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Côte d’Ivoire : l’opposition en recomposition face à un climat politique en détente Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026

Près de huit mois après une présidentielle qui a durablement rebattu les cartes du paysage politique ivoirien, l'opposition continue de chercher les voies de sa recomposition, entre initiatives destinées à pallier son absence institutionnelle et fractures internes révélatrices de choix stratégiques contestés. Le Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo en offre, pour le coup, une illustration directe. Privé de représentation à l'Assemblée nationale après avoir boycotté les législatives de décembre 2025, le parti a annoncé la création d'un Observatoire des décisions parlementaires, structure de neuf membres se présentant comme un organe de « veille et de contre-proposition parlementaire », chargé de suivre les travaux des députés, d'analyser les textes en discussion et de formuler, si nécessaire, des amendements ou contre-propositions. Si le PPA-CI y voit un moyen de maintenir son influence sur le débat national par un contrôle citoyen de l'action parlementaire, des observateurs jugent que la portée de l'initiative pourrait rester limitée, faute d'élus capables de peser directement dans l'hémicycle. Un constat qui, en creux, valide les critiques adressées au choix stratégique du boycott.

Cette difficulté à transformer l'influence militante en poids institutionnel a d'ailleurs nourri des fractures internes dans l’opposition politique dont Ahoua Don Mello constitue la démonstration la plus nette. Radié du PPA-CI en mai 2026, avec plusieurs autres cadres, pour avoir participé à la présidentielle de 2025 malgré la consigne de boycott de Laurent Gbagbo, l'ancien vice-président chargé des projets stratégiques du parti prépare désormais le lancement de sa propre formation, « La Côte d'Ivoire souveraine » (CIS), dont le congrès fondateur (le « congrès des pionniers ») est attendu en octobre 2026. Une réunion stratégique tenue le 11 juillet à Abidjan en a fixé les grandes orientations, jusqu'aux couleurs officielles, rouge et bleu, tandis que plusieurs délégations étrangères, notamment russes, sont annoncées pour le lancement. Positionné sur une ligne souverainiste et panafricaniste, le nouveau parti ambitionne de rassembler cadres politiques, élus et investisseurs issus d'horizons variés, des ralliements encore confidentiels devant être annoncés prochainement. Signe qu'au-delà de la rupture personnelle avec Gbagbo, l’on voit poindre un nouveau pôle souverainiste qui cherche à s'installer dans le paysage ivoirien.

Ce même 11 juillet, à Abidjan, un autre parti d'opposition, Pro-Côte d'Ivoire, tenait son congrès pour dévoiler un programme construit autour de l'entrepreneuriat et de la création d'emplois. Porté par son président Kévin Fiéni, qui défend un projet de transformation du pays en République fédérale, ce programme entend réduire les contraintes économiques pesant sur les initiatives privées à savoir la limitation de la caution et des avances locatives, baisse des loyers, suppression des « pas de porte », allègement des taxes sur les commerçants et entrepreneurs au nom d'une philosophie résumée par la formule de Fiéni : « rien que par le travail, on obtient ce qu'on veut ». Le parti a également annoncé la publication prochaine de résultats concrets en matière d'employabilité et plaidé pour un système électoral « infalsifiable », condition, selon lui, d'une réforme structurelle garantissant la transparence des scrutins à venir.

Détente du progressive climat politique

Cela étant, cette effervescence partisane, qui traduit une opposition en pleine recomposition, s'accompagne d'un geste que d'aucuns pourraient lire comme un signal d'apaisement de la part du pouvoir. En ce sens, six responsables locaux du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), arrêtés entre fin septembre et début octobre 2025 en pleine campagne présidentielle, ont été libérés le 20 juillet 2026 après neuf mois de détention, à l'issue d'une audience de la chambre antiterroriste dont les motifs n'ont pas été précisés. Leur avocat, Me Ange Rodrigue Dadjé, a confirmé leur retour à domicile, dans le prolongement d'une série de remises en liberté progressives touchant plusieurs militants du PDCI ainsi que des proches du camp de Laurent Gbagbo, dont l'ancien ministre Moïse Lida Kouassi et le cybermilitant Ibrahim Zigui. Les autorités ivoiriennes, qui avaient toujours défendu le caractère judiciaire et non politique de ces arrestations, laissent ainsi se dessiner un climat plus apaisé ; sans que cela efface la mémoire d'un contexte électoral qui aura vu l'opposition, sous ses différentes formes, chercher les moyens de se réinventer face à un pouvoir en position de force. Reste à savoir si cette accalmie judiciaire traduit une inflexion durable du pouvoir à l'égard de ses opposants, ou si elle n'est que la parenthèse d'un cycle politique appelé, à l'approche des prochaines échéances, à se retendre.