Timbuktu Institute - Semaine 1 - mai 2026
Mort dans les geôles de la gendarmerie camerounaise, le décès de l’opposant Anicet Ekane avait suscité une vive émotion dans le pays. Décédé le 1er décembre 2025 après 38 jours de garde à vue au plus fort des contestations contre la réélection de Paul Biya, il a été inhumé samedi 9 mai, à Bomono, son village natal. Mais au-delà de la disparition de cette figure historique de l’opposition politique, ce sont les tensions autour de ses obsèques - auxquelles son propre parti le Manidem a refusé de participer - qui auront mis en lumière les tensions au sein de l’opposition. Tout d’abord, compte tenu du conflit qui entourait l’organisation des obsèques d’Anicet Ekané, sa sœur Mariane Simone Ekane avait rendu public des enregistrements audio, supposés traduire la volonté du défunt selon laquelle l’organisation de ses funérailles devait revenir à son parti le Manidem (Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie), accompagné de sa famille. En fin de compte, c’est en faveur du fils du défunt, Muna Ekane que la justice a tranché, au détriment d'une partie de la famille, pour conduire les obsèques.
Dans la foulée, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto a annoncé sa non-participation aux funérailles. En dépit de la controverse, l’opposant Issa Tchiroma Bakary, a appelé à participer aux obsèques. Comme réponse, le Manidem a annoncé sa décision de rompre l’accord conclu avec Issa Tchiroma Bakary, dans le cadre de la présidentielle d’octobre 2025. En arrière-plan de cet imbroglio, des suspicions sur le rôle du pouvoir accusé par certains de tout faire pour empêcher une mobilisation populaire autour de cet événement, au moment où les autorités avaient interrompu en mars dernier, des cérémonies d’hommage au défunt. Par ailleurs, cet épisode où la démarche d’Issa T. Bakary est jugée comme une défection par une partie de l’opposition est révélatrice des lignes de tensions au sein de celle-ci. Pendant ce temps, la recomposition institutionnelle au Cameroun dont le retour du poste de vice-présidente est la manifestation la plus parlante, semble renforcer la marginalisation de l’opposition politique.
Disparition de figures politiques
En quelques mois, le régime de Paul Biya aura perdu plusieurs de ses piliers emblématiques. Après notamment les décès de Marcel Niat Njifenji, président du Sénat et d’Ayang Luc, président du Conseil économique et social, l’ancien président de l'Assemblée nationale Cavaye Yeguié Djibril s’est éteint le 6 mai à l’âge de 86 ans. Pilier du système Biya et fidèle relais dans le septentrion, sa disparition intervient dans un contexte de recomposition silencieuse au sommet du pouvoir camerounais. Ceci, qui plus est, confirme l'effacement progressif d'une génération de figures politiques ayant émergé dans les années 1980 et 1990.
De l’autre côté du paysage politique, Yaya Saïdou Maidadi, figure de l'opposition, est décédé le 7 mai. Issu d'une famille proche du pouvoir (son père fut ministre sous Ahidjo et Biya), il avait choisi la voie du militantisme d'opposition. Après avoir rejoint le SDF (Social Democratic Front) en 1992 et en être devenu premier vice-président national, il quitte le parti en 2002 à la suite de divergences avec John Fru Ndi, avant de fonder l'Alliance des Forces Progressistes, puis de rejoindre l'UNDP, où il occupait les fonctions de Secrétaire national à la Communication et de membre du Bureau politique au moment de son décès.