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Cameroun : Entre recompositions politiques et échéances diplomatiques Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 - Mars 2026

Depuis le début de l’année, la possibilité d’un nouveau report des élections législatives est l’un des sujets au cœur du débat politique. En février dernier, à l’occasion de la fête de la Jeunesse, le président Paul Biya l’avalisait à demi-mot, invoquant un « léger réajustement » du calendrier électoral « au vu de certaines contraintes impérieuses ». Mais désormais, plus de doute. Le 19 mars 2026, l’Assemblée nationale camerounaise a voté la prolongation du mandat de ses députés jusqu’au 20 décembre 2026, alors qu’il devait initialement prendre fin en mars 2025. Il s’agit de la deuxième extension, la première ayant été adoptée en juillet 2024 pour prolonger d’un an le mandat. Cette deuxième prolongation ne manque pas d’être sujet à débats, d’autant plus qu’elle intervient dans un contexte socio-politique marqué par des tensions, notamment liées aux manifestations réprimées lors de la réélection de Biya en octobre 2025.

Par ailleurs, le vote de cette loi a été l’occasion d’un changement institutionnel non moins important. En effet, il s’est déroulé sous la présidence du nouveau président du Sénat camerounais Aboubakary Abdoulaye, élu le 17 mars. Il succède à Marcel Niat Njifenji (91 ans) - briscard du système Biya - en poste depuis 2013. Sénateur de la région du Nord et lamido de Rey-Bouba depuis 2006, Abdoulaye assurait déjà la conduite des affaires courantes en raison des absences répétées du président sortant et a piloté plusieurs décisions structurantes, notamment la nomination du secrétaire général de la chambre. Administrateur civil de formation et membre influent du parti au pouvoir (RDPC), il cumule une expérience politique et coutumière qui renforce son poids dans la région du Nord et au sein des instances nationales. Dans la configuration actuelle, ces deux changements institutionnels pourraient, dans le fond, relever d’une logique de consolidation du pouvoir en place par la maîtrise du calendrier politique. De l’autre côté, la timide recomposition à la tête du Sénat soulève par ailleurs en filigrane, la question de la transition et de la pérennité du système Biya qui se pose avec une acuité croissante, dans un contexte socio-politique déjà fragilisé.

Yaoundé s’apprête à accueillir l’OMC

À dix jours de l’ouverture de la 14e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) à Yaoundé, prévue du 26 au 29 mars 2026, les autorités camerounaises ont intensifié les préparatifs pour accueillir environ 4 000 délégués issus de 160 pays. Sous l’impulsion du président Paul Biya, le gouvernement a accéléré la mise à niveau des sites d’accueil, en particulier la rénovation de l’hôtel Mont-Fébé, et renforcé la communication pour rassurer sur la capacité du Cameroun à tenir l’événement, malgré des retards ayant suscité des inquiétudes au siège de l’OMC à Genève.

Le 16 mars, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a rencontré le secrétaire général de l’OMC et plusieurs ministres africains pour finaliser les derniers détails. Selon les autorités camerounaises, les préparatifs de l’organisation sont finalisés à environ 75 %. Le gouvernement a par ailleurs, accueilli favorablement le soutien des pays africains pour maintenir la conférence à Yaoundé malgré les contraintes logistiques. Parmi les participants de marque, figurent Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, le milliardaire nigérian Aliko Dangote, le Français Philippe Varin, et les ministres du Commerce chinois et américain. Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte où le Cameroun cherche à mettre en avant ses atouts diplomatiques et à tourner la page du scrutin présidentiel d’octobre 2025 et des violences qui l’avaient accompagné, tout en se préparant à un autre événement diplomatique majeur : la visite du pape Léon XIV à la mi-avril 2026.