Timbuktu Institute Semaine 1 - juin 2026
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Face aux défis conjugués de la régulation du commerce intérieur et de la lutte contre l'insécurité, les autorités burkinabè multiplient les mesures de contrôle dans des secteurs jugés sensibles. Ainsi, à la croisée d’enjeux commerciaux et sécuritaires, Ouagadougou resserre son contrôle sur le marché des deux-roues. Par voie d’arrêté interministériel rendu public le 4 juin par le ministère du Commerce, le gouvernement a annoncé l’instauration d’une nouvelle réglementationencadrant strictement l'importation, le montage et la commercialisation des vélos et motos sur le territoire national. Les opérateurs concernés sont désormais tenus de soumettre chaque trimestre, au ministère du Commerce, un rapport détaillant leurs stocks, leur clientèle, ainsi que leurs prix et volumes de vente. Un délai de trois mois à un an leur est accordé pour se mettre en conformité, sous peine de fermeture. Cette mesure s'inscrit dans un contexte de tension persistante entre le ministère et les commerçants sur la fixation des prix, mais répond aussi à des impératifs sécuritaires. L'interdiction de certaines catégories de motocyclettes, en vigueur depuis 2022, peine en effet à être appliquée. Il y a environ un an, quelque 900 engins appartenant à des catégories prohibées avaient été interceptés, soupçonnés d'être destinés à l'approvisionnement logistique de groupes armés terroristes actifs dans la sous-région.
Dans la même veine de priorisation des impératifs sécuritaires, le Conseil des ministres burkinabè a approuvé un ensemble de projets sécuritaires d'un montant de 5,737 milliards FCFA, financés sur le budget national 2026. Ces fonds sont destinés à l'acquisition de matériels et équipements au profit des Forces armées nationales, des Forces de sécurité intérieure, ainsi que de plusieurs structures spécialisées : l'Office national de sécurisation des sites miniers (ONASSIM), l'Office national de la sécurité routière (ONASER), la Police nationale et ses écoles de formation, la Direction générale des eaux et forêts, et la Brigade LAABAL. Ces investissements visent à renforcer les capacités opérationnelles et logistiques de l'ensemble du dispositif sécuritaire dans un contexte marqué par la persistance de la menace jihadiste. Par ailleurs, le Premier ministre burkinabè Jean Emmanuel Ouédraogo a imposé, par note administrative datée du 1er juin, l’usage systématique du terme « camarade » dans l'ensemble des correspondances, discours et prises de parole au sein des ministères et institutions du pays. Présentée comme un vecteur d'égalité, de fraternité et de solidarité entre dirigeants et administrés, cette directive s'inscrit dans le sillage de la « Révolution progressiste et populaire » que Ouagadougou entend incarner.
Entre diversification et coopération régionale
La diplomatie burkinabè est demeurée particulièrement active ces derniers jours, marquée par plusieurs rencontres de haut niveau portant sur les questions sécuritaires, économiques et de coopération internationale. Le 1er juin, une délégation portugaise conduite par l'envoyée spéciale pour l'Afrique, Rita Laranjinha, est reçue à Ouagadougou par le ministre burkinabè des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré. Les échanges ont porté sur la situation au sein de la Confédération AES et sur les perspectives de coopération multilatérale. Le chef de la diplomatie burkinabè a exposé les fondements et ambitions de la Confédération, en appelant les envoyés spéciaux à une meilleure connaissance du terrain. La délégation est repartie avec, selon ses propres termes, une perception affinée de la réalité sahélienne. Deux jours après, le 3 juin, une délégation de parlementaires serbes conduite par Slavenko Ristic, président de la Commission Défense et sécurité du parlement serbe et PDG de l'entreprise de technologies de défense Tehnicki Remont Bratunac, a été reçue à Ouagadougou par le ministre burkinabè des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré. Les échanges ont porté sur les perspectives de coopération bilatérale, notamment dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la formation. La partie serbe a affiché son admiration pour le leadership d'Ibrahim Traoré et sa volonté de renforcer la présence de Belgrade sur le continent africain. Côté burkinabè, cette visite a été présentée comme s'inscrivant dans la politique de diversification des partenariats internationaux que mène la junte, avec une attention particulière portée aux pays d'Europe de l'Est.
Enfin, le rapprochement entre le Burkina Faso et le Bénin, après une longue période de froid, est désormais palpable. En visite officielle à Ouagadougou le 2 juin, le président béninois Romuald Wadagni a été accueilli par le capitaine Ibrahim Traoré. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de relancer la coopération bilatérale, avec un accent particulier sur la sécurité (lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière) et sur les échanges économiques, notamment le rôle du port de Cotonou dans l'approvisionnement du Burkina Faso. Les homologues ont convenu d'accélérer la tenue de la cinquième session de la Grande Commission mixte de coopération et de finaliser plusieurs accords en suspens. La visite s’est conclue par une invitation officielle adressée à Ibrahim Traoré à se rendre au Bénin. Ainsi, se dessine clairement la volonté de Ouagadougou de consolider son ancrage régional tout en élargissant son réseau de partenaires internationaux, dans un contexte marqué une recomposition des équilibres géopolitiques en Afrique de l’Ouest.