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Cameroun : opposition muselée, institutions fragilisées Spécial

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Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026 

Depuis la réélection de Paul Biya l’an dernier, l’opposition camerounaise connaît une relative traversée du désert. Contrôlée voire parfois empêchée, elle cherche depuis, tant bien que mal, à se ménager des marges de manœuvres. C’est dans ce contexte que la rentrée politique camerounaise s’est ouverte sur une séquence quelque peu surprenante. La démission, le 8 septembre, de l’opposant Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), accompagnée de celle de son premier vice-président Mamadou Mota, intervient alors que le principal parti d’opposition prépare son retour dans le jeu électoral, après avoir boycotté les élections locales de 2020. Dans une lettre laconique, Kamto invoque « l’intérêt supérieur » de son parti, de ses militants et du « Peuple du Changement », sans préciser davantage les raisons de son retrait. Mota s’est montré plus explicite, dénonçant le « harcèlement constant de l’administration camerounaise » et expliquant vouloir se mettre en retrait pour éviter de fournir au pouvoir un « sujet de focalisation » susceptible d’entraver les activités du MRC. Mais à l’ombre de cette double  démission se profile une équation politique complexe : préserver les chances électorales du parti tout en desserrant la pression administrative et judiciaire qui s’exerce sur ses principales figures.

L’opposition joue des coudes

La décision de Maurice Kamto intervient après plusieurs mois de contestation autour de son retour à la tête du MRC. Consacrée par une convention en décembre 2025, cette réinstallation avait fait l’objet de deux recours introduits par d’anciens militants du parti. Surtout, le 19 août dernier, le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, avait indiqué au secrétaire général du MRC qu’il n’avait pas jugé opportun de « prendre acte » de cette convention, alimentant les interrogations sur la reconnaissance du leadership de Kamto et par ricochet, sur la participation du parti aux prochaines échéances. Des responsables du camp présidentiel avaient même présenté publiquement le départ de l’ancien candidat à la présidentielle comme une condition à la participation du MRC aux scrutins à venir. Dans ces conditions, le retrait de Kamto peut apparaître comme un choix tactique. Les législatives et municipales prévues début 2027 constituent en effet un enjeu majeur pour une formation qui pourrait devenir le principal adversaire du parti au pouvoir le RDPC, après le retrait annoncé d’Issa Tchiroma Bakary. Cela étant, il convient de préciser que Kamto et Mota ne quittent pas le MRC. En attendant une nouvelle convention extraordinaire, convoquée le 10 octobre à Yaoundé, la deuxième vice-présidente Balbine Tiriane Noah assure la direction du parti. Cette solution permet de maintenir la machine électorale en mouvement, mais elle ne règle pas la question du leadership. Dans les rangs du MRC, certains présentent le départ des deux hommes comme un sacrifice consenti pour sauver les intérêts de la formation. D’autres y voient une séquence inédite qui pourrait contraindre l’opposition à repenser ses équilibres. Le pari est donc clair : retirer du premier plan les deux personnalités autour desquelles se concentrent les tensions avec l’administration, sans renoncer à la bataille électorale.

La crédibilité de l’État à l’épreuve

Cette séquence politique intervient alors que Yaoundé cherche parallèlement à reprendre le contrôle de ses équilibres financiers. Depuis août, le ministère des Finances conduit un audit de la « dette flottante » accumulée entre 2020 et 2025 par les administrations, entreprises publiques, universités et collectivités. Les créances concernées vont des rappels et primes dus aux fonctionnaires aux factures de fournisseurs et prestataires, en passant par des dettes académiques, sociales ou locatives. Les dossiers doivent être transmis à la Direction générale du budget avant le 31 octobre. L’exercice fait écho à un précédent audit réalisé en 2020 sur la période 2000-2019, qui avait établi un stock de 752,1 milliards de francs CFA, dont près des deux tiers ont depuis été apurés. Il avait toutefois également révélé l’existence de milliers de créances entachées de doublons ou de falsifications. Par ailleurs, ce nouvel audit vise aussi à établir avec davantage de précision l’étendue des engagements de l’État et à renforcer la crédibilité de leur gestion, alors que Yaoundé négocie un nouveau programme avec le FMI.

Parallèlement, c’est sur ce même terrain de la crédibilité institutionnelle que vient se greffer une autre affaire, autrement plus troublante du cambriolage du Tribunal criminel spécial (TCS) à Yaoundé, survenue dans la nuit du 29 au 30 août. Les cambrioleurs auraient emporté un ordinateur et une somme d’argent relativement modeste. Mais l’intrusion prend une tout autre dimension depuis que le greffier en chef Joel Tsik, en poste depuis la création du TCS il y a quatorze ans et arrivé à l’âge de la retraite en juin, demeure injoignable après avoir invoqué des problèmes de santé. Lui seul détiendrait la clé du coffre où sont conservés les scellés, les pièces à conviction, des objets de valeur, des documents sensibles et des espèces provenant notamment de procédures de plaider-coupable. Selon Jeune Afrique, plusieurs milliards de francs CFA pourraient se trouver dans ce coffre, issus notamment de procédures impliquant d’anciens responsables condamnés pour détournement de fonds publics. Rien ne permet à ce stade d’établir qu’une telle somme a disparu. Mais l’impossibilité de vérifier le contenu du coffre semble déjà nourrir l’hypothèse d’un vol plus important que celui constaté lors du cambriolage. La hiérarchie du tribunal a finalement saisi le ministre de la Justice, Laurent Esso, afin de lui faire part de ses soupçons. Si les faits étaient confirmés, l’affaire aurait une portée symbolique particulièrement lourde pour une juridiction créée précisément pour lutter contre les détournements de fonds publics.

Dans un certaine mesure, un certain paradoxe camerounais pourrait résider en ceci : à mesure que le pouvoir verrouille les espaces de contestation, il est aussi confronté à des signes de fragilité dans les institutions chargées d’incarner son autorité. L’opposition peut être contenue, mais elle ne disparaît pas ; les mécanismes administratifs peuvent être mobilisés pour encadrer le jeu politique, sans pour autant dissiper les soupçons qui entourent désormais le fonctionnement de l’État. À quelques mois des législatives et municipales de 2027, ces poches de tension ne peuvent qu’être de nature à interpeller. Car si le régime parvient encore à imposer les termes du jeu, il lui faudra désormais convaincre que les règles qu’il fixe restent suffisamment crédibles pour être acceptées.