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Burkina Faso : Traoré contrôle le religieux et les médias tout en élargissant ses alliances Spécial

© OLYMPIA DE MAISMONT | Crédits : AFP © OLYMPIA DE MAISMONT | Crédits : AFP

Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026

Longtemps sujet à critiques au sein des milieux religieux notamment islamiques, la loi encadrant les libertés religieuses est pour autant passée comme une lettre à la poste. En dépit du grabuge dû à cette loi, le 20 juin, l’Assemblée législative a adopté à l’unanimité ce texte composé de 112 articles répartis en six chapitres. Selon Ouagadougou, ce nouveau dispositif vise à garantir la liberté de culte dans un État laïc tout en renforçant l’ordre public, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. Le texte introduit également un volet répressif, prévoyant des sanctions pénales et des amendes contre certaines pratiques jugées abusives liées à la religion, notamment la mendicité forcée des enfants et les manquements à la transparence financière des organisations religieuses. Le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, a justifié cette réforme par la nécessité de « lutter contre les dérives extrémistes » et de « prévenir le radicalisme religieux ». Cette adoption intervient dans un climat de tensions : le projet avait suscité fin mai la contestation de plusieurs responsables religieux, dont l’imam Kindo de la grande mosquée sunnite de Ouagadougou, arrêté peu après.

Des manifestations de fidèles avaient ensuite été réprimées, et aucune information n’a depuis été communiquée sur son sort. Cette fracture révèle par ailleurs les limites structurelles du pacte tacite entre le pouvoir et les milieux islamiques, sur lesquels le chef de l’Etat Ibrahim Traoré avait construit une partie de sa légitimité populaire. En se retournant contre ses alliés d’alors, il pourrait tarir une source importante de légitimité, sans pour autant résoudre le problème sécuritaire qui justifie sa démarche. Au-delà de ces tensions, cette situation met en évidence le fait que les autorités religieuses, d’abord mobilisées comme relais de stabilisation ou de mobilisation patriotique, apparaissent désormais traversées par des logiques d’autonomisation partielle. En ce sens, les frontières de la parole légitime et les conditions d’acceptabilité des normes publiques pourraient devenir un enjeu de légitimité interne autant qu’un facteur de confrontation avec le pouvoir qui entend garder le contrôle de la production de la légitimité publique.

Ouagadougou durcit le ton

Si Ouagadougou a pu faire récemment preuve de sollicitude dans sa démarche d’apaisement régional avec le voisin béninois, autant dire que la réconciliation entre le Burkina Faso et la France n’est pas pour demain. Selon une décision datée du 12 juin et rendue publique le 17 juin, le Burkina Faso a infligé, par l’intermédiaire de son Conseil supérieur de la communication, une amende de 50 millions de francs CFA au groupe Canal+ pour n’avoir pas respecté ses obligations conventionnelles de diffusion des chaînes publiques nationales. Selon le régulateur, malgré une convention signée en février 2025 et plusieurs mises en demeure, l’opérateur n’a pas pleinement garanti l’accès gratuit aux chaînes publiques (notamment la chaîne nationale), ainsi que certaines restrictions techniques comme l’activation par SMS, ayant persisté au-delà des délais impartis. Le CSC, qui s’est autosaisi du dossier, considère qu’il s’agit d’une « violation des termes de la convention » et a accordé à Canal+ un délai supplémentaire de 30 jours pour se conformer, sous peine de sanctions plus lourdes. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement de la régulation médiatique, marqué notamment par la suspension récente de la chaîne française  TV5 Monde au Burkina Faso.

La Suisse et la Mauritanie courtisent Ouagadougou

Conscient de la rapidité avec laquelle se reconfigurent les équilibres politico-sécuritaires au Sahel, il semble apparaître que nul acteur international ne veut laisser à d’autres le soin d’en façonner seul, l’issue. Moins visible que ses voisins européens, la Suisse espère toutefois se positionner. C’est en ce sens qu’il faut lire la rencontre tenue le 17 juin à Ouagadougou entre le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré et l’envoyée spéciale de la Confédération suisse pour le Sahel, Cédrine Berney. A l’issue de cet échange centré sur les évolutions sécuritaires et politiques au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les perspectives de coopération avec la Suisse, la délégation suisse a exprimé sa satisfaction de mieux appréhender les dynamiques régionales, tandis que la partie burkinabè a insisté sur les « avancées notables » dans la lutte contre le terrorisme et dénoncé des « narratifs biaisés » véhiculés, selon elle, par certains médias internationaux. Le même jour, le chef de l’Etat burkinabè a reçu en audience le ministre mauritanien de la Défense, Hanana Ould Sidi, porteur d’un message du président Mohamed El Ghazouani. Les échanges ont permis de réaffirmer la qualité des relations d’amitié et de coopération entre Ouagadougou et Nouakchott, avec une volonté commune de renforcer les concertations sur des enjeux clés tels que la sécurité, la souveraineté et l’intégration régionale.