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Côte d’Ivoire : Entre main tendue au Sahel et gestion des tensions internes Spécial

© ISSOUF SANOGO / AFP © ISSOUF SANOGO / AFP

Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026

En Afrique de l’Ouest, il semble bien que la météo géopolitique soit à la construction de passerelles et de ponts, indépendamment des différends politiques. Le récent marathon diplomatique du président béninois Romuald Wadagni en fournit déjà un exemple patent. Bien qu’elle n’ait jamais véritablement fermé la porte aux discussions, la Côte d’Ivoire cherche maintenant à s'établir en médiateur de poids dans l’architecture régionale de stabilité. Ainsi en marge du salon Eurosatory en France consacré aux industries de défense, le ministre ivoirien de la Défense Téné Birahima Ouattara a affirmé le 17 juin, qu’Abidjan se disait prêt à reprendre une coopération sécuritaire avec le Mali et le Burkina Faso, dans un contexte marqué par la persistance de la menace terroriste au Sahel. Selon lui, la lutte contre les groupes armés nécessite une « mutualisation des forces », dans la mesure où aucun État ne peut y faire face isolément. Enfin, il  a évoqué la possibilité de relancer des opérations conjointes entre les trois pays, interrompues d’après ses mots, de manière « brutale » en 2024. Tout en se disant « sincèrement prêt » à renouer cette coopération si Bamako et Ouagadougou en expriment la volonté, le ministre a rappelé que la Côte d’Ivoire continue de s’appuyer sur une stratégie combinant déploiement militaire dans le nord du pays et coopération internationale, notamment avec la France, qualifiée de « partenaire privilégié » en matière de formation, de renseignement et d’équipements. En attendant la réponse des pays concernés, cette main tendue à l’instar de celle-ci du Bénin constitue une bonne nouvelle pour les perspectives de sécurisation, même si elle s’inscrit davantage dans une veine de pragmatisme où les pays de l’Afrique de l’Ouest semble être « condamnés à travailler ensemble » comme l’a répété le président béninois Wadagni.

Parallèlement, le ministre ivoirien, Téné Birahima Ouattara, a par ailleurs été reçu le 17 juin à Matignon par le Premier ministre français Sébastien Lecornu, dans le cadre d’une rencontre qualifiée de stratégique pour les relations bilatérales entre Abidjan et Paris. Les échanges ont porté sur les enjeux de défense et la consolidation d’un partenariat déjà jugé solide, tout en ouvrant la voie à de nouvelles perspectives de coopération. Selon les deux parties, cette rencontre a permis de réaffirmer la profondeur des liens historiques entre la Côte d’Ivoire et la France et d’explorer de nouveaux axes de partenariat stratégique. Téné Birahima Ouattara a, à cette occasion, salué la qualité et la stabilité de cette coopération, notamment dans le domaine de la défense, confirmant la volonté d’Abidjan de renforcer davantage ses relations avec Paris. C’est donc dire que la ligne directrice ivoirienne est limpide : tout partenaire susceptible de renforcer sa stabilité est le bienvenu.

Démolitions à Abidjan, une enquête ouverte

Pour nombre d’habitants à Abidjan, le mois de juin avait débuté par une série de déguerpissements qui a, comme à l’accoutumée, fut l’objet de nombreuses critiques. Après que de nombreuses voix se soient érigées contre la violence des démolitions, la Haute autorité pour la bonne gouvernance (HABG) a annoncé le 19 juin l’ouverture d’une enquête après la démolition, de plusieurs habitations et commerces dans le quartier Campement à Koumassi, à la suite d’opérations menées sans autorisation par un particulier actuellement recherché. L’affaire suscite des interrogations sur la régularité de l’occupation foncière et sur les conditions dans lesquelles l’intéressé, Jacques Brou, aurait pu revendiquer environ 34 hectares de terrain, alors même qu’il occupait auparavant des fonctions d’élu local. Le président de la HABG, Épiphane Zoro Bi, s’interroge notamment sur un possible cas d’« enrichissement illicite » ou de « conflit d’intérêt », l’enquête devant s’appuyer sur les titres fonciers et les archives administratives pour établir les responsabilités. En attendant les conclusions, des appels ont été lancés, notamment par l’ancien président Laurent Gbagbo, pour une prise en charge des familles déplacées, à travers des solutions d’hébergement provisoire.