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Tchad : La persistante menace Boko Haram Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 1 - mai 2026

Depuis plus d'une décennie, le Tchad est confronté à la menace de Boko Haram dans la région du lac Tchad. Cette vaste étendue marécageuse à cheval sur le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est entre temps devenue le sanctuaire du groupe djihadiste et de son rival l'ISWAP. En dépit de nombre d’opérations militaires successives menées par les autorités tchadiennes, le groupe djihadiste continue de cibler régulièrement les forces armées et les populations de la zone. Le 4 mai, le groupe Boko Haram a attaqué la base militaire tchadienne de Barka Tolorom, faisant entre 24 et 25 morts et une quarantaine de blessés dans les rangs de l'armée. Le président Mahamat Idriss Déby Itno a condamné l’attaque, la qualifiant de « lâche » et réaffirmant sa volonté de poursuivre la lutte « jusqu'à l'éradication totale » de la menace terroriste. Le chef de l’Etat, a par ailleurs décrété l'état d'urgence pour une durée de 20 jours ainsi que trois jours de deuil national.

En représailles, l'armée tchadienne a lancé à partir du 8 mai des frappes aériennes sur des îles du lac Tchad contrôlées par Boko Haram, notamment sur l'île de Shuwa, point de convergence des frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad. D’après Jeune Afrique, des pêcheurs originaires pour la plupart de la ville de Doron Baga et de l'État de Taraba, opéraient dans ces eaux après avoir payé un tribut à Boko Haram pour y accéder. Selon un responsable d’un syndicat de pêcheurs, une quarantaine d'entre eux seraient portés disparus, probablement noyés à la suite des frappes. L'armée tchadienne n'a pour l'heure fait aucune déclaration officielle sur le sujet. Pour rappel, déjà en octobre 2024, des frappes de représailles tchadiennes sur l'île de Tilma avaient tué des civils. Pointée du doigt, l’armée avait alors démenti ces accusations. Ce n'est pas la première fois qu'une telle situation se produit. En octobre 2024, des frappes de représailles tchadiennes sur l'île de Tilma avaient déjà été accusées d'avoir tué des civils, des accusations que l'armée avait alors démenties. Ces bavures, si confirmées, illustrent la complexité du terrain dans le bassin du lac Tchad, où jihadistes, civils et forces militaires se côtoient dans une zone frontalière étendue et manifestement difficile à contrôler.

Des cadres de l’opposition sous écrou

Il semble bien que le retour sur la scène politique de la coalition d’opposition Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) ait été de courte durée.  Après que la Cour suprême ait prononcé sa dissolution, huit dirigeants de l’ex-GCAP ont été condamnés le 8 mai, à huit ans de prison par la Chambre spéciale correctionnelle du Tribunal de grande instance de N'Djaména. Le verdict a été rendu vendredi lors d'une audience organisée directement au sein de la maison d'arrêt de Klessoum, où les prévenus étaient détenus depuis leur arrestation le 25 avril dernier. Ils ont été reconnus coupables de rébellion, de participation à un mouvement insurrectionnel, d'attroupement et de détention illégale d'armes de guerre. Ces arrestations faisaient suite à la dissolution de leur organisation et à un projet de marche dite « d'indignation et de dignité » prévue le 2 mai, finalement annulée suite à la dissolution du mouvement. Dans le contexte du rétrécissement continu de l’espace civique au Tchad, la célérité et l’intransigeance de la mise à l’écart de cette frange de l’opposition interrogent. Du reste, elle semble apparaître comme un nouvel épisode de la pente de consolidation autoritaire entamée par le président Déby depuis sa réélection en 2024.