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Tchad : N’Djamena entre crises et diversification des partenariats Spécial

Timbuktu Institute semaine 1 Juillet 2026

Plus d'une décennie après l'irruption de Boko Haram, le bassin du lac Tchad demeure un foyer d'instabilité chronique, où les incursions jihadistes continuent de dicter le quotidien des populations. Ainsi, la situation sécuritaire continue de s’y dégrader, aggravant une crise humanitaire déjà profonde. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 3,5 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées de force au Cameroun, au Tchad, au Niger et au Nigeria, tandis que plus de 8 millions de personnes nécessitent une assistance humanitaire. Entre janvier 2024 et avril 2026, les incidents sécuritaires ont connu une hausse significative, avec une multiplication des attaques contre les civils, des enlèvements et des affrontements impliquant des groupes armés comme Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). L’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, demeure l’épicentre de cette violence, entraînant de nouveaux déplacements vers les pays voisins, notamment le Niger et le Tchad. La crise affecte particulièrement les populations vulnérables : les femmes et les enfants sont exposés à des risques accrus de violences et de rupture des services essentiels, tandis que la fermeture des écoles prive des milliers d’enfants d’éducation. Face à l’ampleur des besoins, le HCR alerte sur l’insuffisance des financements humanitaires et appelle à un soutien international renforcé afin d’éviter une aggravation durable de l’instabilité dans la région.

Pendant ce temps, les inondations sévissent dans le pays, notamment dans la capitale. Face aux risques persistants d’inondations à N’Djamena, le Premier ministre Allah-Maye Halina a effectué, le 30 juin, une visite de terrain dans plusieurs quartiers de la capitale afin d’évaluer les dispositifs de prévention et les zones les plus touchées. Après les fortes pluies enregistrées récemment, il a constaté l’obstruction de plusieurs caniveaux et l’insuffisance des travaux d’entretien des infrastructures hydrauliques, dénonçant notamment les défaillances du Comité national de gestion et de prévention des inondations. Des mesures urgentes ont été ordonnées, notamment le désensablement des ouvrages d’évacuation des eaux et l’accélération des travaux liés à la digue de Walia, dont l’absence partielle avait contribué aux graves inondations de 2024. Le chef du gouvernement a également appelé les autorités locales à privilégier une approche préventive et permanente, estimant que la gestion des risques ne devait pas se limiter aux périodes de fortes pluies.

N’Djamena consolide ses alliances

Au plan externe, le Tchad multiplie les démarches de coopération internationale. Ainsi, le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno a été reçu, le 30 juin à Abu Dhabi, par son homologue émirati Cheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan, dans le cadre d’une rencontre consacrée au renforcement de la coopération stratégique entre le Tchad et les Émirats arabes unis. Les deux dirigeants ont notamment évalué l’état d’avancement des engagements liés au Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », dont le forum de financement s’était tenu en novembre 2025 à Abu Dhabi. Les discussions ont également porté sur plusieurs projets soutenus par les Émirats dans les domaines de l’énergie, de la santé, du développement social et de l’aide humanitaire, ainsi que sur des enjeux régionaux et internationaux d’intérêt commun.

Par ailleurs, dans cette veine que le gouvernement a renoué sa coopération avec l’ONG sud-africaine African Parks Network (APN) à travers de nouveaux accords portant sur la gestion de quatre grandes aires protégées du pays : le parc national de Zakouma, le parc de Siniaka-Minia, la réserve de l’Aouk et la réserve naturelle et culturelle de l’Ennedi. Cette signature intervient après une période de tensions marquée par la décision des autorités tchadiennes, en octobre 2025, de mettre fin aux précédents accords de partenariat, avant l’ouverture de nouvelles négociations. Le nouveau cadre de coopération prévoit un rôle accru de l’État dans le pilotage et le contrôle des espaces protégés, une gouvernance financière renforcée ainsi qu’une implication plus importante des collectivités locales. Les autorités mettent également en avant des engagements en faveur de la transparence, du développement de l’écotourisme, du soutien aux communautés riveraines et de la lutte contre le braconnage. Ce partenariat renouvelé vise ainsi à concilier préservation de la biodiversité, valorisation économique des ressources naturelles et renforcement de la souveraineté nationale dans la gestion des aires protégées.