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Tchad : Droits humains et gouvernance en question Spécial

© Présidence de la République du Tchad © Présidence de la République du Tchad

Timbuktu Institute - Semaine 2 - Mars 2026

Depuis l'accession de Mahamat Idriss Déby à la tête de l'État, plusieurs organisations internationales de défense des droits humains n’ont pas cessé de faire état d'un rétrécissement de l’espace civique et une restriction des libertés individuelles. Début mars, plusieurs ONG dont la Ligue tchadienne des droits de l'Homme et l'Organisation mondiale contre la torture ont dénoncé devant l'ONU une répression croissante de l'opposition par l'Agence nationale de sécurité de l'État (ANS), directement rattachée à la présidence. En réponse, le ministre tchadien de la Justice Youssouf Tom a reconnu, le 12 mars, qu’en dépit du fait que de tels incidents puissent survenir, la justice est fréquemment saisie en ce sens pour y remédier. Selon lui, il reviendrait toutefois aux ONG et journalistes de faire preuve d'objectivité dans leurs dénonciations,  invitant chacun à « rester dans la vérité ». Une réponse jugée mesurée par d’aucuns, mais insuffisante par les organisations de défense des droits humains qui pointent des pratiques systématiques de répression.

Parallèlement, selon une enquête du média d’investigation français Mediapart parue le 10 mars, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno et son entourage auraient dépensé près de 867 000 euros au palace parisien le Royal Monceau entre 2021 et début 2026, dont 784 000 en espèces. Des règlements en liquide qui dépassent largement le plafond légal de 10 000 euros autorisé en France pour les non-résidents fiscaux. Ces révélations s'inscrivent dans le cadre d'une enquête ouverte en 2024 par le Parquet national financier (PNF) portant déjà sur des achats de costumes du chef de l'État pour 915 000 euros. Face à ces accusations, le porte-parole du gouvernement tchadien Gassim Cherif Mahamat a fermement rejeté ce qu'il qualifie de simples « allégations » sans « l’ombre d’une preuve matérielle » tout en précisant que l'État tchadien n'a pas à répondre à la justice française. Quoiqu’il en soit, cette affaire remet en lumière les problématiques de gouvernance et de gestion des fonds publics, dans un contexte politique fragile. Le Tchad demeurant dépendant de l’aide internationale, avec une population confrontée à des défis économiques persistants, il n’est pas excessif de notifier que l'opacité des dépenses présidentielles à l'étranger pourrait consolider le déficit de confiance à l’égard des gouvernants.

Vers un renouveau de l’opposition ?

Alors que le Groupe de Concertation des Acteurs politiques (GCAP) avait annoncé son retrait de la vie politique en octobre 2025, la coalition de partis d’opposition semble reprendre du poil de la bête. Le GCAP a organisé le 10 mars une évaluation publique de ce retrait, placée sous le thème « Tchad, pays fragilisé : quelles perspectives de lutte politique pour sa survie ? ». La rencontre a servi de tribune pour un réquisitoire sévère contre le régime de Mahamat Idriss Déby, dénonçant un climat de « terreur politique », la mort de la démocratie, des assassinats d'opposants non élucidés (dont celui de Yaya Dillo Djérou en 2024) ainsi qu’une  justice instrumentalisée pour réduire au silence les voix dissidentes. Par ailleurs, le Groupe a critiqué la coopération militaire de N’Djamena avec la France, perçue comme un soutien au pouvoir en place.

En outre, la plateforme des Organisations de la Société Civile pour la Paix et le Développement (POSOC-PD) a officiellement lancé,, le 11 mars 2026 à Abéché,, le projet « Paix, Sécurité et Cohésion Sociale à l'Est du Tchad ». La cérémonie s'est tenue dans un contexte marqué par la recrudescence des conflits et des tensions communautaires dans la province du Ouaddaï. Selon le directeur général de la POSOC-PD, plus de deux millions de personnes bénéficieront directement ou indirectement des actions prévues, avec pour objectif central de promouvoir un environnement pacifique, inclusif et stable entre les différentes communautés de la région. En effet, fortement affectée par les flux de réfugiés centrafricains et soudanais et par les tensions transfrontalières récurrentes, l’Est du pays demeure une équation particulièrement sensible.