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Cameroun : Polémique autour de migrants africains transférés des États-Unis Spécial

© LINDSEY WASSON (AP) © LINDSEY WASSON (AP)

Timbuktu Institute - Semaine 3 - Février 2026

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Voilà une affaire que l’ombre du silence n’aura réussi à recouvrir que le temps d’un mois. Il s’agit de l’imbroglio au sujet de quinze migrants d’origine africaine, renvoyés des États-Unis et actuellement assignés à résidence au Cameroun. En effet, l’histoire a connu deux temps. C’est d’abord deux Ghanéens, trois Zimbabwéens, un Sierra-Léonais, deux Ougandais et un Kényan qui arrivent à Yaoundé le 14 janvier 2026 en provenance d’un centre de détention de l’État de la Louisiane. Par la suite, ces neuf premiers seront rejoints, le 16 février par huit autres, portant ainsi à 17 le nombre total de ces migrants expulsés dans le cadre de la nouvelle politique migratoire de Donald Trump.

Les autorités camerounaises ont clairement signifié [aux expulsés] qu’ils ne pourraient sortir de là que pour retourner dans leur pays d’origine. Ce qui reviendrait, pour certains, à signer leur arrêt de mort », à en croire leur avocat, contacté par Jeune Afrique. En tous les cas, à en juger, les autorités camerounaises paraissent pour le moins embarrassées par cette histoire. En effet, alors qu’ils tentaient d’entrer en contact avec les assignés à résidence, quatre journalistes et un avocat ont été arrêtés puis libérés, le 18 février à Yaoundé. Face à cette situation, la question principale qui émerge est celle-ci : le Cameroun aurait-il conclu un accord avec Washington pour accueillir des migrants jugés indésirables, à l’instar du Ghana et de la Guinée équatoriale ? Pour l’heure, elle reste sans réponse. Toujours est-il que le bien fondé de cette opération de transfert fait débat au sein de l’opinion camerounaise, dans un contexte d’incertitude suite au report des prochaines législatives et municipales.

Massacre de Ngarbuh, un verdict insuffisant ?

Après un feuilleton judiciaire de six ans, le tribunal militaire de Yaoundé a condamné, le 19 février 2026, trois militaires camerounais à des peines de cinq à dix ans de prison pour le massacre de 21 civils à Ngarbuh (région du Nord-Ouest) survenu le 14 février 2020. Dix ans de prison ferme pour le plus gradé, le sergent Baba Guida, huit ans pour le gendarme Sanding Sanding et cinq ans pour le soldat de première classe Gilbert Haranga. Ces derniers ont été reconnus coupables de « meurtres, incendie, violence sur femme enceinte et violation de consignes ». Par ailleurs, l’ex-séparatiste Afa Fong – qui n’a pas assisté à l’audience car en cavale - a été reconnu coupable des mêmes faits. Cependant, le verdict est loin de satisfaire l’avocat des familles. D’après lui, « il s’agissait de faits extrêmement graves susceptibles de conduire à une condamnation à vie (…) Ce verdict ne rend pas justice ». Pour l’heure, l’accusation et la défense n’ont pour l’instant pas formulé l’intention d’interjeter appel. Quoiqu’en il soit, même si ce dossier arrive à son terme judiciaire, il n’en reste pas moins qu’il est loin d’être clos sur le plan symbolique. Ceci dans la mesure où ce verdict jugé clément par d’aucuns, ravive le débat sur la lutte contre l’impunité et la capacité de la justice camerounaise à apporter une réponse à la hauteur des violations commises dans le contexte de la crise anglophone.