Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026
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La crise anglophone camerounaise, qui a fait des milliers de morts depuis 2017, connaît un nouveau développement judiciaire. Le 1er mars, la justice belge a arrêté quatre personnes soupçonnées d'avoir financé et dirigé depuis l'Europe les Ambazonia Defence Forces (ADF), le groupe séparatiste actif des régions anglophones du Cameroun. Dans le cadre de cette affaire pour « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », trois d'entre elles ont été placées en détention par le juge d'instruction. Les enquêteurs examinent également la possibilité que des instructions pour des attaques ciblées contre des civils et des militaires camerounais aient été données depuis la Belgique. L'enquête, ouverte en juin 2025 à la suite d'une transmission des autorités norvégiennes, est menée en coopération avec la Norvège et les États-Unis, où des procédures similaires sont en cours. Elle fait suite à plusieurs plaintes déposées par l'ONG Action 237, basée en Suisse, dont les démarches judiciaires remontent à 2020. En attendant la fin de cette procédure, cette dernière rappelle que les conflits armés locaux peuvent rapidement avoir une dimension transnationale. En ce sens, elle apparaît comme une illustration de la complexité du financement et de l’organisation des groupes séparatistes ainsi que la nécessité d’une coopération judiciaire internationale structurée pour garantir la responsabilité des acteurs impliqués.
Vers une révision constitutionnelle ?
D’après des sources concordantes au sein de l'appareil d'État camerounais, révèle Jeune Afrique, une révision de la Constitution de 1996, entamée depuis plus d’un an, serait désormais quasiment prête. Si l’on évoque une recomposition de l’ossature institutionnelle dans le sens d’une potentielle augmentation du nombre de représentants dans les institutions locales et nationales et de la création de nouvelles communes et unités territoriales, le changement majeur pourrait se trouver du côté de la reconfiguration de l’exécutif. En effet, la possibilité de création d’un poste nominatif et non électif de vice-président serait sur la table de discussions. Par ailleurs, le gouvernement semble disposé à opérer une concession au sujet du polémique Code électoral, dans le cadre de définir les hypothèses d’un rappel de l’opposant Issa Tchiroma Bakary dans un processus de dialogue politique. Cette révision serait-elle la traduction d’un remodelage des mécanismes de succession et de représentation opérée par un État qui ne désire pas rompre avec sa logique présidentialiste ? Les prochaines semaines pourraient fournir un début de réponse à cette interrogation. Quoi qu'il en soit, si de telles prévisions sont concrétisées, elles pourraient raviver les débats sur la gestion des tensions institutionnelles par cooptation plutôt que par réforme systémique des règles du jeu électoral.