Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026
Depuis la réélection du président Paul Biya en octobre 2025, l’opposition camerounaise n’a cessé de s’empêtrer dans une situation laborieuse. Alors que cette dernière crut pouvoir s’appuyer sur la pression des manifestations post-électorales, le pouvoir de Yaoundé aura fermement maintenu le rapport de forces en sa faveur, à tel point que l’opposition apparaît désormais de plus en plus marginalisée sur la scène politique. Dans cette configuration, l’opposant Issa Tchiroma Bakary arrivé second à la présidentielle, tente depuis son exil en Gambie, de tenir la face, du moins, autant que faire se peut à distance. Le 15 juin, l’ancien ministre de l’Emploi a annoncé avoir déposé deux plaintes devant le tribunal judiciaire de Paris contre le président Paul Biya et une vingtaine de hauts responsables camerounais, dont le secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh. S’appuyant sur le principe de compétence universelle, il dénonce la répression ayant suivi la présidentielle de 2025 et affirme que plusieurs milliers de Camerounais restent détenus dans des conditions contraires aux droits fondamentaux. Il assure par ailleurs avoir mené depuis octobre 2025 une enquête visant à recueillir témoignages, preuves et éléments permettant d’établir les responsabilités à tous les niveaux de la chaîne de commandement.
Alors qu’à Yaoundé, l’heure est plutôt aux tractations pour la refonte de l’architecture institutionnelle, la plainte de Issa T. Bakary s’apparente-t-elle à un nouveau coup d’épée dans l’eau face à un pouvoir dont le désir de perpétuation dynastique ne rencontre actuellement aucunes forces structurées d’opposition ? Cette interrogation est d’autant plus légitime qu’au sein de l’opposition, la nécessité de se réorganiser semble être l’une des priorités. C’est en ce sens que le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de l’opposant Maurice Kamto s’emploie à restaurer l’unité du parti après les divisions provoquées par l’exclusion de sa candidature à la présidentielle. En effet, privés de leur candidat, de nombreux militants et responsables du MRC avaient alors choisi de soutenir d’autres prétendants à la magistrature suprême, notamment Issa T. Bakary ou Bello Bouba Maïgari. Cette dispersion des soutiens avait accentué les tensions au sein du parti, certains cadres allant jusqu’à s’engager activement dans les campagnes de candidats concurrents. Malgré cette volonté de rassemblement, certaines figures critiques du parti ont refusé de répondre aux convocations de la commission, illustrant la persistance de tensions internes. Le MRC espère néanmoins tourner la page des divisions nées de la présidentielle de 2025 et se repositionner comme l’une des principales forces de l’opposition camerounaise à l’approche des futures élections locales et législatives.
Yaoundé renforce sa frontière nigériane
Depuis quelques semaines, le Nigéria voisin fait face, de manière impérieuse, à une singulière résurgence de la pression des groupes terroristes et armés. Conscient de cela, le Cameroun veut se montrer prévenant. En effet, le 16 juin, Yaoundé et Abuja ont renforcé leur coopération sécuritaire avec la signature à Yaoundé d’un mémorandum d’entente en matière de défense. L’accord a été signé par le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense du Cameroun, Joseph Beti Assomo, et son homologue nigérian, le général Christopher Gwabin Musa, lors d’une cérémonie organisée au ministère camerounais de la Défense. Présentée comme une étape importante dans leurs relations bilatérales, cette initiative s’inscrit dans la volonté commune des deux pays de consolider la paix et la sécurité dans une région confrontée à de multiples défis sécuritaires, notamment les menaces transfrontalières. Les deux parties ont souligné la nécessité de renforcer la coordination entre leurs forces de défense et de sécurité ainsi que le partage de renseignements afin d’améliorer l’efficacité de la lutte contre les groupes armés et les réseaux criminels opérant de part et d’autre de la frontière. La logique de cette démarche consiste ainsi à renforcer la stabilité régionale et à promouvoir un environnement sécuritaire favorable au développement économique et social des populations des deux pays ainsi que de l’ensemble de la sous-région.