Timbuktu Institute semaine 1 Juillet 2026
Depuis la consolidation du président Faure Gnassingbé au sommet de l’Etat avec le passage d’un régime présidentiel à un régime parlementaire, l’opposition togolaise n’a cessé de contester la légitimité du nouveau pouvoir. Jusqu’à parfois – il faut le dire – faire parfois montre d’une certaine impuissance. Toutefois, depuis l’arrêt rendu par la Cour de justice de la Cedeao qualifie la révision constitutionnelle togolaise de mars 2024 de « changement inconstitutionnel de gouvernement », il semble bien que l’opposition politique apparaisse ragaillardie. Le 30 juin, la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) a boycotté la deuxième session du Cadre permanent de concertation (CPC), qui a eu lieu du 1er au 3 juillet, estimant que ce cadre de dialogue ne répond plus à la gravité de la crise politique et institutionnelle que traverse le Togo. Pour la DMP, cette décision conforte sa dénonciation d'un « coup d'État institutionnel » et renforce la nécessité de remettre en cause la réforme constitutionnelle. La coalition estime que la priorité nationale ne réside plus dans la poursuite des travaux du CPC, mais dans l'ouverture d'une transition politique inclusive destinée à restaurer la légalité constitutionnelle, refonder les institutions et rétablir la confiance entre les acteurs politiques. Réaffirmant son retrait du CPC annoncé en juillet 2025, la DMP maintient également ses revendications en faveur de la libération des prisonniers politiques, de l'abandon de la Ve République, du départ de Faure Gnassingbé du pouvoir et d'une amélioration des conditions de vie de la population. Elle considère enfin que le CPC est devenu un cadre de concertation dépourvu d'efficacité, incapable de traiter les principaux enjeux de la crise togolaise.
De même, dans un communiqué publié le 1er juillet 2026 , le mouvement Freedom Togo–Mouvement de Libération Nationale (MLN) a salué l'arrêt de la Cour de justice de la Cedeao ; le mouvement estimant que cette décision conforte ses accusations d'« illégalité » et d'« illégitimité » du nouveau cadre constitutionnel. S'appuyant sur cette décision de la juridiction communautaire, Freedom Togo-MLN a appelé à une mobilisation renforcée des partis d'opposition, des organisations de la société civile, des syndicats, des étudiants ainsi que des forces de défense et de sécurité, en faveur d'une alternance politique. Le mouvement exhorte également la communauté internationale à accroître la pression sur les autorités togolaises afin d'obtenir le départ du pouvoir en place et l'ouverture d'un processus de restauration de l'ordre constitutionnel et démocratique. Même son de cloche chez la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), qui le même jour, a annoncé une double offensive, à la fois « juridique et spirituelle », visant à obtenir ce qu’elle présente comme la restauration de la légitimité politique issue de la présidentielle togolaise du 22 février 2020. Sur le plan judiciaire, le mouvement a apporté son soutien à la saisine de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) afin d’explorer les recours nationaux et internationaux à la suite du second arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO, rendu le 29 janvier 2026, que la DMK interprète comme une reconnaissance du caractère inconstitutionnel de la réforme institutionnelle adoptée en 2024. Ainsi, il apparaît que l’opposition togolaise semble reprendre du poil de la bête suite à l’importante décision – bien que non contraignante – de la Cour de la Cedeao. Cependant, à l’heure actuelle, dans quelles mesures lesquelles cette nouvelle pression pourrait-elle faire vaciller les fondations du pouvoir de Faure Gnassingbé ? Cette question est d’autant plus pertinente que dans la configuration politique présente, l’épaisseur des brèches en ce sens, reste étroite. En tous les cas, cette séquence inaugure un possible nouveau souffle de la contestation socio-politique, dans un pays qui a manifestement connu un rétrécissement continu de son espace civique, au cours de ces dernières années.
Inondations meurtrières
Dans le même temps, le Togo n’est pas épargné des inondations qui secouent actuellement plusieurs pays de la sous-région. Dans un communiqué publié le 4 juillet, le gouvernement togolais a fait état d'un bilan provisoire de cinq morts à la suite des fortes pluies des 28 et 29 juin, qui ont touché les régions Maritime, des Plateaux, Centrale ainsi que le District autonome du Grand Lomé (DAGL). Les précipitations, qualifiées d'exceptionnelles à l'échelle des pays du Golfe de Guinée, ont provoqué d'importants dégâts matériels et perturbé les déplacements. Face à cette situation, les autorités ont activé le Plan ORSEC, sous la coordination de l'Agence nationale de protection civile (ANPC), afin de conduire les opérations de secours avec l'appui des forces de défense et de sécurité.
Tout en présentant leurs condoléances aux familles des victimes, les autorités ont indiqué qu'une évaluation multisectorielle des dégâts était en cours afin d'orienter les mesures d'assistance aux populations sinistrées. Le gouvernement a également appelé les citoyens à renforcer les mesures de prévention, notamment par l'entretien des ouvrages de drainage, le curage des caniveaux, la libération des voies naturelles d'écoulement des eaux et une meilleure gestion des déchets, dans un contexte où les fortes précipitations continuent d'affecter plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.