Timbuktu Institute semaine 1 - Juillet 2026
Au Cameroun, le gouvernement avance à pas feutrés vers un projet de refonte intentionnelle. A l’horizon : l’inévitable équation de l’après Paul Biya, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis plus de 43 ans. Depuis l’adoption d’une révision constitutionnelle instaurant un poste de vice-président de la République, devenant l'échelon désigné pour assurer la continuité de l'exécutif en cas de vacance du pouvoir, les spéculations prolifèrent. Ceci d’autant plus que le nom de Franck Biya, fils du président, revient souvent parmi les prétendants au poste. Mais depuis peu, c’est une vive polémique qui secoue le pays après la révélation d'une tentative de diffusion d'un prétendu décret présidentiel portant nomination d'un vice-président. En effet, le 12 juin dernier, un individu s'est présenté au siège de la CRTV (l'organisme public camerounais de radio-télévision) à Yaoundé pour y déposer un pli contenant ce document, revêtu en apparence des sceaux officiels de la présidence et d'une signature attribuée au président Biya. Le texte n'ayant pas été diffusé par la télévision publique, l'affaire n'a été rendue publique que plusieurs jours plus tard, suscitant d'intenses spéculations dans les médias et sur les réseaux sociaux. Certains observateurs y ont vu une possible tentative de déstabilisation institutionnelle. Face à la controverse, le gouvernement a publié, le 30 juin, un communiqué rappelant que la publication des actes officiels est encadrée par des procédures strictes, particulièrement lorsqu'il s'agit d'un décret présidentiel d'une telle portée. L'auteur présumé du dépôt du document a été interpellé et une enquête a été ouverte.
Ce faisant, cette dernière a pris une nouvelle dimension. Les investigations, conduites par le Secrétariat d'État à la Défense (SED) et la Direction de la sécurité présidentielle (DSP) sur instruction du président Biya, cherchent désormais à déterminer si Johann Sitchom, arrêté après avoir déposé les faux documents à la CRTV le 12 juin, a agi seul ou dans le cadre d'une opération plus organisée. Si la famille du suspect évoque un état de vulnérabilité psychologique ayant facilité sa manipulation, plusieurs sources sécuritaires privilégient désormais l'hypothèse d'une tentative de « coup d'État institutionnel ». Selon des informations de Jeune Afrique, l’affaire s'est complexifiée avec l'apparition du nom d'Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil de la présidence, qui aurait figuré comme futur vice-président dans l'une des versions du faux décret. Bien que l'intéressé rejette toute implication et dénonce un complot lié aux rivalités entourant la succession de Biya, son nom est désormais au cœur de l'enquête. Les autorités poursuivent les auditions de plusieurs protagonistes afin d'établir les responsabilités dans cette affaire, qui met en lumière les tensions et les luttes d'influence au sein de l'entourage présidentiel camerounais, sur fond de spéculations autour de la succession de Paul Biya.
A l’Extrême-Nord, la double humanitaire et sécuritaire
Selon une évaluation publiée fin juin par le Réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS NET), la crise alimentaire devrait se poursuivre au Cameroun au moins jusqu'en septembre, les faibles perspectives de récolte ne permettant pas aux ménages les plus vulnérables de sortir d'une situation de crise. Dans les régions les plus affectées par l'insécurité, notamment l'Extrême-Nord, les violences des groupes armés ont perturbé les activités agricoles, empêchant de nombreuses familles de préparer leurs terres pour la principale campagne culturale. Cette situation est aggravée par la période de soudure, la hausse des prix des denrées alimentaires, la faiblesse des revenus agricoles et les risques d'inondations saisonnières, susceptibles d'accentuer les déplacements de populations.
Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest bénéficient d'un léger répit grâce aux récoltes de juin, mais plusieurs départements demeurent fortement affectés par les violences des groupes séparatistes. Dans les centres urbains, notamment à Yaoundé et Douala, les ménages les plus pauvres et les personnes déplacées subissent également les effets de l'inflation alimentaire. Alors que les besoins humanitaires atteignent leur niveau le plus élevé de l'année, les organisations d'assistance font face à un important déficit de financement. Selon les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM) et de ses partenaires, près de 2,9 millions de personnes pourraient être confrontées à l'insécurité alimentaire au Cameroun en 2026.
Sur le plan sécuritaire, les populations de l’Extrême Nord continuent de subir la pression des groupes terroristes. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, une attaque attribuée à Boko Haram a coûté la vie à neuf civils dans le village de Milari, situé à proximité de Kousseri, dans la région de l'Extrême-Nord. Menée à l'arme blanche et à l'arme à feu, l'offensive a également fait neuf blessés, dont plusieurs dans un état grave. Selon des sources sécuritaires et des témoignages locaux, les assaillants auraient agi en représailles à la découverte, quelques jours auparavant, d'une importante cache d'armes remise aux autorités par les habitants du village. Cette attaque, l'une des plus meurtrières enregistrées ces derniers mois dans la région, intervient dans un contexte de recrudescence des violences de Boko Haram dans le département du Logone-et-Chari, à la frontière avec le Tchad. Elle a ravivé un climat de peur parmi les populations, poussant de nombreuses familles à limiter leurs déplacements et à abandonner temporairement leurs activités agricoles, pastorales et de pêche par crainte de nouvelles représailles.