Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026
Le conflit oppose le Ministre des Finances Louis Paul Motazé à Cyrus Ngo’o, Directeur général du Port autonome de Douala (PAD). La pomme de discorde : la légalité du contrat de scanning des marchandises au port de Douala-Bonabéri. Signé en 2015 avec la société suisse SGS, ledit contrat concerne le contrôle et la certification des conteneurs au port, une source importante de revenus pour l’État. En fait, le PAD a entériné en 2025 l’arrivée d’un nouvel opérateur, la société Transatlantic D SA. Mais du côté du ministère des Finances, l’on rejette cette nouvelle opération en arguant que le contrat avec SGS garde sa pleine validité légale. Dès lors, s’est installée une bataille ouverte entre les deux parties qui s’en tiennent mordicus à leurs positions. A en croire Jeune Afrique, un document classé confidentiel, daté du 26 janvier et signé du chef d’état-major particulier du président Paul Biya, renseigne que ce dernier aurait opté pour l’option du départ de la société Suisse SGS. Dans quelles mesures cela pourrait être décisif ? Quoiqu’il en soit, après avoir convoqué en réunion les deux parties le 29 janvier, le Premier ministre Joseph Dion Ngute semble aller à l’encontre de cette mesure. En effet, il aurait pris parti pour le camp de Louis Paul Motaze, estimant ainsi que le contrat de la société Suisse SGS soit maintenu. Dans ce contexte, cette crise semble dépasser le simple différend administratif. Il n’est pas exclu qu’elle soit le lieu d’une lutte de pouvoir au sommet de l’État où les décisions institutionnelles semblent être dictées par des rapports de force entre factions rivales plutôt que par des procédures claires. Par ailleurs, se pose également des questions plus larges sur la transparence des contrats publics et la capacité de l’État à assurer la stabilité juridique dans un secteur économique majeur.
Vers un report des législatives et municipales ?
Tout d’abord, rappelons que les mandats des actuels députés et conseillers qui étaient censés expirer en 2025 ont été prorogés en 2024 respectivement jusqu’au 30 mars 2026 et 31 mai 2026. Mais, malgré cette prolongation, certains cadres du parti au pouvoir – le RDPC - désirent un nouveau report. « Nous sommes un certain nombre à un niveau élevé de la hiérarchie du parti clairement favorables à un report des élections législatives et municipales. Ceci nous donnera le temps de mieux nous préparer pour ces échéances », a justifié Jean Nkuete, cadre du parti. Cependant, selon des bruits de couloirs rapportés par RFI, cette manœuvre serait plutôt d’ordre tactique. En effet, ce souhait de report aurait fort à voir le score de victoire (53,66%) – son plus faible score depuis 1997 - de Paul Biya lors de la récente présidentielle. Ce pourrait être donc une volonté de repli pour mieux renforcer le poids politique du parti à l’échelle locale, qui semble avoir exprimé dans les urnes, un relatif rejet de Biya. Bref, contrainte institutionnelle ou calcul politique ? En tous les cas, cette séquence représente à tout le moins le signe d’un certain affaiblissement de l’emprise électorale de Biya. Elle pourrait également traduire une phase d’ajustement stratégique d’un régime, visiblement préoccupé par le souci de recomposer ses rapports de force politiques à l’échelle nationale comme locale.