Timbuktu Institute Semaine 1 - juin 2026
Le Togo figure en bonne place dans la diplomatie de bon voisinage inaugurée par le président béninois Romuald Wadagni, depuis son accession à la magistrature suprême. Dans le cours de cette tournée diplomatique sous-régionale, le président du Conseil togolais Faure Gnassingbé a reçu son homologue béninois le 4 juin à Lomé. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté d'approfondir les liens bilatéraux sur plusieurs fronts.
Sur le plan économique, ils ont salué la progression des échanges commerciaux et convenu de renforcer les infrastructures de connectivité, la fluidité des corridors transfrontaliers et l'attractivité pour les investissements privés. Sur le plan sécuritaire, ils ont exprimé leur préoccupation commune face à la menace terroriste et à la criminalité transfrontalière, s'engageant à intensifier leur coordination dans ce domaine. Les deux parties ont également réitéré leur attachement à l'intégration ouest-africaine et au principe de libre circulation des personnes et des biens. La visite s'est conclue par une invitation de Wadagni à Gnassingbé à effectuer une visite officielle au Bénin, acceptée en principe, dont les modalités seront définies par voie diplomatique. Par ailleurs, il est notable que le Togo s’emploie – toute proportion gardée – à l’instar du Bénin de se positionner en tant que passerelle entre l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et la Cedeao. A ce propos, Lomé semble tirer un profit particulier en se présentant comme hub logistique de remplacement. En effet, seul port en eau profonde naturel d'Afrique de l'Ouest, le port de Lomé capte une part croissante des flux commerciaux sahéliens et a assuré 29,5 % des services de transport liés aux exportations de l'UEMOA en 2024, générant 185 milliards FCFA de recettes.
Autre preuve s’il en était de la volonté du pays de se positionner en médiateur continental : depuis, le 7 juin, Lomé accueille la réunion semestrielle d'évaluation du processus de médiation sur la crise dans l'Est de la RDC, sous l'égide de l'Union africaine. Réunissant les représentants de la CAE, de la SADC et de la CIRGL, la rencontre vise à faire le point sur la feuille de route de l'UA et à harmoniser les initiatives africaines de paix, dans un contexte marqué par la persistance des violences et une résurgence d'Ebola dans certaines zones du pays. Le panel des facilitateurs, qui comprend notamment les anciennes présidentes Catherine Samba-Panza et Sahle-Work Zewde, a réaffirmé son alignement sur la démarche du médiateur désigné de l'UA, le président togolais Faure Gnassingbé, qui avait déjà accueilli une première réunion similaire en janvier.
Une contestation sociale en sourdine
Toutefois, le Togo que ses dirigeants présentent volontiers sur la scène internationale comme un hub logistique et un médiateur régional incontournable, fait face sur le plan intérieur à une contestation sociale croissante. Plusieurs organisations de l'opposition et de la société civile ont répondu à l'appel du Mouvement du 6 Juin (M66) en lançant une journée de protestation pacifique baptisée « Togo en pause », le 6 juin 2026. Les signataires - dont la DMK-Originale, la DMP et le mouvement « Touche Pas à Ma Constitution » - ont invité les citoyens à suspendre leurs activités pour dénoncer la hausse des prix des carburants, la dégradation des conditions de vie et ce qu'ils qualifient de mauvaise gouvernance et de restriction des libertés sous le régime de Faure Gnassingbé. Un « concert de casseroles » fut également prévu dans la nuit du 5 juin en prélude de cette mobilisation. Dès lors, à l’envers de l'image d'un médiateur régional, continue de se dessiner un défi plus structurel pour Lomé : concilier ambitions géopolitiques, performance économique ainsi qu’une demande continue de participation politique et de justice sociale.