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Sénégal : Au sommet de l’Etat, le temps des deux légitimités ? Spécial

Timbuktu Institute Semaine 1 - juin 2026

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Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko et la nomination d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô à la Primature, les regards demeuraient rivés sur le Palais, dans l’attente de la composition du nouveau gouvernement. Les pronostics et spéculations sont allés bon train, notamment autour d’une question centrale : avec ou sans Pastef ? Finalement, le 1er juin, le président Bassirou Diomaye Faye a nommé un nouveau gouvernement de 30 membres, marqué par la quasi absence du Pastef, le parti dirigé par le nouveau président de l’Assemblée Nationale, Ousmane Sonko. Le nouveau cabinet est principalement composé de technocrates et de personnalités proches du président. Plusieurs figures influentes du Pastef, qui détenaient auparavant des ministères stratégiques comme l’Intérieur, la Justice ou le Pétrole, en sont exclus. Parmi les quelques membres du parti maintenus au gouvernement, figure Yankhoba Diémé, nommé ministre des Forces armées, qui à l’instar de ses camarades, ont choisi de ne pas suivre la consigne de leur parti dans la mesure où celui-ci a annoncé son refus de participer au gouvernement en raison de désaccords sur sa composition.

Il en va de même pour plusieurs figures politiques alliées du Pastef, à l’instar du ministre de l'Éducation nationale Moustapha Guirassy ou Déthié Fall aux Infrastructures. Dans un contexte de grave crise financière, le ministre des Finances, Cheikh Diba, est reconduit avec des compétences élargies à l’Économie, tandis qu’El Hadji Abdourahmane Diouf prend la tête du ministère de l’Énergie et du Pétrole. Au ministère de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé succède à l’avocat de Sonko, Maître Bamba Cissé. Présenté comme un « gouvernement de mission et d’obligation de résultat », ce nouvel exécutif apparaît toutefois fragilisé dès sa naissance par l’absence du Pastef, le parti majoritaire à l’Assemblée. Tout compte fait, la nouvelle équipe gouvernementale devra se mouvoir dans un contexte de tensions croissantes et continues. De plus, le refus du Pastef de participer au gouvernement en raison de désaccords sur sa composition, inaugure de manière palpable la rupture politique majeure au sommet de l’Etat, longtemps susurrée par le chef de l’Etat et son ex-premier ministre.

Centenaire d’Abdoulaye Wade, toile de fond des tensions entre Diomaye et Sonko ?

Devant un parterre de personnalités réunies au Grand Théâtre national, le président Faye a célébré les 100 ans d’Abdoulaye Wade, figure emblématique de l’histoire politique sénégalaise. Dans un discours vif et alerte, le chef de l’Etat a érigé le « Pape du Sopi » au rang de patrimoine national, tout en livrant un message politique. « Vous nous avez appris que l’adversaire d’un jour n’est pas un ennemi et qu’il peut même devenir le partenaire du lendemain (…) Vous nous avez appris qu’aucune querelle, si vive soit-elle, ne mérite que l’on déchire le pays qui nous est commun », a-t-il déclaré, se référant à Wade. Magnifiant les valeurs de patience, de résilience et de dépassement qui ont, selon lui, marqué le parcours du centenaire, le président Faye a rappelé que l’intensité du débat politique ne saurait se passer de la vocation de préserver « la maison-Sénégal ». Difficile de ne pas y voir une référence aux tensions politiques actuelles entre les camps Sonko et Diomaye, surtout lorsque ce dernier affirme que « la démocratie n’est pas un butin que l’on arrache et que l’on garde jalousement ». Par ailleurs, pourrait-on voir dans cette séquence une volonté du chef de l’Etat – en quête d’appareil politique - de se rapprocher du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) ? Il est vrai que la formation politique apparaît plus ou moins en retrait de la scène politique sénégalaise depuis quelques années. Néanmoins, le parti dispose toujours d’un solide socle électoral, et en est bien conscient. En ce sens, il est notable qu’après avoir soutenu le duo Diomaye-Sonko pour la présidentielle en 2024, le PDS avait par la suite rejoint l’opposition en soutenant aux législatives, l’Alliance pour la République (APR) de Macky Sall. A l’heure actuelle, les deux formations politiques forment un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale.

Congrès du Pastef, une démonstration de force

Après l’élection express d’Ousmane Sonko au perchoir de l’Assemblée suite à son limogeage de la Primature, la réponse politique du Pastef était pour le moins attendue. Elle fut toute trouvée avec la tenue le 6 juin, du premier congrès du parti, douze ans après sa création. Lors de cette véritable messe à Diamniadio, Ousmane Sonko a été sans surprise, élu à l’unanimité président du parti. Sous une ambiance de liesse et des hourras de la foule, il s’est voulu rassurant sur les tensions politiques tout en définissant un cap clair. Il n’y « pas de crise institutionnelle » au Sénégal, a-t-il ainsi affirmé. Alors que depuis son éviction de la Primature, certains militants qualifient de « traîtres » le président Faye ainsi que les membres de Pastef ayant accepté d’intégrer le nouveau gouvernement, le nouveau chef du législatif a exhorté ses partisans à s’abstenir de toute injure ou attaque verbale. « Jamais je ne trahirai les idéaux et les principes du parti (….) C’est tout le parti vivant qui s’est donné rendez-vous ici pour réfléchir, débattre et préparer l’avenir », a-t-il assuré dans son discours. En outre, il a tenu à insister sur le positionnement de Pastef en tant que « force de pensée, d’organisation et de transformation », sous-tendu par une « matrice idéologique [qui] est un panafricanisme souverainiste de transformation démocratique ». Ainsi, pour peu que l’on puisse en dire, ce congrès apparaît comme une opération de réaffirmation politique destinée à rappeler que, malgré son départ de la Primature, Sonko entend demeurer le centre de gravité du Pastef ainsi qu’un acteur incontournable de l’équation du pouvoir au Sénégal.