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Cameroun : Yaoundé s’emploie à valoriser ses ressources minières Spécial

© Sylvain Cherkaoui © Sylvain Cherkaoui

Timbuktu Institute - Semaine 2 - Mars 2026

Au Cameroun, il est de plus en plus convenu que l’Etat perd des milliards dans son exploitation et sa gestion de sa filière aurifère. Manifestement, l'or camerounais circule, mais pas dans les circuits officiels prévus. En 2023, un rapport accablant de l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) révélait l’ampleur d’un trafic, que Yaoundé semble visiblement ne plus vouloir ignorer. C’est ainsi que le président Paul Biya a ordonné, via son secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh, la création d'une commission d'enquête mixte chargée de faire la lumière sur le trafic illégal d'or. En effet, le Cameroun n'aurait officiellement exporté que 22,3 kg d'or vers les Émirats arabes unis, tandis que ces derniers déclarent en avoir acheté 15,2 tonnes d'origine camerounaise. Face à cet écart vertigineux, les explications du ministre des Mines Fuh Calistus n'ont pas convaincu, faisant de lui l'une des cibles potentielles de l'enquête, dans un contexte où son ministère est en intérim depuis le décès de son prédécesseur en janvier 2023.

Pour un désenclavement de l’Est

L’Est du Cameroun, riche en bois, minerais et or, qui est aussi le théâtre d’un afflux de réfugiés centrafricains, souffre de sa situation d’enclavement. En dépit de ses 109 000 km² (23% du territoire national), la région affiche un taux de bitumage de seulement 6,25%. C’est fort de cette vulnérabilité que la Banque africaine de développement (BAD) a accordé au Cameroun un prêt de 360 millions USD (203 milliards FCFA) pour financer la première phase du Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers dans la région de l'Est (PDCBET). Concrètement, ces fonds serviront à bitumer 156 km de route sur l'axe Ngoura II-Yokadouma, reliant le Cameroun au Congo voisin. Au-delà de l'infrastructure routière, le projet vise trois objectifs : désenclaver la région de l'Est et renforcer l'intégration régionale en Afrique centrale, créer au moins 2 500 emplois directs et indirects au profit des jeunes, femmes et minorités vulnérables, et prévenir les fragilités sécuritaires dans une zone particulièrement isolée. Ce prêt s'inscrit dans un engagement plus large de la BAD au Cameroun, dont le portefeuille routier actif comprend neuf projets pour un total d'environ 1,4 milliard USD, couvrant plusieurs régions du pays depuis 2015.

Nouvelle affaire politico-administrative

Depuis le début de l’année, le Cameroun semble voguer au gré d’imbroglios politico-administratifs. Après l’affaire des scanneurs au port de Douala et celui du marché de 21,4 milliards de FCFA pour l’installation de lampadaires solaires, c’est au tour du Golf Club de Yaoundé d’être au cœur d’un litige foncier. Le conflit trouve son origine dans un arrêté signé le 2 janvier par le ministre des Domaines Henri Eyebe Ayissi, qui a rétrocédé environ dix hectares du domaine du club à une certaine Thérèse Koa, cheffe d’un quartier voisin du golf se présentant comme représentante de la communauté des Omgba Bissogo, familles revendiquant des droits coutumiers sur ces terres occupées avant l'indépendance. Le Golf Club, de son côté, conteste la légalité de cet arrêté, estimant qu'une telle rétrocession requiert l'approbation préalable du président de la République et non un simple arrêté ministériel. Ainsi, au cœur de cette affaire, une interrogation émerge : Thérèse Koa est-elle une simple protagoniste agissant en son nom propre, ou plutôt paravent commode pour des acteurs en coulisses aux ambitions foncières bien réelles sur un domaine que beaucoup lorgnent ?