Timbuktu Institute – Août 2026
Le mardi 22 septembre 2026, à l’occasion de la Journée internationale de la paix, le Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies poursuivra à Genève, après Dakar et Lyon, les célébrations de son dixième anniversaire. Pour cette étape suisse, organisée dans les locaux du Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF), l’Institut a choisi d’approfondir les creusets et espaces de réflexion dans le sillage d’une édition exceptionnelle du Gingembre Littéraire, le rendez-vous culturel initié par le journaliste Gorgui Wade Ndoye. Les échanges porteront sur le thème : « Religions, traditions et médiation : les acteurs religieux et traditionnels face à l’extrémisme violent au Sahel ».
Le parcours du Timbuktu Institute s’inscrit dans une réflexion engagée dès 2012 avec la création de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. Celui-ci était né dans le contexte de la destruction de plusieurs mausolées de Tombouctou par des groupes armés, événement qui avait contribué à alerter sur l’implantation progressive, en Afrique subsaharienne, d’idéologies radicales jusque-là considérées comme relativement périphériques au monde musulman. Quatre ans plus tard, cette dynamique donne naissance au Timbuktu Institute, fondé et dirigé par le politologue Dr Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l’UGB. Le changement d’appellation intervenu par la suite, avec l’adoption du nom « African Center for Peace Studies » traduit une évolution qui n’est pas seulement sémantique. Il exprime une conception plus large de la sécurité, fondée sur l’idée que la réponse à l’extrémisme violent ne peut se réduire à l’usage de la force et que l’éducation, le dialogue, la prévention et la médiation constituent des leviers essentiels de construction de la paix.
En dix ans, l’Institut a progressivement étendu son implantation et ses activités au-delà du Sénégal. Après l’ouverture d’un bureau à Niamey, une antenne a été inaugurée à Bamako en mars 2021, avec l’appui des autorités maliennes. Recherche de terrain, plaidoyer auprès des organisations régionales et internationales, accompagnement des politiques de prévention de la radicalisation ou encore analyse des dynamiques religieuses et sécuritaires constituent désormais les principaux axes de son action dans plusieurs pays africains. Cette présence régionale a progressivement fait du Timbuktu Institute un interlocuteur reconnu sur les questions de paix, de sécurité et de prévention de l’extrémisme violent, auprès des États comme des organisations régionales et internationales.
Genève, un choix porteur de sens
Après le lancement des activités scientifiques du dixième anniversaire à Dakar et une étape à Lyon, le choix de Genève apparaît comme une nouvelle illustration du positionnement construit par l’Institut au cours de la dernière décennie : celui d’un trait d’union entre les réalités sahéliennes, les savoirs produits sur le continent et les espaces internationaux où se discutent les politiques de paix et de sécurité. Le partenariat établi à cette occasion avec le DCAF, organisation suisse spécialisée dans la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité, s’inscrit dans cette logique. Il rappelle notamment qu’une gouvernance sécuritaire efficace ne peut être pensée uniquement à partir des institutions étatiques et des dispositifs formels. Elle doit également tenir compte des acteurs qui disposent, au niveau local, d’une légitimité et d’une capacité d’influence parfois déterminantes. Le choix du Gingembre Littéraire participe de la même démarche. En réunissant des voix africaines et internationales dans un cadre moins institutionnel qu’une conférence classique, ce rendez-vous entend favoriser un dialogue où peuvent se croiser recherche, expérience de terrain et réflexion politique. Pour cette édition consacrée à la médiation religieuse, il s’agit notamment de replacer au centre de la discussion ceux qui, dans les communautés, participent concrètement à la prévention des conflits : imams, responsables religieux, chefs traditionnels, médiateurs et autres acteurs communautaires.
Un thème au cœur des défis sahéliens
La problématique retenue pour cette rencontre renvoie directement à l’une des principales problématiques de la crise sahélienne. Depuis plusieurs années, la région est confrontée à une combinaison de fragilités institutionnelles, d’expansion des groupes armés, de recompositions géopolitiques et de réduction de l’espace civique. Face à ces transformations, la réponse sécuritaire demeure souvent largement centrée sur les instruments militaires, alors même que la prévention et la résolution des conflits reposent aussi sur des ressources sociales et communautaires. Dans de nombreux territoires, les autorités religieuses et traditionnelles continuent de disposer d’une capacité d’écoute, de médiation et de mobilisation que les institutions publiques ne peuvent toujours exercer avec la même efficacité. Leur connaissance des réalités locales et leur proximité avec les communautés peuvent leur permettre de contribuer à la désescalade des tensions, à la prévention des violences et au rétablissement du dialogue.
C’est précisément cette expertise que la rencontre de Genève entend mettre en lumière. Aux côtés du Dr Bakary Sambe, des intervenants suisses et internationaux spécialisés dans la médiation religieuse et la transformation des conflits confronteront leurs expériences et leurs analyses. L’enjeu sera de réfléchir à la manière dont ces ressources endogènes peuvent être davantage intégrées aux politiques de prévention et à une gouvernance plus inclusive du secteur de la sécurité. Enfin, pour ses dix ans, le Timbuktu Institute s’inscrit dans une logique prospective sur les défis à venir. En consacrant cette étape genevoise à la médiation religieuse et traditionnelle, l’Institut réaffirme une conviction qui accompagne son parcours depuis ses origines : la paix au Sahel ne pourra être durable si elle repose uniquement sur les réponses sécuritaires. Elle devra supposer également la capacité des sociétés sahéliennes à mobiliser leurs propres ressources de dialogue, de médiation et de cohésion sociale. À Genève, cette réflexion trouvera un espace de résonance particulier, au croisement de la recherche africaine, de la gouvernance sécuritaire, de la diplomatie internationale et de la vie culturelle.