Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1
Au Burkina Faso, les quatre ans de l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré ont été célébrés en grande pompe par la nation. En effet, la « Nuit de la Révolution progressiste populaire » a réuni des milliers d’habitants le 30 septembre dernier sur la place de la Résistance à Ouagadougou. Sous le slogan « Le peuple veille sur la révolution », les manifestants ont magnifié l’action de leur leader, l’homme du 30 septembre 2022, pendant toute la soirée festive. Pour rappel, les autorités actuelles ont pris le pouvoir dans un contexte sécuritaire assez tendu.
Entre bilan sécuritaire revendiqué…
Durant ces années de règne, ils revendiquent des succès militaires, notamment avec la reconquête d’une grande partie du territoire. Pour le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, « toutes ces victoires sur le front du développement, en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures, d’industrie, de sécurité alimentaire, etc., c’est sûr que j’en oublie. Toutes ces victoires, vous pouvez en être fiers. Parce que si nous avons réussi tout cela, c’est grâce à l’engagement et au sursaut d’un peuple entier derrière son dirigeant visionnaire. » Néanmoins, des restrictions aux libertés sont notées de la part de la société civile et des organisations internationales. En ce sens, le journaliste burkinabè Issouf Ouédraogo estime que ce bilan « n'efface pas la difficulté du pouvoir actuel à résoudre des questions cruciales liées à la lutte contre la corruption, à la liberté d'expression et aux atteintes aux droits humains ». Pour beaucoup d’observateurs, s’il est vrai que de grandes avancées ont été notées en matière de sécurité et d'élan patriotique, il n’en demeure pas moins que les droits humains doivent davantage être garantis, notamment pour les hommes politiques et les journalistes.
… et un espace civique jugé rétréci
Il est à noter que le bilan est donc mitigé. L’espace civique se rétrécit de plus en plus. À ce propos, le Front anti-putschiste a dressé une liste de 86 personnes « séquestrées ou enlevées » depuis 2022. Pour eux, « il s'agit d'une répression généralisée ». Dans les faits, il est interdit d'avoir une opinion sous ce régime », confirme l'un des auteurs de cette liste qui souhaite rester anonyme. Imaginez que, pour certains, c'est un simple commentaire sur Facebook ou WhatsApp qui a conduit à leur enlèvement ! Le drame dans cette affaire, c'est qu'avec leur généralisation, ces enlèvements et ces séquestrations sont devenus banals… » Le document intitulé « Les disparus d'Ibrahim Traoré » a été publié pour mettre en lumière, mais aussi et surtout, « dénoncer l'autoritarisme de la junte au pouvoir à Ouagadougou et honorer la mémoire de celles et ceux qui ont été victimes de sa répression ». Des accusations balayées d’un revers de main par les autorités, qui continuent de vanter leurs succès dans les domaines économique et militaire.
La souveraineté financière au service de l’effort de guerre
Toujours dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, des résultats probants ont été obtenus sur le terrain. Selon les services du ministère de l’Économie, le Fonds de soutien patriotique a mobilisé plus de 250 millions de FCFA en seulement 9 mois. Les autorités ont publié ces chiffres encourageants concernant la période du 1er janvier au 29 septembre. Il faut préciser que ce fonds, créé en 2023 pour financer la lutte contre le terrorisme et le renforcement de la défense nationale, est composé, entre autres, de prélèvements et de taxes, de prélèvements sur les produits importés, de retenues obligatoires sur les salaires des fonctionnaires, de prélèvements sur la téléphonie et la télévision, etc., afin d’assurer une souveraineté financière. Il s'agit d'une stratégie du Burkina Faso qui vise à financer lui-même une grande partie de sa sécurité. Le ministre de tutelle, Aboubakar Nacanabo, a tenu à remercier le « vaillant peuple burkinabè » pour tous les efforts consentis. En effet, ce fonds mobilise les citoyens autour de la guerre afin de financer les équipements et les approvisionnements de l’armée.
La montée en puissance d’une armée davantage spécialisée face à la menace terroriste
Dans la même perspective, les autorités intensifient les moyens déployés dans le cadre de la lutte contre les groupes armés. Le 30 septembre dernier, 136 nouveaux officiers spécialistes, formés dans 29 domaines différents, ont rejoint les Forces armées burkinabè pour renforcer leurs effectifs. Sortis de la 16ème promotion de l’Académie militaire Georges-Namoano, ces éléments viennent renforcer les capacités humaines et opérationnelles face à l’insécurité qui affecte le pays depuis plusieurs années. Le chef d’état-major général des armées, le général de division Moussa Diallo, qui est venu présider la cérémonie, a tenu à féliciter les récipiendaires et les a exhortés à « rester attachés aux valeurs d’honneur, de discipline et de loyauté ». Les autorités burkinabè semblent comprendre que cette guerre contre le terrorisme nécessite des spécialistes de tous les domaines : renseignement, cybersécurité, médecine, technologies, etc. La mise en place d’une armée de plus en plus spécialisée répond à un impératif sécuritaire.
Or burkinabè : de l’extraction à la transformation, le nouveau chantier de la souveraineté économique
Par ailleurs, la souveraineté minière a également fait l'actualité. Les autorités sont plus que jamais déterminées à faire en sorte que l’or revienne au peuple qui en est le propriétaire. Le 28 septembre, le capitaine Traoré a annoncé une nouvelle étape de la nationalisation du métal précieux au Burkina Faso. À l'occasion de l'inauguration de RAFFINOR-BF, la première raffinerie d’or du pays, il a affirmé que « désormais, l’or du Burkina Faso ne doit plus seulement être extrait dans le pays, il doit aussi être transformé, contrôlé, valorisé et certifié ». Il s'agit là d'une avancée notoire qui nécessite non seulement un courage politique, mais aussi la mise à disposition de moyens matériels, humains et financiers colossaux, ainsi que des partenariats stratégiques. Pour le leader de la transition, l’or doit participer au développement économique et social du pays en créant des richesses et des emplois. Les autorités ont compris que le fait de transformer leurs ressources ailleurs réduisait leur marge de manœuvre et freinait leur marche vers la souveraineté. De même, la nationalisation permet d’améliorer la traçabilité et de développer les compétences industrielles du pays. Cette initiative a nécessité un investissement de 11 milliards de FCFA, financé par l’État à travers la Société nationale des substances précieuses du Burkina Faso (SONASP) et des partenaires privés. Elle dispose déjà d'une fonderie, d'un laboratoire d'analyse, d'un espace sécurisé de stockage et d'une unité de bijouterie. Les défis restent l’exploitation artisanale, qu’il faut davantage encadrer, ainsi que les flux transfrontaliers et la présence de groupes armés dans certaines mines.