Timbuktu Institute - Semaine 3 Septembre 2026
À mesure que l’échéance présidentielle de janvier 2027 se rapproche, la compétition politique nigériane entre dans une phase où les alliances deviennent presqu’aussi déterminantes que les candidatures. Sous les dehors d’une compétition désormais établie se jouent encore des rapports de force susceptibles de redessiner les équilibres entre partis et au sein même des différentes coalitions. Déjà, la compétition est officiellement ouverte. Le 12 septembre, la Commission électorale nigériane (Inec) a publié la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle prévue le 16 janvier 2027. Dix-huit prétendants figurent sur cette liste, parmi lesquels le président sortant Bola Ahmed Tinubu, ainsi qu’Atiku Abubakar et Peter Obi, arrivés respectivement deuxième et troisième lors du scrutin de 2023. La candidature de l’ancien président Goodluck Jonathan n’a, en revanche, pas été retenue.
La publication de cette liste fixe désormais le cadre officiel de la compétition, sans pour autant mettre fin aux tractations engagées depuis plusieurs mois dans l’opposition. Aucun des principaux candidats opposés à Bola Tinubu ne s’étant désisté, les discussions autour d’une candidature commune restent à ce stade sans aboutissement. La dispersion des candidatures demeure ainsi l’une des données de cette nouvelle séquence électorale, alors même que la perspective d’un regroupement de l’opposition continue d’alimenter les négociations. Toutefois, les tensions ne se limitent pas aux formations qui cherchent à contester le pouvoir en place. Elles traversent également le camp présidentiel, où les stratégies en vue des différents scrutins de 2027 ne font pas l’unanimité.
Les équilibres du camp présidentiel à l’épreuve
À quelques mois des élections générales, des frictions apparaissent autour de la stratégie défendue par Nyesom Wike, ministre de la capitale fédérale et allié de Bola Tinubu. Wike plaide pour la constitution d’une « coalition arc-en-ciel » rassemblant des soutiens issus de différents partis afin de favoriser la réélection du président. Il propose également que l’APC (All Progressives Congress) soutienne, dans certains États, des candidats du PDP lors des élections des gouverneurs prévues en février 2027. Cette approche suscite des réserves chez plusieurs gouverneurs de l’APC. Les tensions ont été accentuées par les déclarations de Wike, qui a notamment estimé que certains d’entre eux étaient trop « paresseux » pour remporter une élection. L’ancien gouverneur de Rivers maintient néanmoins son soutien à Bola Tinubu et affirme que le PDP présentera ses propres candidats dans les différents scrutins. La proposition d’une telle architecture électorale illustre ainsi la complexité des alliances (fédérale et locale) à l’œuvre à l’approche de 2027. Les rapports entre l’APC et le PDP, tout comme les équilibres internes à chacun de ces partis, pourraient peser sur les stratégies déployées dans les États.
Permanence du front sécuritaire
Pendant que les formations politiques affinent leurs stratégies, les forces de sécurité continuent de faire face à la persistance de la menace armée dans le nord-est du pays. Le 17 septembre, les forces nigérianes de l’opération Hadin Kai ont repoussé deux attaques visant des bases militaires avancées à Gajiram et Mairari, dans l’État du Borno. À Gajiram, les assaillants ont été contraints de se retirer après une riposte combinant des moyens de renseignement et un appui aérien. À Mairari, une attaque menée par des combattants de l’ISWAP a fait quatre morts dans leurs rangs. Les forces nigérianes ont récupéré des fusils AK-47, des munitions, des roquettes RPG ainsi qu’une caméra vidéo, tandis que plusieurs militaires ont été blessés. L’armée a ensuite renforcé les positions attaquées et poursuivi les opérations de ratissage dans les zones environnantes. La même séquence a toutefois enregistré un autre développement. Le 16 septembre, deux membres du JAS, dont un commandant, se sont rendus aux forces de sécurité avec trois fusils AK-47, des munitions et une moto. Ces redditions interviennent alors que l’armée poursuit ses opérations contre les groupes armés actifs dans le bassin du lac Tchad. Elles témoignent d’une situation faite à la fois de confrontations persistantes et de tentatives de désengagement au sein des groupes armés.
Parallèlement, la lutte contre les réseaux criminels continue de constituer un autre front important pour les autorités nigérianes. Le 13 septembre, la National Drug Law Enforcement Agency (NDLEA) a annoncé avoir saisi plus de 2,3 tonnes de drogues illicites au cours d’opérations menées dans plusieurs États du pays. À Lagos, les agents ont notamment intercepté des cargaisons de cannabis synthétique « Colorado » en provenance du Royaume-Uni. Certaines étaient dissimulées dans des enceintes musicales. À Kano, 669,4 kilogrammes de capsules de prégabaline et des comprimés de diazépam avaient été cachés dans du pain. D’importantes quantités de cannabis, de tramadol et d’autres substances ont également été découvertes dans plusieurs États, donnant lieu à plusieurs arrestations. La NDLEA poursuit parallèlement ses actions de sensibilisation contre l’usage des drogues dans le cadre de la campagne WADA. Mais les opérations récentes mettent également en lumière la dimension transnationale de certains réseaux. Le 15 septembre, l’agence a ainsi annoncé le démantèlement d’un laboratoire clandestin de méthamphétamine dans l’État d’Ebonyi et l’arrestation d’un ressortissant mexicain, Arturo Carrera Loaiza, présenté comme membre d’un réseau transnational.
Abuja veut convertir son poids en capacités
Cette volonté de renforcer les capacités nationales se retrouve dans un registre très différent sur la scène internationale. Au 18e sommet des BRICS à New Delhi, le Nigeria a plaidé pour un renforcement des investissements, des infrastructures et des transferts de technologies avec les pays membres du groupe. Abuja entend notamment cibler l’agriculture, l’énergie, l’industrie, les minerais critiques, la santé et le numérique. Le gouvernement souhaite également développer les compétences numériques, l’intelligence artificielle, les fintech et la cybersécurité, avec l’ambition de mieux tirer parti de sa jeunesse et de l’importance de son marché intérieur. Le président Bola Tinubu a résumé cette orientation en déclarant qu’« une nation qui ne possède aucune technologie risque de louer son avenir ». À travers cette position, Abuja cherche à inscrire sa coopération avec les BRICS dans une logique qui dépasse les seuls échanges commerciaux. L’objectif affiché est de renforcer les capacités productives et technologiques du pays tout en attirant davantage d’investissements. Le Nigeria défend également une réforme de la gouvernance mondiale et souhaite que la coopération au sein des BRICS passe « du dialogue à l’action ». Abuja appelle ainsi à des résultats mesurables en matière d’investissements, d’emplois et de capacités productives. L’enjeu consiste désormais à convertir les ouvertures diplomatiques et économiques en infrastructures, en compétences et en activités capables de soutenir durablement l’économie nationale.