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Sénégal : Entre fissures dans le Pastef et défis sécuritaires régionaux Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 1 - Mai 2026

 

Le samedi 9 mai, la grande coalition présidentielle a réuni  des militants et sympathisants venus de toute la région pour rendrehommage au président Diomaye Faye. La coalition « Diomaye Président » s'est en effet retrouvée à Mbour, le fief de l'actuel président, pour l'honorer en présence de ses parents, proches et amis, deux ans après son accession au pouvoir.

Les soutiens de Diomaye Faye affichent leurs ambitions pour 2029

Ce rassemblement d’une grande envergure est considéré comme un test politique, alors que les tensions semblent perdurer au sein du parti au pouvoir, le Pastef, dirigé par le Premier ministre, Ousmane Sonko. Coup d'essai, coup de maître ? En tout cas, ses soutiens estiment avoir réussi le pari de la mobilisation et comptent bien poursuivre cette dynamique pour les prochaines échéances électorales. Pour le ministre du Commerce et ancien directeur général du centre de recherche et développement Afrique et Moyen-Orient de Nestlé, venu participer à la rencontre : « Je n’ai jamais vu, en deux ans, autant de résultats… Nous tenons à vous dire que la coalition « Diomaye-président » est un levier pour bâtir ce Sénégal. C’est pourquoi, en 2029, le président doit demander un autre mandat de cinq ans. Aucun président n'a jamais fait qu'un seul mandat au Sénégal, donc nous, les Sénégalais, nous voulons qu'il soit notre candidat en 2029 et qu'il gagne pour le développement du Sénégal. » Il affiche clairement sa volonté de soutenir la candidature du président Faye, malgré les tensions internes.

Les fractures internes au sein de Pastef alimentent les spéculations politiques

Ces tensions se sont matérialisées par une série de licenciements parmi les « pro-Sonko » ces derniers mois. Après le licenciement du directeur de SNHLM, c’est au tour d'Ousseynou Ly, l'ex-porte-parole de la présidence, de faire les frais de ces tensions. Des licenciements jugés très politiques au regard de la proximité de ces derniers avec le leader de Pastef. Ils traduisent les tensions persistantes au sein de l'État et alimentent l'idée d'un rééquilibrage politique interne au détriment des personnalités proches d'Ousmane Sonko et du parti Pastef. Des militants du parti Pastef continuent de proférer des critiques contre leur camarade de parti, et non moins président de la République, et parlent d'une tentative de « dépastefisation » du pouvoir. Selon certains observateurs, Bassirou serait déjà prêt à prendre la relève après Sonko. La mise sur orbite de Me Abdoulaye Tine, avocat et membre de la coalition présidentielle, qui remplace M. Ly, en est la preuve. Pour rappel, le remplacement d'Aïda Mbodj par Aminata Touré à la tête de la coalition avait annoncé, selon beaucoup d'analystes, la couleur de la bataille fratricide qui aura lieu.

Lors d'une interview accordée à trois journalistes sénégalais, le président Faye a tenu à clarifier sa relation avec son Premier ministre : « Tant qu'il est Premier ministre, c'est qu'il bénéficie de ma confiance. Le jour où cette confiance n'existera plus, je nommerai un autre Premier ministre. » Cette déclaration a frustré plusieurs leaders, militants et sympathisants du parti au pouvoir, qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur mécontentement. Cette sortie du président Bassirou Diomaye Faye met en lumière les fragilités perceptibles au sein de la majorité, où la question de l'équilibre des pouvoirs entre le chef de l'État et son Premier ministre continue d'alimenter les débats et les frustrations.

Sénégal–Mali : Dakar plaide pour une réponse régionale coordonnée face à la menace terroriste

Sur le plan sécuritaire, la situation qui prévaut au Mali inquiète le Sénégal en raison de la frontière commune et des relations commerciales entre les deux pays. Pour le président Faye, « tout ce qui touche le Mali nous concerne directement », insistant sur les liens historiques entre Dakar et Bamako. Il estime également que le Sénégal doit soutenir le Mali dans sa lutte contre le terrorisme. « Nous devons renforcer la coopération avec Bamako par l'échange de renseignements et des patrouilles conjointes. » Il invite ainsi tous les pays de la CEDEAO à mener une action conjointe et coordonnée. La situation a déjà des répercussions sur les transports et les échanges commerciaux en général. Selon le chercheur Bakary Sambe, il faut adopter une approche holistique impliquant les pays africains, directement ou indirectement concernés par le problème, afin de sortir de la crise. Interrogé par un journaliste de Dakaractu, le président du Timbuktu Institute estime qu'« au niveau régional, l'approche proposée à Lomé est précisément ce dont on a besoin : une coordination multilatérale qui associe l'UA, la CEDEAO, l'Algérie, la Mauritanie et des acteurs neutres ou perçus comme tels. Et en ce qui concerne les partenariats extérieurs, il faut être lucide sans être dogmatique. » Pour rappel, Lomé avait accueilli, le 18 avril dernier, une rencontre de haut niveau avec les ministres des Affaires étrangères de l'AES, des responsables de la CEDEAO, des partenaires et des chercheurs, afin de rapprocher les positions.