Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026
La décision des autorités togolaises d'extrader Paul-Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso s'inscrit officiellement dans une logique de renforcement de la coopération judiciaire et sécuritaire entre Lomé et Ouagadougou. Dans un contexte sahélien marqué par des menaces transnationales et des transitions politiques militaires, le Togo met en avant le respect des engagements bilatéraux et des mécanismes de concertation sous-régionale. Selon le pouvoir togolais, cette démarche vise à préserver un climat de confiance politique avec les autorités de transition burkinabè, tout en affirmant la volonté du pays de rester un acteur fiable de l'architecture sécuritaire régionale. Cependant, pour l'opposition, le Togo est confronté à ses contradictions stratégiques.
L’opposition monte au créneau : Jean-Pierre Fabre dénonce une violation du droit d’asile
Cette décision est toutefois vivement contestée par l’opposition. Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), a publiquement dénoncé une extradition qu’il estime précipitée, opaque et juridiquement contestable. Plus de quinze jours après le renvoi de Damiba, l'absence d'informations officielles sur son sort alimente la consternation et l'inquiétude. L’ANC affirme en effet que cette décision bafoue « les principes juridiques et moraux les plus élémentaires » et tient les autorités togolaises directement responsables des conséquences humaines, politiques et juridiques qui pourraient en découler. Cette décision est jugée dangereuse pour les réfugiés politiques. Pour l’ANC, la remise de Damiba aux autorités burkinabè constitue une rupture brutale avec les principes fondamentaux du droit international, notamment le principe de non-refoulement, pilier du droit d’asile. Le parti d'opposition parle de « refoulement politique déguisé », estimant que les accusations portées contre l'ancien dirigeant burkinabè relèvent davantage d'un prétexte politique que d'une procédure judiciaire indépendante et étayée. Selon cette lecture, le message envoyé est clair et inquiétant : aucun réfugié politique ne serait désormais totalement en sécurité au Togo; ce qui pourrait durablement entacher l'image du pays sur la scène internationale.
Un climat politique de plus en plus contraignant
Au-delà de l’affaire Damiba, cette extradition s’inscrit dans un contexte de durcissement du climat politique intérieur pour beaucoup d'observateurs. Des personnalités de l'opposition, comme Kafui Adjamagbo-Johnson, tirent la sonnette d'alarme sur un rétrécissement de l'espace politique dans lequel l'opposition peine à s'exprimer librement et à influencer les orientations nationales. Selon elle, la contestation actuelle n'est pas fortuite, mais le résultat d'un déficit de dialogue politique et de confiance citoyenne. La stabilité, avertit-elle, ne peut être imposée durablement par la contrainte, sous peine de nourrir une radicalisation progressive. À l'approche de 2026, plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile estiment que le Togo se trouve à un tournant critique. Sans réformes politiques profondes, sans ouverture réelle de l’espace démocratique et sans restauration de la confiance entre gouvernants et gouvernés, les tensions pourraient s'exacerber.
Le Togo face au dilemme entre impératifs sécuritaires, respect du droit d’asile et stabilité politique interne
En privilégiant la coopération sécuritaire au détriment - selon ses détracteurs - du droit d’asile et des garanties procédurales, le Togo s’expose à une controverse durable, tant sur le plan intérieur qu’international. L’enjeu pour les autorités togolaises sera désormais de concilier impératifs sécuritaires, respect du droit international et apaisement politique interne, afin d'éviter que cette affaire ne devienne le symbole d'une crise de confiance plus profonde. La question centrale suivante se pose avec acuité : faut-il privilégier la coopération sécuritaire régionale dans un contexte sahélien instable, au risque d'affaiblir la crédibilité du pays en matière de respect du droit d'asile ?