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Cameroun : Yaoundé à la lisière de ses équilibres Spécial

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Timbuktu Institute Semaine 2 - Juin 2026

Alors que l’absence de gouvernement depuis octobre 2025 semble témoigner d’une refonte de l’architecture institutionnelle du pays, l’équation de la succession au pouvoir au Cameroun cristallise une rivalité ouverte. Celle-ci oppose Franck Biya, fils du président (issu de son premier mariage) et Chantal Biya, l'actuelle première dame. Au cœur de l'enjeu : le poste de vice-président, instauré par la dernière révision constitutionnelle comme antichambre directe de la magistrature suprême en cas d'indisponibilité du chef de l'État. Franck Biya, 54 ans, fait l'objet d'une campagne de promotion discrète dans les cercles du pouvoir, tandis que Chantal Biya soutient Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis quatorze ans, pour ce même poste. Le président Paul Biya quant à lui, n'a jamais tranché ni dévoilé les contours de son testament politique, laissant les deux camps s'affronter dans l'attente d'une succession dont les termes demeurent assez flous. Dans un pays qui n’a pas connu d’alternance depuis 1982, ce clair-obscur successoral, de par son contexte (la dévolution du pouvoir) illustre à suffisance d’un pouvoir personnifié, longtemps resté tributaire de rapports de force internes plutôt que de mécanismes institutionnels établis.

Pendant ce temps, le pays aborde sa session parlementaire de juin dans un climat de fragilité budgétaire marquée. Le 9 juin, la deuxième session parlementaire annuelle a eu lieu, avec au programme un débat d'orientation budgétaire pour 2027 et une probable loi de finances rectificative pour l'exercice en cours. Cette session intervient dans un contexte de tensions budgétaires sévères : les recettes fiscales, douanières et extractives demeurent insuffisantes, tandis que la majeure partie du budget est absorbée par les dépenses de fonctionnement de l'État et le remboursement de la dette extérieure. Au 31 mars, l'État accusait plus de 500 milliards de FCFA d'impayés auprès de ses fournisseurs nationaux. Par ailleurs, l'annonce répétée depuis six mois d'un remaniement ministériel, sans concrétisation, a freiné l'exécution budgétaire et les appels d'offres pour les marchés publics. Face à ces contraintes, Yaoundé continue de recourir à l'emprunt extérieur et est en négociation avec le FMI pour un nouveau programme d'appui.

Durcissement de ton sur des enjeux de souveraineté

Malgré les zones d’incertitude en présence, Yaoundé tente de projeter des signaux d’une puissance publique cherchant à affirmer son contrôle sur les plans économique et sécuritaire. Après que la marine française ait intercepté fin mai, au large de la Bretagne, le pétrolier Tagor, suspecté de contourner les sanctions occidentales sur les ventes de pétrole russe en arborant frauduleusement le pavillon camerounais, Yaoundé a réagi avec fermeté. Le ministre des Transports Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehe a condamné le 8 juin « avec vigueur l'utilisation frauduleuse et abusive des attributs de la nationalité camerounaise », précisant que le Tagor « ne figure dans aucun des registres officiels des navires autorisés à battre pavillon camerounais ».

Plus encore, le gouvernement camerounais a engagé des poursuites judiciaires contre plus d'une centaine de sociétés minières opérant sur son territoire, dans ce qui constitue une offensive sans précédent contre les manquements réglementaires du secteur. Dans cette annonce faite le 10 juin par le ministère des Mines, les griefs invoqués sont multiples : défaut de paiement des redevances, non-respect des cahiers des charges, exploitation hors périmètres autorisés et manquements aux obligations déclaratives. Plusieurs des entreprises visées sont à capitaux chinois, dont la présence a été régulièrement associée à des dégâts environnementaux et à des conflits avec les communautés riveraines. L'enjeu est aussi budgétaire, en ceci que les redressements potentiels pourraient représenter des montants significatifs pour un État aux marges de manœuvre contraintes par le service de la dette et les exigences du FMI. Cette initiative s'inscrit par ailleurs dans une dynamique régionale de reprise en main des ressources extractives, observable de Bamako à Niamey en passant par Ouagadougou. Sa portée réelle reste cependant à évaluer, dans un appareil judiciaire dont la lenteur est régulièrement pointée du doigt, et où des procédures similaires n'avaient par le passé jamais abouti.