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« Cheikh El Hadji Malick Sy, un soufisme de conscience et d'espérance » : quand la pensée de Maodo dialogue avec notre temps Spécial

Timbuktu Institute 

Et si la vraie victoire n'était pas celle remportée sur les autres, mais sur soi-même et sur l’ego ? À partir de trois œuvres majeures du grand guide spirituel soufi Cheikh El Hadji Malick Sy, sur l’ascèse, la miséricorde et l’espérance, cet essai interroge notre rapport à la spiritualité, à l'identité, à l'individualisme à la finitude et à l'espoir : peut-on espérer sans naïveté, douter sans jamais désespérer ? Et si la conscience de notre fragilité était, en réalité, le chemin vers une paix intérieure authentique ?

Dans son nouvel essai, Cheikh El Hadji Malick Sy, un soufisme de conscience et d'espérance, Dr Bakary Sambe propose une lecture inédite de trois textes de haute facture poétique de Seydi El Hadji Malick Sy, longtemps restés à la marge des études consacrées au grand guide spirituel soufi. Un ouvrage salué, dans sa préface, par Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al-Amine, qui y voit un livre appartenant à cette catégorie rare de textes qui « la font revivre », plutôt que de se contenter de commenter une œuvre.

Une double fidélité, au concept et au contexte

Ce qui distingue ce travail, selon le préfacier, c'est sa capacité à tenir ensemble deux exigences rarement conciliées. D'une part, l'auteur maîtrise avec précision l'architecture doctrinale du soufisme malikien à savoir le zuhd, la trilogie mushârata-murâqaba-muhâsaba (conditionnalité, auto-vigilance, redevabilité), l'articulation entre hâl et himma, l'équilibre entre crainte et espérance. D'autre part, il refuse de laisser cette conceptualisation « se refermer sur elle-même », la reconduisant sans cesse vers Tivaouane et vers la geste concrète d'un homme qui, dès 1902, a fait de l'ascèse la plus haute « un principe d'engagement social et non un motif de retrait ». C'est cette tension féconde entre le texte et l'homme qui l'a vécu qui donne à l'essai, selon les mots du préfacier, « sa force singulière », méritant d'être saluée comme « un véritable renouvellement des études malikiennes ».

Une démarche audacieuse, mais fidèle à l'esprit de Maodo

La préface ne cache pas qu'une telle entreprise comportait un risque : celui de sortir l'œuvre de Cheikh El Hadji Malick Sy des sentiers balisés par la tradition confrérique. Mais en interrogeant les textes de Maodo à la lumière des grandes questions contemporaines sur le sens du renoncement et la place de l'espérance, Bakary Sambe aurait su, au contraire, révéler « une profondeur que même ceux qui ont grandi dans cet héritage redécouvriront avec émotion ».

Un livre pour notre époque

Au-delà de sa rigueur herméneutique, c'est le moment choisi pour la parution de cet essai qui en fait, selon le préfacier, toute la pertinence. Nous vivons, écrit-il, « un temps saturé de matériel et travaillé, en profondeur, par l'orgueil ». Face à cette époque marquée par l'avoir, l'image et la performance exhibée, l'enseignement de Maodo « n'est pas un supplément d'âme facultatif ; il est un abri nécessaire ». Le préfacier file une image forte pour décrire le zuhd, ce détachement actif enseigné par Cheikh El Hadji Malick Sy : il fonctionne comme « un parasol », non pour soustraire l'homme au monde, mais pour lui permettre d'y marcher « sans s'y consumer ». Une leçon que l'ouvrage restitue avec ce que le préfacier appelle « une clarté salutaire » : le renoncement véritable ne se mesure pas à ce que l'on quitte, mais à la place qu'on refuse de laisser prendre, en soi, à ce qu'on n'a pas quitté.

Une spiritualité d'engagement, non de fuite

L'essai insiste sur un point central : la spiritualité de Cheikh El Hadji Malick Sy n'a jamais été une invitation à fuir le monde. L'ascèse qu'il décrit dans ses poèmes appelle au contraire à s'y tenir debout, avec lucidité et humilité, sans se laisser emporter par les vanités ni écraser par les épreuves. Une leçon que le préfacier juge « d'une actualité saisissante » pour une époque où tant d'hommes et de femmes cherchent un chemin entre l'agitation du monde moderne et le besoin persistant de sens. Rendre cette leçon accessible à un public qui ne maîtrise pas nécessairement l'arabe classique constitue, selon lui, « un service rendu » à tous ceux qui cherchent, de bonne foi, à comprendre ce que le soufisme sénégalais a d'unique à offrir.

Une pensée mise en dialogue

Loin de refermer la pensée de Maodo sur elle-même, l'ouvrage la met en conversation avec d'autres voix et d'autres traditions spirituelles. Il montre que l'espérance dont parlait Cheikh El Hadji Malick Sy, cette confiance en une miséricorde qui n'exclut personne, n'est pas un particularisme réservé aux seuls disciples de la Tijâniyya, mais une réponse qui peut parler à quiconque s'interroge sincèrement sur la condition humaine. C'est cette dimension d'universalité, « patiemment mise au jour page après page », qui donne à l'essai, conclut le préfacier, « toute sa valeur et toute son actualité ».

L’ouvrage Cheikh El Hadji Malick Sy, un soufisme de conscience et d'espérance s'adresse, selon les mots mêmes de la préface, à quiconque « cherche moins une nostalgie confrérique qu'une boussole pour s'orienter dans un monde avec discernement, humilité, rigueur et espérance ».