En l’espace de quelques semaines, il semble bien que pour N’Djamena, les menaces aux frontières soient redevenues les principales urgences de l’heure. En sus des pressions sécuritaire et humanitaire à sa frontière soudanaise, la récente attaque (4 mai) du groupe terroriste Boko Haram aura remis sa frontière nigériane, au centre des préoccupations. Suite à cette déconvenue, l’armée tchadienne, a en représailles, mené des frappes aériennes contre des positions présumées de Boko Haram dans la région du lac Tchad, au nord-est du Nigeria. Ces opérations présentées par N’Djamena comme relevant de la lutte antiterroriste, suscitent toutefois des inquiétudes après des accusations faisant état d’une centaine de victimes civiles, selon l’Agence France Presse (AFP). « Il est crucial que les autorités nigérianes et tchadiennes mènent des enquêtes rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur ces incidents troublants », a déclaré le 13 mai, le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk. En réponse, le gouvernement tchadien a rejeté les accusations du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme concernant de possibles victimes civiles lors de frappes menées contre des positions de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Le porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, a contesté des « accusations graves visent à discréditer une armée professionnelle en première ligne contre le terrorisme ». Dans un contexte régional marqué par l’urgence sécuritaire et des enjeux de souveraineté, il demeure que la crainte que les logiques politiques et sécuritaires en présence supplante la volonté d’établissement des responsabilités réelles autour de ces frappes.
Une opposition à bout de souffle ?
Survenu récemment, la dissolution de la coalition d’opposition Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) ainsi que la condamnation de plusieurs de ses cadres à huit ans de prison eut l’effet d’un coup de massue pour l’opposition politique. Dans une conférence de presse tenue le 13 mai, le parti d’opposition Les Patriotes a dénoncé cette condamnation comme « une instrumentalisation de la justice » dans un contexte national de « durcissement autoritaire » marqué à la fois par l’insécurité, les tensions communautaires et un recul des libertés publiques. Il faut dire que le démantèlement du GCAP n’a pas été suivi d’un significatif remue-ménage au sein des partis politiques tchadiens. Dans ce sens, cette montée au créneau des Patriotes s’avère-t-elle un coup d’épée dans l’eau ? Toujours est-il qu’en l’état actuel de la configuration de l’espace politique, une réalité reste difficilement contestable : celui de l’absence d’union de forces d’opposition susceptibles de fournir un contrepoint significatif au pouvoir en place.
Ceci étant, depuis le début de l’année, il est remarquable que N’Djamena s’emploie à une intense activité diplomatique. Ainsi, en marge du sommet Africa Forward à Nairobi les 11 et 13 mai, le président Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu par son homologue kényan William Ruto afin de renforcer les relations de coopération entre les deux pays. Les discussions ont porté sur plusieurs enjeux africains, notamment les questions sécuritaires, économiques et diplomatiques, ainsi que sur la nécessité d’une coordination accrue entre États africains. Par ailleurs, les deux dirigeants ont affiché leur volonté de donner une nouvelle impulsion à leur partenariat bilatéral, en mettant l’accent sur des secteurs stratégiques comme l’agriculture, les technologies, le tourisme, la protection de l’environnement et les investissements.