Timbuktu Institute - Semaine 2 - Mars 2026
Le Burkina Faso traverse un mois de mars 2026 marqué par une tension élevée, entre attaques terroristes et restrictions des libertés. Alors que le groupe armé JNIM intensifie les attaques meurtrières dans l'est et le nord du pays, le régime militaire renforce son emprise sur l'univers médiatique, qui était auparavant un modèle d'excellence dans la sous-région. Néanmoins, malgré cette crise multidimensionnelle, le secteur humanitaire offre une lueur d'espoir grâce à l'adoption d'une nouvelle stratégie d'intégration des réfugiés, saluée par l'ONU.
Cycle mortel au Burkina Faso : le JNIM intensifie ses attaques
En ce mois de mars, le Burkina Faso a été la cible d'une vague d'attaques terroristes d'une violence exceptionnelle. En dix jours, ces attaques ont fait plusieurs dizaines de morts. Les victimes sont aussi bien des civils que des militaires, notamment lors de l'assaut du camp de police du groupement des unités mobiles d'intervention de Yamba, situé à 20 kilomètres au nord de Fada N'Gourma, attribué au JNIM. Un rapport de HRW daté du 12 mars dresse un bilan accablant des attaques menées par le JNIM dans le nord et l'est du pays. Le rapport mentionne « au moins 38 civils tués, 9 femmes enlevées et des propriétés incendiées ». Cette zone, frontalière du Bénin, du Togo et du Niger, est ainsi devenue un épicentre de la dégradation sécuritaire. Si le conflit s'intensifie à l'est et au nord, un autre champ de bataille, moins bruyant mais tout aussi essentiel, est apparu dans le domaine des droits fondamentaux. Dans ce climat de tension intense, la liberté de la presse, qui était autrefois le pilier de la démocratie au Burkina Faso, est aujourd'hui attaquée; ce qui suscite des inquiétudes bien au-delà des frontières du pays.
Étouffer la critique : la fin d'une époque florissante pour les médias du Burkina ?
Entre-temps, les libertés publiques continuent de susciter des inquiétudes chez les observateurs. Autrefois, ce pays était perçu comme un lieu où des journalistes de renom, comme Norbert Zongo, assassiné dans des circonstances complexes, ont fait carrière. Il déplorait constamment ce qu'il qualifiait de « silence des gens biens ». Selon Sadibou Marong, « c'est un pays qui a toujours compté parmi ses journalistes des figures de très grande stature ». Depuis 2022, la situation des médias est remise en cause avec l'arrestation de journalistes et la fermeture de différents organes de presse, à la suite de l'accession au pouvoir des militaires. Des journalistes-reporters du Burkina Faso ont également été contraints de se rendre sur le champ de bataille ou de prendre la fuite. Beaucoup y voient une tentative de faire taire les voix critiques. Malgré ces tensions internes qui affectent le discours public, le Burkina Faso reste fidèle à ses obligations humanitaires. Le gouvernement tente actuellement de projeter une image de résilience et de pragmatisme en matière d'accueil des populations déplacées.
Transition de paradigme : vers une autonomie durable des populations déplacées
Dans un autre ordre d'idées, Ruvendrini Menikdiwela, assistante du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés et responsable de la protection, a organisé une réunion le 9 mars 2026 avec le ministre des Affaires étrangères, SEM Karamoko Jean Marie Traoré, pour aborder la question des réfugiés au Burkina Faso. Elle a saisi cette occasion pour saluer la politique d'accueil des réfugiés mise en place par le gouvernement, qu'elle a qualifiée de modèle au vu des conditions difficiles que le pays traverse. De son côté, le responsable de la diplomatie a souligné que nous étions dans une « dynamique visant à séparer l'image problématique du réfugié pour le valoriser davantage en tant qu'acteur et contributeur potentiel au développement, plutôt que comme un fardeau supplémentaire ». Le ministre Traoré a insisté sur la nécessité de dépasser l'approche d'assistance continue pour ces populations, en privilégiant le développement de leur autonomie et de leur capacité à contribuer de manière proactive au progrès de leurs lieux d'accueil.