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Cameroun : Vers une transition conservatrice ? Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 1 - Avril 2026

 

Il s’agit là d'une recomposition institutionnelle majeure. Alors que cela était d’actualité depuis maintenant plusieurs mois, c’est désormais officiel. Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais a approuvé la révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président de la République, nommé par le président Paul Biya, pour assurer la succession en cas de vacance du pouvoir. Cette réforme remplace l'ancien mécanisme où le président du Sénat assurait l'intérim. La réforme a été adoptée par 205 voix contre 16 et s’inscrit dans un contexte de recomposition des institutions, avec le remplacement récent des présidents des deux chambres du Parlement. A en croire Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du comité central du RDPC (parti au pouvoir), « le tandem qui va être formé par le président et le vice-président (…) qui doit permettre une meilleure marche de l'État et de notre administration ». Comme l’on peut s’y attendre, cette justification est loin de passer auprès de l’opposition. Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième à la dernière présidentielle a qualifié cette réforme de « violation des principes démocratiques » et de « dérive monarchique du pouvoir illégitime ». L'opposant Maurice Kamto, lui, a dénoncé de son côté un « coup d'État institutionnel et constitutionnel » dans une vidéo publiée sur Facebook.

Si la création de ce nouveau poste déchaîne tant les passions, c’est qu’en filigrane, s’y joue la question de la succession de Biya. L’enjeu central serait donc la manière dont Biya (93 ans) choisirait d’organiser le renouvellement du pouvoir au Cameroun. En ce sens, la création de ce poste serait une nouvelle étape d’une transition conservatrice. Selon Jeune Afrique, certains noms seraient déjà évoqués en coulisses, selon divers scénarios. Ferdinand Ngoh, secrétaire général de la présidence et proche de la première dame, est le favori, mais fait face à des oppositions internes. D’autres options incluent un Nordiste pour équilibrer les régions, un anglophone pour apaiser la crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ou un Sudiste comme Samuel Mvondo Ayolo ou Louis-Paul Motaze. Par ailleurs, le nom de Franck Biya (fils du président) est aussi évoqué. Pour l’instant, le Cameroun est suspendu aux lèvres du chef de l’Etat qui pourrait choisir de ne pas nommer immédiatement de vice-président, pour laisser planer l’incertitude sur sa succession.

 

Des migrants en échange de 30 millions de dollars

En parallèle aux remous politiques qui secouent le pays, une autre affaire, cette fois-ci d’ordre humanitaire inquiète en outre l’opinion nationale et internationale. En effet, selon une enquête du New York Times, en échange de 30 millions de dollars versés au HCR ( Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), Yaoundé aurait accepté d’accueillir des migrants expulsés depuis les États-Unis, alors qu’aucun d’eux n’est camerounais. Depuis janvier 2026, au moins 17 personnes ont été transférées, souvent menottées et ignorantes de leur destination, puis placées en centres de rétention sans pouvoir demander le statut de réfugié. L’accord soulève de vives critiques humanitaires et juridiques, certains parlant de « vente d’êtres humains ». Ce dispositif fait partie d’une pression plus large de Washington sur plusieurs pays africains, dont le Ghana et la Guinée équatoriale, pour recevoir des migrants expulsés. En l’espèce, cet accord ne manque pas de soulever des inquiétudes éthiques et humanitaires, plusieurs experts dénonçant l’instrumentalisation des populations migrantes et le lien direct entre aide financière et politique migratoire. De plus, cet épisode met en lumière la manière dont la question migratoire peut devenir un outil de pression diplomatique et financière.