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Bénin : Rapprochement avec le Niger et consolidation de l’ordre sécuritaire et judiciaire Spécial

© Présidence du Bénin / Facebook © Présidence du Bénin / Facebook

Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026

Il y a encore quelques mois, la méfiance et la distance régnaient en maître entre le Bénin et le Niger. Mais depuis le début de l’ère du président Romuald Wadagni, les gestes d’ouverture entre Cotonou et Niamey n’ont cessé de s’enchaîner à un rythme soutenu, signe manifeste d’un rapprochement. Ainsi, deux jours de concertations à Cotonou – les 20 et 21 juin – ont suffi pour jeter les bases d’une réconciliation aussi bien sécuritaire qu’économique : coopération renforcée dans les zones frontalières, allègement des charges sur le transit des marchandises, règlement des contentieux en suspens. Les deux délégations, à en croire le ministre béninois Adjadi Bakari, n’en formaient plus qu’une seule à l’issue des échanges. Ces accords de principe prolongent l’élan diplomatique amorcé le 2 juin à Niamey, lors de la rencontre entre le président Wadagni et le général Tiani. Même s’ils  restent soumis à validation par les autorités des deux pays, ils dessinent d’ores et déjà les contours d'un rapprochement qui devrait redonner un souffle à une coopération bilatérale longtemps mise en veille.

Toutefois, le ministre nigérien de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a par ailleurs posé plusieurs conditions préalables à la réouverture de la frontière avec le Bénin. En l’espèce, Niamey exige notamment la signature d’un accord de défense ainsi que d’un accord de sécurité consacrant le principe de non-utilisation du territoire de l’un contre l’autre. Les autorités nigériennes réclament également une transparence totale sur les dispositifs militaires étrangers déployés à proximité de la zone frontalière. Enfin, le général Toumba a insisté sur la mise en place d’une cellule bilatérale de fusion de renseignements afin de renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays face aux menaces transfrontalières. Preuve s’il en était de la politique de détente en cours, Cotonou a illico presto condamné fermement l’attaque du JNIMsurvenue le 18 juin aux abords de l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey.

L’opposant Candide Azannaï en attente de son sort

Au soir de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, le président d’alors, Patrice Talon, avait martelé avec intransigeance que toutes les personnes impliquées, de près ou de loin, auraient à répondre de leurs actes devant la justice. Depuis, de nombreuses condamnations  à l’instar de celle de l’ex-député Soumaïla Sounon Boké à cinq ans ferme pour « apologie de crime contre la sûreté de l'État » et « incitation à la haine et à la violence », ont fait date. Alors que Cotonou essaie actuellement d’obtenir l’extradition de l’activiste Kémi Séba depuis l’Afrique du Sud, d’autres procès à l’interne suivent leur cours. C’est dans ce cadre que le 18 juin, l’opposant et ex-ministre Candide Azannaï a été entendu par la commission d’instruction de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Lors de cette première audition, il a été interrogé sur des faits d’atteinte à la sûreté de l’État et d’incitation à la rébellion ; accusations qu’il conteste. Détenu depuis décembre 2025, il reste poursuivi dans une procédure toujours en phase d’instruction. Du côté de la défense, l’on estime que « le dossier est vide », son avocat Aboubacar Baparapé espérant en ce sens, un non-lieu.

Entre temps, l’Agence nationale de recouvrement des avoirs confisqués et saisis du Bénin (Anracs) procédait le même jour à Ahozon (près de Ouidah), à l’incinération de plusieurs stupéfiants saisis sur le territoire national, dont 95 kg de cocaïne récemment interceptés au Port autonome de Cotonou, preuve que la capitale béninoise continue d’être un carrefour de circulation en Afrique de l’Ouest. En l’occurrence, la drogue, dissimulée dans un navire porte-conteneurs battant pavillon étranger, avait été remise à l’Ocertid (Office Central de Répression du Trafic Illicite des Drogues et des Précurseurs) pour enquête avant sa destruction, aux côtés de cannabis et de substances psychotropes issus d’autres saisies. En fin de compte, à travers ces dynamiques croisées, se dessine une configuration où la consolidation de l’autorité judiciaire et le durcissement de la lutte contre les réseaux criminels participent d’une même logique exprimée par Cotonou, de sécurisation de l’espace politique et territorial.