éventuelle fébrilité du pouvoir auprès de ses citoyens et acteurs politiques.
Offensive diplomatique
Manifestement, cette fin du mois de janvier aura été l’opportunité d’une intense activité diplomatique de N'Djamena. Pendant que le chef d’Etat retrouvait son homologue français à Paris, le Ministre tchadien des Armées, le général Issaka Malloua Djamouss a reçu plusieurs délégations internationales, notamment de Turquie, des États-Unis, de Hongrie, ainsi que le Directeur régional Afrique de la société française de défense Safran. Ces rencontres ont porté sur le renforcement de la coopération technique et militaire, la formation des forces armées tchadiennes et l’établissement de partenariats stratégiques. Selon le Général Djamouss, cette série d’audiences vise à consolider les relations bilatérales de défense et à renforcer la capacité du Tchad à faire face aux défis sécuritaires régionaux. De fait, de manière tangible, cette séquence témoigne de la volonté du Tchad de combiner diplomatie et stratégie militaire pour asseoir son rôle régional en multipliant les partenariats internationaux afin de renforcer sa sécurité face aux enjeux géopolitiques de la sous-région.