Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1
Après le pari territorial consistant à organiser le Bénin en six pôles de développement, l’Etat poursuit le renforcement de son action publique ; ce qui passe aussi par sa capacité à mobiliser les moyens nécessaires à ses ambitions de financement sur la durée. Alors que le pays cherche à consolider ses infrastructures, à élargir l’accès aux services essentiels et à soutenir l’emploi, le recours à des mécanismes associant financements concessionnels, garanties internationales et capitaux privés traduit ainsi une volonté de donner davantage d’ampleur à l’investissement public, tout en limitant l’exposition financière de l’État. C’est ainsi que Cotonou a récemment annoncé avoir conclu le 18 septembre, une opération de financement d’environ 328 milliards de FCFA, avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD) et du Fonds africain de développement (FAD). D’une maturité de douze ans, l’opération bénéficie d’une garantie partielle du FAD et d’une assurance de seconde perte apportée par la branche assurance de la Banque islamique de développement. Cette enveloppe doit soutenir plusieurs secteurs considérés comme prioritaires : santé, éducation, accès à l’eau, infrastructures, énergies renouvelables et agriculture, mais aussi l’insertion professionnelle des jeunes et des femmes. Pour Robert Masumbuko, responsable du bureau pays de la BAD, il s’agit de « mobiliser à grande échelle les ressources des marchés de capitaux ». Le mécanisme, déjà utilisé avec le Bénin en 2023, cherche à réduire le risque supporté par les prêteurs afin d’attirer des capitaux privés de long terme.
Parallèlement, cette capacité à lever des ressources s’accompagne d’une volonté plus visible de reprendre le contrôle de certains segments du territoire et de l’économie. Ainsi, dans le département du Mono, le préfet Bienvenu Milohin a conduit, le 29 septembre, une opération de contrôle des carrières dans les communes de Houéyogbé et Comé. En effet, plusieurs sites continuaient d’être exploités alors que leurs autorisations étaient arrivées à expiration. Les travaux irréguliers ont été interrompus et les autorités locales appelées à participer davantage à la surveillance. La démarche, engagée depuis 2021, prend aussi une dimension sociale puisque les jeunes employés dans ces carrières informelles sont invités à se tourner vers le programme Azôli.
La traque des circuits clandestins
Toutefois, cette reprise en main ne concerne pas uniquement les ressources naturelles. Elle touche aussi des marchés plus directement liés à la sécurité et à la santé publique. À Parakou, dans le département du Borgou, deux saisies successives ont révélé l’ampleur des circuits clandestins de munitions. Le 28 septembre, la Police républicaine a intercepté 3 250 cartouches de calibre 12 dissimulées dans des sacs transportés à moto. Le lendemain, dans une zone boisée du quartier Danmambou, un signalement anonyme a conduit les policiers vers une cache contenant 1 975 cartouches supplémentaires. Ces deux opérations portent à plus de 5 200 le nombre de cartouches saisies en quelques jours dans la même ville, après d’autres interceptions réalisées à Bétérou et sur l’axe Bétérou-Djougou. Si les enquêtes doivent encore établir l’origine des munitions, leurs destinataires et les éventuelles ramifications de ces réseaux, la répétition des saisies donne une épaisseur particulière à la question. Elle rappelle que la sécurisation du territoire ne se joue pas seulement face à des menaces identifiées aux frontières, mais aussi dans les circuits logistiques qui alimentent les économies clandestines à l’intérieur du pays.
Le même souci de contrôle apparaît dans un registre moins directement sécuritaire avec la saisie, à Massè, de 37 kg de médicaments contrefaits. L’opération a permis de remonter du transporteur vers une fournisseuse présumée, toujours recherchée. Là encore, derrière une infraction ponctuelle se dessine la question plus large de la traçabilité des produits et de la capacité des services publics à surveiller des réseaux qui échappent aux circuits réglementés. C’est donc dans ce contexte que s’inscrit le renforcement du dispositif de lutte contre la traite des personnes. Les États-Unis ont ainsi annoncé, le 2 octobre, un financement de 250 000 dollars pour améliorer le suivi des victimes, à travers des outils remis au Comité national de lutte contre la traite des personnes. Mis en œuvre par l’ONUDC, le dispositif comprend notamment un questionnaire standardisé, un guide méthodologique et un mécanisme national de référencement destiné à mieux articuler les interventions des acteurs de la sécurité, de la justice et de l’action sociale. Le choix d’outils communs traduit ici une autre forme de consolidation de l’action publique, celle de mieux connaître les victimes et suivre les dossiers devient une condition de l’efficacité du dispositif. Dans une perspective plus large, la volonté de renforcer les capacités nationales trouve également un prolongement sur la scène internationale. À la tribune de la 81è Assemblée générale des Nations unies, le 28 septembre, le Bénin a défendu une approche fondée sur la coopération sécuritaire, le multilatéralisme et le respect du droit international. Face aux menaces transfrontalières, Cotonou a mis l’accent sur la coordination entre États et le dialogue diplomatique. A cette aune, il apparaît que l’opération avec la BAD s’inscrit dans un sillage cherchant à consolider les capacités économiques et sociales susceptibles de donner davantage de prise à l’action publique. Le financement du développement, la lutte contre les économies clandestines et la coopération sécuritaire apparaissent ainsi comme les différentes faces d’une même ambition : étendre la présence effective de l’État, tout en renforçant les moyens dont il dispose pour agir.