Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1
Hommages unanimes à Sidya Touré malgré la dissolution de son parti, réquisitoire d’Alpha Condé contre la restriction des libertés, alertes des ONG sur les disparitions forcées dix-sept ans après le massacre du 28 septembre : en Guinée, la question des droits politiques et humains reste entière.
Disparition de Sidya Touré : la classe politique guinéenne salue une figure de l’opposition
L’ancien Premier ministre (1996-1999) et président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, est décédé le 25 septembre à Paris à l’âge de 81 ans. Sa disparition a suscité de nombreux hommages au sein de la classe politique guinéenne, à commencer par celui d’un autre ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, qui a salué un « compagnon de route et de lutte ». Le Premier ministre Bah Oury s’est rendu auprès de la famille du défunt pour présenter ses condoléances ainsi que celles du président de la République. Il a exprimé le vœu du gouvernement que « celui qui a voulu diriger la Guinée puisse reposer en Guinée », précisant toutefois s’en remettre à la décision de la famille. Une sollicitude qui contraste avec le sort réservé à sa formation politique : l’UFR figurait en effet parmi les quarante partis dissous en mars dernier.
Alpha Condé défend son bilan et dénonce des restrictions de l’espace politique
Dans un message publié sur Facebook, l’ancien président de la République (2010-2021) a dressé un bilan positif de sa présidence, mettant notamment en avant les réformes économiques et financières, ainsi que ses réalisations dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, des mines, de l’éducation et de la santé. Alpha Condé a dans le même temps reconnu que cette période avait été marquée par des tensions politiques et des manifestations meurtrières. Plus offensif, l’ancien président a ensuite vivement critiqué la situation politique actuelle du pays. Énumérant « la restriction de l’espace civique, l’interdiction de manifestations, les arrestations de journalistes et d’opposants, l’exil forcé de certains Guinéens, la fermeture ou la suspension de médias, ainsi que des cas de disparitions forcées en dehors de toute procédure légale et régulière et la mort suspecte de nombreux guinéens », il a repris à son compte les griefs formulés par organisations de défense des droits humains. Ce réquisitoire porte cependant le sceau de l’ambiguïté, son propre régime ayant lui aussi été soumis à des critiques comparables.
Dix-sept ans après le massacre du 28 septembre, la situation des droits humains demeure « inquiétante » selon des ONG
À l’occasion du 17ème anniversaire du massacre du stade de Conakry, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA) ont dénoncé les lenteurs du mécanisme d’indemnisation. Ainsi, sur les 334 victimes reconnues par le jugement de première instance, moins de 200 avaient été indemnisées en mai dernier. Le président de la FIDH a par ailleurs alerté sur la situation actuelle des droits humains dans le pays et qualifié les disparitions forcées de « problème majeur » pour la Guinée. Selon lui, « les autorités ne peuvent pas rester silencieuses face à ces disparitions ». Pour Alexis Deswaef, il est en effet « difficile de ne pas faire le lien » entre ces disparitions et la découverte fin août d’une fosse commune à Forécariah, où six corps ont été retrouvés les mains liées, les yeux et la bouche bandés. Reçu à ce sujet par le procureur général, le président de la FIDH a regretté que le magistrat se soit « retranché derrière le secret des enquêtes », alors qu’une vingtaine d’organisations de la société civile africaine réclament une enquête « indépendante, impartiale et transparente ».