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Tchad : N'Djamena veut reprendre la main, de la caserne à l'économie Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 Septembre 2026

N’Djamena cherche à reprendre prise, à la fois, sur plusieurs fronts. En effet, le haut commandement militaire semble vouloir remettre de l’ordre jusque dans les usages ordinaires de l’institution. La série de directives prises par le chef d’état-major général des armées, le général Abakar Abdelkerim Daoud est à cet égard révélatrice. D’abord, dans un document adressé le 10 septembre à l'ensemble des commandants de grandes formations, coordinateurs des opérations et directeurs, une instruction interdit désormais la circulation des véhicules militaires Toyota « troupe » dans les zones urbaines. Selon la mesure, cette interdiction vise à encadrer plus strictement l’utilisation de ces véhicules, avec quelques dérogations accordées pour les corvées ou les entraînements. L’instruction doit notamment être appliquée dans les zones du Lac, de Daboua, d’Ounianga Kebbir-Nord et du Kanem.

Le même jour, le haut commandement a interdit aux militaires de s’impliquer dans la médiation des conflits communautaires et confessionnels. L’état-major dit avoir constaté la participation de militaires de différents grades à la gestion de ces différends et rappelle que cette mission ne relève pas des prérogatives des forces de défense et de sécurité, conformément à l’ordonnance 02 portant statut général des FDS. Tout contrevenant s’expose désormais à des sanctions disciplinaires. Une troisième mesure concerne le port de l’uniforme. Le commandement militaire a constaté la présence récurrente de militaires en armes dans des bars et autres lieux publics de N’Djamena en dehors des heures de service. Le port de la tenue militaire est donc désormais interdit hors des horaires professionnels. La commission mixte de sécurité de la capitale et la police militaire ont reçu instruction d’intercepter les contrevenants, qui doivent être remis à l’état-major général des armées et exposés à des sanctions disciplinaires.

Endiguer la circulation d’armes

Cette volonté de l’Etat d’assurer son contrôle sur le territoire se retrouve également sur un autre terrain, celui de la circulation des armes. Une opération de désarmement menée pendant trois mois dans quatre provinces de l’Est a permis de saisir 3 430 armes ainsi qu’une importante quantité de munitions. Présenté le 17 septembre à la base de la Force mixte tchado-soudanaise, le bilan concerne le Ouaddaï, le Wadi Fira, le Sila et l’Ennedi-Est. Un chiffre considérable qui donne une matérialité à l’effort de reprise du contrôle sécuritaire. Selon le général Ousmane Bahr Mahamat Itno, coordonnateur général du désarmement, l’objectif est de retirer les armes détenues illégalement par les populations afin de renforcer la sécurité et la stabilité dans cette partie du pays. Cette opération de désarmement intervient d’ailleurs alors que le haut commandement cherche à empêcher les militaires de devenir des acteurs de ces conflits communautaires. La logique est double, réduire la circulation des instruments de violence tout en clarifiant les responsabilités de ceux qui sont chargés d’assurer la sécurité.

Raffermir le tissu social

Sur le plan social, la société civile s’emploie à faire émerger des mécanismes de justice transitionnelle. Le 15 septembre, à N’Djamena, des organisations de la société civile, des défenseurs des droits humains, des juristes et des représentants de victimes ont présenté un projet citoyen visant à créer une Commission nationale Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CNVJRR). L’initiative entend répondre aux traumatismes liés aux conflits, aux violences, aux disparitions et aux violations des droits humains qui ont marqué l’histoire du Tchad. Ses promoteurs estiment que les précédents accords de paix et dialogues n’ont pas permis de traiter durablement ces passifs. « Il y a quelque chose que nous n’avons pas encore essayé : le mécanisme de vérité, de justice et de réparation », a déclaré Mahamat Nour Ibedou, en défendant une démarche inspirée notamment des expériences sud-africaine et rwandaise, mais adaptée aux réalités tchadiennes. Le projet repose sur six piliers : la vérité, la justice, la guérison des traumatismes, la réparation, les réformes institutionnelles et la réconciliation.

Les organisations demandent désormais au président Mahamat Idriss Déby Itno d’institutionnaliser cette commission, en s’appuyant notamment sur l’Accord de Doha et les recommandations issues du Dialogue national inclusif et souverain. La démarche ajoute ainsi une dimension politique et mémorielle aux efforts de stabilisation. Car désarmer les communautés ou discipliner les forces de sécurité ne suffit pas nécessairement à refermer les blessures accumulées. La question demeure aussi celle de la manière dont un État peut reconnaître les violences du passé, rendre justice aux victimes et restaurer la confiance dans ses institutions.

Le pari économique

La consolidation du pays passe aussi par une autre bataille non moins urgente : celle de la transformation économique. A cet égard, N’Djamena entend mobiliser jusqu’à 30 milliards de dollars auprès d’investisseurs, notamment français, pour financer les 268 projets du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ». Le programme couvre 17 secteurs et prévoit des investissements dans l’eau, l’électricité, les infrastructures, le numérique, l’agriculture, la santé et les hydrocarbures, auxquels s’ajoutent 133 projets consacrés aux réformes structurantes. Le pari est de taille : augmenter le PIB de 60 % et sortir 2,5 millions de personnes de la pauvreté. Le gouvernement mise notamment sur les partenariats public-privé et sur l’expertise française pour accélérer la transformation économique du pays. Le forum économique Tchad-France prévu à Paris le 25 septembre 2026 doit justement permettre de mobiliser les investisseurs français autour des secteurs prioritaires du plan, parmi lesquels l’eau, l’énergie, les infrastructures, les mines, l’industrie, l’agriculture, l’élevage, la santé et la formation. Mais ici encore, le passage du discours à l’exécution constitue le véritable test. Le plan compte 268 projets et porte une ambition de transformation qui dépasse largement la seule construction d’infrastructures. Il touche à l’électricité, à l’eau, au numérique, aux transports, à l’agriculture, à la santé, aux hydrocarbures, mais aussi à la justice, à la fiscalité, à la protection sociale, à la réforme de l’État et à la décentralisation. Sous cet angle, l’enjeu pour N’Djamena reste aussi de créer les conditions permettant de transformer les engagements financiers en réalisations tangibles, dans un environnement où demeurent fortes les attentes en matière de transparence, de gouvernance et d’exécution des projets. D’autant que le pays reste confronté à une forme de prudence face aux grands programmes de développement annoncés au fil des décennies sans toujours produire les résultats espérés.