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Timbuktu Institute – Août 2026

Longtemps considéré comme un espace d'influence privilégié des puissances occidentales, le Sahel traverse aujourd'hui une profonde recomposition géopolitique. L’émergence et la consolidation de l'Alliance des États du Sahel (AES) redessinent les dynamiques régionales. Les transitions politiques intervenues dans ces pays aidant, elles ont accéléré la diversification des partenariats internationaux. Celle-ci a ouvert la voie à une présence accrue de la Russie, de la Chine, de la Turquie ainsi que des États du Golfe. Dans ce contexte de mutations, où le déclin relatif des acteurs traditionnels coïncide avec l'affirmation de nouvelles puissances et de nombreux États aspirant au statut de middle powers , une interrogation demeure centrale : Le Sahel demeure-t-il un espace stratégique en raison de sa capacité à attirer et à structurer les rivalités entre puissances, ou assiste-t-on, en revanche, à une fragmentation de l'espace sahélien qui en redéfinit profondément la portée géopolitique ? C'est autour de cette problématique que s'est articulé le webinaire « Reconfigurations géopolitiques et partenariats : Le Sahel est-il encore un espace géopolitique ? », organisé le 9 juillet par les centres de recherche-action Timbuktu Institute et Cauris Institut.  

Depuis quelques années, les oscillations géopolitiques à l’œuvre au Sahel ne cessent de faire émerger des interrogations sur l’avenir des partenaires traditionnels, ces derniers ayant manifestement du plomb dans l’aile. Retrait ou réajustement stratégique ? Les postures géopolitiques des Etats-Unis, de la France ou de l'Union Européenne se laissent de moins en moins lire, même si ces acteurs ne manquent pas de redéployer leurs ambitions sous des formes moins ostensibles à l’instar de la diplomatie économique, des partenariats sécuritaires ciblés ou encore des alliances régionales de substitution. Selon Andrew Lebovich, chercheur associé à l'Institut Clingendael, les évolutions actuelles ne sauraient ne sauraient pour autant signifier un simple et pur retrait des puissances occidentales. « La France a longtemps exercé un leadership militaire structurant auquel les partenaires européens se sont largement adossés, limitant ainsi l'émergence d'une véritable stratégie autonome de l'Union européenne. Quant aux États-Unis, leur engagement, bien que conséquent, n'a jamais constitué une priorité stratégique majeure tant elle se pensait en contrepoids à la France. Les repositionnements en cours traduisent donc plus une redéfinition des modalités d'engagement qu'un désengagement complet », explique-t-il.

Cela étant, les partenaires traditionnels européens semblent pris dans une forme de dilemme structurel. D’un côté, maintenir des partenariats conditionnés à des exigences de gouvernance, au risque de perdre du terrain face des acteurs qui n'imposent pas ce type de conditionnalité. De l’autre, renoncer à ces principes pour préserver leur influence, au prix d'une incohérence avec leurs propres fondements normatifs. En ce sens, cette tension éclaire dès lors la question de savoir si elle pourrait s’avérer l’une des explications de la perte de vitesse de l’Europe en termes de bataille narrative et d'influence au Sahel. Directrice Afrique de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Caroline Roussy remet en question le soubassement même du discours usuel sur le renouvellement des partenariats entre l'Europe et l'Afrique. D’après l’historienne, les appels à la refondation ou au renouvellement du partenariat euro-africain semblent davantage relever de la rhétorique que d'une transformation effective des relations. « L’action de l'Union européenne demeure peu lisible aux yeux de nombreux partenaires africains, les relations étant avant tout perçues à travers les politiques nationales des États membres. Il n’existe pas de stratégie européenne cohérente, les pays poursuivant des agendas souvent divergents », souligne-t-elle. S’agissant de la France, la chercheuse estime que depuis notamment le départ des bases militaires, « son positionnement souffre d'un manque de lisibilité stratégique, dans la mesure où les nouvelles notions de partenariat gagnant-gagnant ou de co-construction restent insuffisamment traduites dans les faits ». À l’en croire, la crédibilité d'un véritable renouveau des relations euro-africaines devra, avant tout, passer par une redéfinition des priorités, une plus grande cohérence de l'action politique et une refonte des pratiques diplomatiques.

Changement de partenaires…et de dépendances ?

Il est notoire que le boulevard ouvert par ce repli des partenaires traditionnels aura favorisé l’implantation sinon le renforcement de coopérations alternatives à l’instar de la Russie, la Chine et la Turquie. Toutefois, considérant que la poussée souverainiste des pays sahéliens fut et reste un des carburants de ces recompositions régionales, il est légitime de se demander si ces nouvelles coopérations sont réellement porteuses d’une autonomie stratégique, longtemps réclamée par ces Etats. D’après Ladji Ouattara, politologue et directeur de Cauris Institut; une nuance s’impose au sujet de l'idée d'une percée récente de la Russie, de la Chine et de la Turquie : « Ces trois acteurs entretiennent des relations anciennes avec la région notamment le Mali de Modibo Keïta avec l’URSS dès 1961, même si les transitions politiques intervenues depuis 2020 ont considérablement accéléré leur montée en puissance ». Ce faisant, souligne-t-il, pendant que la Russie s'est imposée comme un partenaire sécuritaire majeur ,surtout à travers le déploiement successif du groupe Wagner puis d'Africa Corps, la Chine s’est employé à consolider son statut de principal partenaire économique et la Turquie quant à elle, renforce son influence en particulier dans le domaine de la défense. Mais selon L. Ouattara, « ces nouvelles dynamiques géopolitiques traduisent moins une véritable autonomie stratégique des États sahéliens qu’une logique de diversification des partenariats qui s'apparente davantage à une recomposition des dépendances ; les nouvelles coopérations continuant de créer de fortes relations d'assistance ».

Dès lors, vu que la multiplication des partenaires sécuritaires ne semble pas inhiber la persistance voire l’extension de l'insurrection djihadiste, le bilan de ces nouvelles coopérations reste à être établi. D’après le chercheur Andrew Lebovich, la multiplication des engagements extérieurs ne pourra, à elle seule, produire des effets durables sans une évolution des choix politiques des États de la région. « La priorité accordée aux réponses sécuritaires au détriment des solutions politiques a contribué à renforcer les fragilités existantes et à aggraver certaines dynamiques de déstabilisation. Que ce soit la Russie comme la Turquie, le fait est que leurs influences renforcent une approche sécuritariste des crises », pointe-t-il. Toutefois, cette responsabilité ne saurait être uniquement attribuée aux nouveaux acteurs dans la mesure où il se pose aussi le problème des « limites de l’action de la communauté internationale, notamment face au rôle économique des Émirats dans certains circuits liés à l’or issu de l’exploitation illégale », ajoute-t-il.

Dans la même veine, le chercheur Ladji Ouattara estime que le bilan des nouveaux partenariats sécuritaires noués par les pays de l’ AES apparaît mitigé, le vide laissé par les partenaires traditionnels peinant à être comblé. « On constate la persistance des vulnérabilités sécuritaires malgré le renforcement de cette coopération comme le montrent notamment les attaques répétées contre des sites stratégiques au Niger et la patente dégradation de la situation militaire au Mali », souligne-t-il. De plus, selon lui, il convient de relever que ces difficultés vont de pair avec un rétrécissement de l’espace des libertés civique, politique et médiatique. Ainsi, le politologue tend à relativiser les bénéfices du partenariat russe par exemple, estimant qu’ « à l’image d’autres acteurs extérieurs, Moscou  s’inscrit davantage dans une logique d’exploitation des ressources que dans une véritable transformation structurelle des économies sahéliennes ».

Au sud du Sahel central, les pays du golfe de Guinée – en particulier le Bénin et le Togo - sont à l’heure actuelle les plus touchés par le débordement de l’épicentre sahélien, occupent une position singulière face à cette recomposition régionale. Alors que Lomé, en tendant les bras à l’AES, se rêve en hub stratégique, le récent marathon diplomatique régional du président béninois Romuald Wadagni qui espère servir de pont entre l’AES et la CEDEAO, témoigne d’une conscience collective des enjeux communs en présence. Une perspective soulignée par Seidik Abba, spécialiste du Sahel qui insiste sur l'étroite communauté de destin qui unit les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée. « Par exemple , il y a entre 5 et 6 millions de Burkinabés en Côte d'Ivoire, 3 et 4 millions de Maliens en Côte d'Ivoire et entre 2 millions et 3 millions de Nigériens en Côte d'Ivoire. L’importance des diasporas sahéliennes dans les États côtiers, l'intensité des échanges commerciaux ainsi que la forte interdépendance économique rendent illusoire toute idée selon laquelle les pays du Golfe de Guinée ne puissent pas être durablement impactés par l'instabilité sahélienne », affirme-t-il. Selon lui, la crise sécuritaire est désormais plus que jamais transfrontalière, comme l'illustrent les foyers d'insécurité qui s'étendent des zones frontalières du parc W jusqu'aux espaces situés entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. C’est la raison pour laquelle, plaide-t-il, « aucune stratégie ne pourra produire des résultats durables sans une coopération solide et une réponse régionale entre l’AES et les pays côtiers ». 

De même, le chercheur estime que les divergences politiques entre les États sahéliens et ceux du Golfe de Guinée ont jusqu'à présent entravé une coopération pourtant indispensable face à une menace devenue transnationale. À ses yeux, « les tensions diplomatiques ont empêché la focalisation sur les intérêts communs, même elles n’ont toutefois pas empêché l'émergence de coopérations informelles au niveau local. Aujourd’hui, c’est le pragmatisme qui doit primer pour favoriser la mise en place d'une réponse régionale coordonnée, à l'image de la Force multinationale mixte du bassin du lac Tchad ».

Maghreb et Golfe, des influences périphériques ?

Un peu plus au nord de la ceinture saharo-sahélienne, la rivalité d'influence entre l'Algérie et le Maroc autour du dossier sahélien pose en outre une autre question non moins importante ; celle de savoir si cette compétition contribue à la fragilisation de la région dans le cours d’un prolongement de tensions maghrébines par acteurs sahéliens interposés, ou au contraire d’une logique de stabilisation régionale. Selon Salim Chena, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde, si le Maroc et l'Algérie se livrent bien à une compétition d'influence dans la région, celle-ci demeure secondaire au regard des facteurs essentiellement internes qui alimentent les crises sahéliennes, notamment la fragilité des États, les déficits de gouvernance, les conflits entre centres et périphéries et les difficultés de cohésion nationale. « Aucun acteur maghrébin n'a, jusqu'à présent, joué un rôle décisif dans la stabilisation durable de la région, malgré des initiatives de coopération, des actions de médiation ou des projets d'intégration économique », tempère-t-il. D’après le politologue, en dépit d’une présence à travers des coopérations sectorielles, des aides ponctuelles et plusieurs projets régionaux, « il demeure que le Maroc et l’Algérie cherchent surtout à renforcer leur influence dans un contexte de recomposition, sans pour autant constituer des acteurs décisifs des dynamiques sahéliennes ».

Parallèlement, quid de l'influence de l'Arabie saoudite, du Qatar et des autres pays du Golfe dans l'espace sahélien ? Pour sa part, Abdel Nasser Elyessa           , chercheur associé à l’ Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), considère que la fixation sur le rôle des pays du Golfe dans les processus de radicalisation au Sahel relève désormais d'une lecture dépassée. «  Les États du Golfe, en particulier les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont réorienté leurs politiques religieuses et sont aujourd'hui davantage engagés dans la lutte contre l'extrémisme. Le djihadisme sahélien est dorénavant un phénomène largement endogène, reposant sur ses propres réseaux, ressources et dynamiques locales », affirme le chercheur. Selon lui, « il est d’ailleurs peu probable que les pays du Golfe aient une implication déterminante dans la résolution de la crise car en l’occurrence la solution politique fondée sur le dialogue apparaît inévitable ».

À la recherche d’un nouvel équilibre sécuritaire 

Face à cette reconfiguration entre anciens et nouveaux partenaires, il semble bien que l'avenir de la coopération sécuritaire régionale demeure suspendu à la capacité des acteurs concernés à en redéfinir les fondements et à inventer de nouveaux cadres de collaboration. Selon le politologue Salim Chena, les recompositions géopolitiques actuelles s'expliquent aussi par l'absence d'une véritable autonomie stratégique régionale. D’après lui, « ni les organisations régionales ni les puissances africaines ne disposent d'une capacité suffisante pour structurer un ordre sécuritaire autonome, ce qui laisse ainsi le champ ouvert à l'intervention d'acteurs extérieurs. » Cependant, il ne faudrait non plus ajoute-t-il, succomber à la lecture selon laquelle les États sahéliens seraient de « simples victimes de ces interventions car ils conservent des marges de manœuvre et participent eux-mêmes au choix de leurs partenaires, dans la logique des gatekeeper state. »

De son côté, Beatriz Mesa politologue à l’Université internationale de Rabat, relativise la faisabilité immédiate d'une réponse transnationale à la crise sahélienne, tant que celle-ci ne se sera pas d’abord sous-tendue  par une compréhension nationale des dynamiques locales de violence et une définition claire des priorités sécuritaires propres à chaque État. « On le sait, aucune solution exclusivement militaire n'est envisageable. Maintenant le fait est que l’option des négociations avec les groupes armés ne pourra intervenir que dans un rapport de force plus favorable aux États sahéliens », estime-t-elle.

Dans une perspective complémentaire, Caroline Roussy plaide pour autant pour une « une articulation entre réponses nationales et approches transfrontalières dans la mesure où la crise se concentre particulièrement dans les espaces frontaliers, longtemps négligés par les politiques publiques ». En ce sens, la chercheuse rappelle que « les groupes armés n’éclipsent pas les frontières mais les instrumentalisent pendant que la menace se déploie selon une logique d’arborescence, s'enracinant dans des réalités locales plutôt que par une simple expansion territoriale ». Cela étant, l’avenir de la coopération occidentale au Sahel ne saurait manquer de mettre en lumière la frontière entre inflexion stratégique authentique et habillage rhétorique d'un recul assumé. La question centrale reste celle de la capacité réelle des puissances occidentales à peser encore sur l'agenda régional, dans un contexte où leur ancienne position d'influence structurante apparaît durablement entamée. Pour la chercheuse Beatriz Mesa, le basculement du Mali et d’une partie du Sahel vers de nouveaux partenaires doit se lire moins comme une simple rivalité entre grandes puissances que comme le résultat d’un affaiblissement progressif de l’architecture sécuritaire occidentale. Selon la chercheure, « l’échec occidental repose notamment sur une divergence de perception de la menace entre les acteurs internationaux et les États sahéliens, avec comme dans le cas malien, des opérations internationales ayant contribué à fragiliser la capacité de l’État malien à définir lui-même ses priorités sécuritaires, là où certains groupes armés ont progressivement acquis une légitimité politique à travers les processus de gouvernance et de négociation ». Dès lors, conclut-elle, l’essor de partenaires comme la Russie n’apparaît pas seulement comme un basculement soudain mais comme la conséquence d’un vide stratégique créé par les limites inhérentes au modèle d’intervention occidental.

Timbuktu Institute – mai 2026

Dans la continuité de son initiative pilote de janvier 2026  qui avait posé les bases d'une lecture renouvelée de la migration comme levier de résilience socio-économique dans l'Est du Sénégal, le Timbuktu Institute, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxemburg, lance une nouvelle phase de recherche-action élargie, couvrant les départements de Goudiry et Bakel. Menée dans le cadre d'un partenariat institutionnel consolidé, cette étude entend produire des données probantes, ancrées dans les réalités communautaires, pour éclairer les politiques publiques et les interventions des acteurs du développement dans une zone frontalière aux enjeux multiples.

Un territoire à la croisée des mobilités, de la fragilité et de la résilience

Situés dans la région de Tambacounda, dans l’Est du Sénégal, à la frontière du Mali et de la Mauritanie, les départements de Goudiry et de Bakel constituent l'un des principaux bassins migratoires du pays. Depuis des générations, ces territoires entretiennent avec la migration une relation ambivalente au-delà des approches sécuritaires : si les mobilités représentent un filet de sécurité essentiel pour des ménages confrontés à la précarité agricole et aux aléas climatiques, elles s'accompagnent également de vulnérabilités structurelles et de défis sécuritaires croissants liés à la proximité du Mali en crise depuis plus d’une décennie. C'est précisément l'articulation entre ces dynamiques migratoires, économiques, sécuritaires et sociales que ce projet de recherche-action entend explorer en profondeur afin de mieux éclairer les autorités et les intervenants dans la zone.

Une approche mixte et participative

L'étude mobilise trois outils complémentaires : un questionnaire quantitatif auprès des ménages, un guide d'entretien semi-directif destiné aux acteurs clés y compris des migrants de retour, des leaders communautaires et religieux mais aussi les femmes leaders, les jeunes, des élus locaux et représentants des forces de défense et de sécurité. Timbuktu Institute entend aussi effectuer une collecte de données actualisées à travers, entre autres outils, un guide d'observation directe sur les points frontaliers et les lieux de départ migratoire. Pour Mbassa Thioune, Directeur des études du Timbuktu Institute, « cette triangulation méthodologique permet de croiser les perceptions dominantes, les trajectoires individuelles et les dynamiques collectives, restituant la complexité d'un territoire que les lectures univoques, qu'elles soient exclusivement sécuritaires ou strictement développementalistes, peinent jusqu’ici à saisir ».

Dans la continuité d'une dynamique de recherche engagée

Cette étude prolonge la réflexion engagée en janvier 2026, lorsqu’un rapport du Timbuktu Institute avait établi que la migration dans l'Est du Sénégal était aussi un mécanisme endogène de résilience.

« La nouvelle phase de ce projet de recherche-action s'attache à davantage territorialiser et quantifier cette réalité, à en identifier les conditions de durabilité, et à formuler des recommandations opérationnelles à destination des décideurs », précise Dr. Bakary Sambe, président de l’Institut. Elle s'inscrit dans la mission fondatrice de l'Institut que la Fondation Rosa Luxemburg entend appuyer : produire des connaissances endogènes à travers une méthodologie de recherche rigoureuse, enracinée dans les réalités et au service de politiques publiques mieux adaptées aux enjeux de paix et de sécurité humaine.

Les résultats seront publiés dans un mois par Timbuktu Institute et présentés lors d'un atelier participatif de restitution associant les communautés, autorités locales et divers partenaires intervenant dans cette région aux enjeux multidimensionnels dans un contexte de pression sécuritaire due à la frontalité avec la région de Kayes au Mali.

 

Timbuktu Institute – May 20, 2026

In an in-depth and previously unpublished analysis by the Timbuktu Institute, media coverage of the coordinated attacks of April 25, 2026, within the Russian information ecosystem was meticulously examined. These attacks, carried out jointly by the Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM) and the Azawad Liberation Front (FLA) against several Malian towns, resulted in the death of the Malian Minister of Defense, General Sadio Camara, and dealt a serious blow to government forces and their Russian partners in the Africa Corps. The full study demonstrates how an event that could have potentially destabilized Russia’s image in the Sahel was transformed into a narrative opportunity by a well-oiled information apparatus.

A layered and coordinated information ecosystem

The analysis begins with a detailed mapping of the mobilized Russian media ecosystem. At the heart of the apparatus are major state-run channels such as Rossiya-1, Pervy Kanal, and NTV, which provided rapid and structured coverage starting on April 26. Rossiya-1, with experienced war correspondents such as Evgeny Poddubny, played a central role in the official narrative. The study revealed that these traditional media outlets are joined by specialized digital actors: the widely read news site Lenta.ru, and above all the African Initiative agency, a veritable pro-Kremlin “narrative laboratory” dedicated to Africa. This agency produces content in French and Russian (articles, opinion pieces, and documentaries) intended to feed the entire Russian information ecosystem. Finally, channels on the Telegram app (Africa Corps 2.0 and Oncles Blancs en Afrique) serve as operational relays and hubs for activist cohesion, disseminating images and talking points with remarkable speed. This architecture enables impressive editorial convergence: the same narrative spreads across national channels, online sites, and social media within a matter of hours.

First narrative thread: the Africa Corps, Mali’s invincible shield

In the Timbuktu Institute’s study, the dominant narrative presents the Africa Corps as an effective bulwark despite setbacks. As early as April 26, Rossiya-1 and Lenta.ru claimed that Russian forces had “repelled the largest Islamist attack ever launched in Mali” and prevented a coup orchestrated by the West. Instead of admitting a military retreat, pro-Kremlin media transformed it into a noble tactical choice: “The Africa Corps withdrew to save the lives of Malian soldiers,” according to an op-ed by Artiom Kureyev of African Initiative. Images of the bodies of slain attackers are widely circulated on Telegram to attest to Russian effectiveness.

Second narrative thread: Western interference and the Franco-Ukrainian conspiracy

Meanwhile, according to the Timbuktu Institute’s analysis, the attacks are systematically framed within a broader geopolitical confrontation. Beyond France, which is traditionally singled out, Russian media denounce a “coordinated Western media campaign” aimed at discrediting the Russian presence.

The narrative goes further by explicitly accusing France and Ukraine of having prepared and supported the attackers: training fighters by Ukrainian instructors, supplying Western weapons (Stinger and Mistral MANPADS), and even coordinating intelligence. In the same vein, African Initiative publishes what it presents as evidence (Ukrainian military intelligence—GUR—insignia), elements that turn out to be photomontages. A 45-minute documentary titled “Africa Corps: The Front in the Sahel,” aired in early May, summarizes this perspective by linking Russia’s presence to a “shared destiny” with Mali in the face of external interference. The study subtly highlights the gray zone strategy: the Russian narrative skillfully blends partially verified facts (the presence of certain Ukrainian elements in the Sahel reported by Western sources) with fabricated elements, creating uncertainty that benefits the most sensational version.

Dissenting Voices: A Crack in a Narrative Perceived as Monolithic?

Despite the dominance of the official narrative, the Timbuktu Institute’s study highlights the existence of counter-narratives promoted by independent Russian-language media in exile. For instance, the channel Dojd (TV Rain) referred to a “Russian defeat in Mali” and raised questions about a possible withdrawal of the Africa Corps. The Russian-language media outlet Meduza, for its part, emphasized the scale of the attacks—such as the loss of a Russian helicopter—and the difficulties faced by the Malian junta, while maintaining a more rigorous factual framework. This diversity, though still tentative, serves as a reminder that the Russian-language information landscape is not entirely monolithic and highlights both the scale of the narrative-building efforts undertaken by the Kremlin and the analytical work required to achieve a comprehensive understanding free from preconceptions.

Conclusion and Lessons

The attacks of April 25 constituted a true test of resilience for the Russian information apparatus in Mali and the Sahel more broadly. The analysis concludes that the strength of the system lies less in the mere fabrication of narratives than in its ability to rapidly reframe an unfavorable reality into a framework of interpretation favorable to Russian interests and strategic positioning in Mali and the Sahel.

Three main lessons emerge from the Timbuktu Institute’s study: Finally, the study emphasizes a methodological requirement: in this context of information warfare, only a granular and rigorous verification of facts allows for distinguishing discursive constructions from documented realities. This groundbreaking study constitutes an important contribution to understanding the dynamics of influence and disinformation in the Sahel, as well as the ongoing geopolitical shifts in which information warfare plays a central role.

  1. Centralized and highly responsive editorial coordination led by Moscow and its proxies;
  2. The growing role of the African Initiative as a specialized tool of Russian soft power in Africa, which is beginning to adapt to Sahelian realities and gain agility compared to previous years;
  3. The persistence of dissenting voices which, though still tentative, nevertheless require a nuanced view of the idea of a single, monolithic “Russian perception.”

Finally, the study emphasizes a methodological requirement: in this context of information warfare, only a granular and rigorous verification of facts allows us to distinguish discursive constructs from documented realities. This groundbreaking study makes a significant contribution to our understanding of the dynamics of influence and disinformation in the Sahel, as well as the ongoing geopolitical shifts in which information warfare plays a central role.

 

Prepared by Katrina Brazhnikov & Kensio Akpo

Timbuktu Institute – 20 mai 2026

Dans une analyse approfondie et inédite du Timbuktu Institute, le traitement médiatique des attaques coordonnées du 25 avril 2026 dans l’écosystème informationnel russe a été minutieusement étudié. Ces attaques, menées conjointement par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) contre plusieurs localités maliennes ont provoqué la mort du ministre malien de la Défense, le Général Sadio Camara, et constitué un sérieux choc pour les forces gouvernementales et leurs partenaires russes de l’Africa Corps. L’étude complète démontre comment un événement potentiellement déstabilisateur pour l’image de la Russie au Sahel a été transformé en opportunité narrative par un dispositif informationnel bien rodé.

Un écosystème informationnel stratifié et coordonné

L’analyse commence par une cartographie précise de l’écosystème médiatique russe mobilisé. Au cœur du dispositif figurent les grandes chaînes d’État comme Rossiya-1, Pervy Kanal et NTV, qui ont assuré une couverture rapide et structurée dès le 26 avril. Rossiya-1, avec des reporters de guerre expérimentés comme Evgeny Poddubny, a joué un rôle central dans la mise en récit officielle. L’étude a révélé qu’à ces médias traditionnels s’ajoutent des acteurs numériques spécialisés : le site d’information Lenta.ru, très consulté, et surtout l’agence African Initiative, véritable « laboratoire narratif » pro-Kremlin dédié à l’Afrique. Cette agence produit des contenus en français et en russe (articles, tribunes et documentaires) destinés à alimenter l’ensemble de l’écosystème informationnel russe. Enfin, les canaux sur l’application Telegram (Africa Corps 2.0 et Oncles Blancs en Afrique) servent de relais opérationnels et de lieux de cohésion militante, diffusant images et éléments de langage avec une rapidité remarquable. Cette architecture permet une convergence éditoriale impressionnante : un même argumentaire traverse en quelques heures les chaînes nationales, les sites en ligne et les réseaux sociaux.

Premier axe narratif : l’Africa Corps, bouclier invincible du Mali

Dans l’étude du Timbuktu Institute, le narratif dominant consiste à présenter l’Africa Corps comme un rempart efficace malgré les revers. Dès le 26 avril, Rossiya-1 et Lenta.ru affirment que les forces russes ont « repoussé la plus grande attaque islamiste jamais menée au Mali » et empêché un coup d’État orchestré par l’Occident. Au lieu d’admettre un recul militaire, les médias pro-Kremlin l’ont transformé en choix tactique noble : « Africa Corps s’est retiré pour sauver les vies des soldats maliens », selon une tribune d’Artiom Kouréïev d’African Initiative. Des images de corps d’assaillants tués sont largement diffusées sur Telegram pour attester de l’efficacité russe.

Deuxième axe narratif : l’ingérence occidentale et le complot franco-ukrainien

Parallèlement, selon l’analyse du Timbuktu Institute, les attaques sont systématiquement inscrites dans une confrontation géopolitique plus large. Au-delà de la France traditionnellement indexée, les médias russes dénoncent une « campagne médiatique occidentale coordonnée » visant à discréditer la présence russe. Le récit va plus loin en accusant explicitement la France et l’Ukraine d’avoir préparé et soutenu les assaillants : entraînement de combattants par des instructeurs ukrainiens, fourniture d’armes occidentales (Manpads Stinger et Mistral), et même coordination informationnelle. Dans le même sillage, African Initiative publie ce qu’elle présente comme des preuves (écussons du renseignement militaire ukrainien – GUR), éléments qui s’avèrent être des photomontages. Un documentaire de 45 minutes intitulé « Africa Corps : le Front au Sahel », diffusé début mai, synthétise cette vision en associant la présence russe à une « communauté de destin » avec le Mali face à l’ingérence extérieure. L’étude souligne avec finesse la stratégie de la zone grise : le dispositif russe mélange habilement faits partiellement attestés (présence de certains éléments ukrainiens au Sahel rapportée par des sources occidentales) et éléments fabriqués, créant une incertitude qui profite à la version la plus spectaculaire.

Voix dissidentes : la faille dans un dispositif perçu comme monolithique ?

Malgré la prédominance du narratif officiel, l’étude du Timbuktu Institute met en lumière l’existence de contre-lectures portées par des médias russophones indépendants en exil. Ainsi, la chaîne Dojd (TV Rain) a évoqué une « défaite de la Russie au Mali » et s’est interrogée sur un possible retrait de l’Africa Corps. Le media russophone Meduza, quant à lui, a insisté sur l’ampleur des attaques comme la perte d’un hélicoptère russe et les difficultés de la junte malienne, tout en maintenant un cadre factuel plus rigoureux. Cette pluralité, bien qu’encore timide, rappelle que le champ informationnel russophone n’est pas totalement monolithique et sert de révélateur de l’ampleur du travail de construction narrative opéré par le Kremlin mais aussi les efforts analytiques qu’en exige une compréhension exhaustive loin des présupposés.

Conclusion et enseignements

Les attaques du 25 avril ont constitué un véritable test de résilience pour la machine informationnelle russe au Mali et au Sahel de manière générale. L’analyse conclut que la force du dispositif tient moins à la pure fabrication de récits qu’à sa capacité à reformuler rapidement une réalité défavorable en grille d’interprétation favorable aux intérêts et au positionnement stratégique russes au Mali et au Sahel.

Trois enseignements principaux émergent de l’étude du Timbuktu Institute :

  1. Une coordination éditoriale centralisée et extrêmement réactive menée par Moscou et ses proxys ;
  2. Le rôle croissant d’African Initiative comme outil spécialisé de soft power russe en Afrique qui commence à s’adapter aux réalités sahéliennes et à gagner en agilité comparativement aux années passées ;
  3. La persistance de voix dissidentes qui, bien qu’encore timides, obligent, toutefois, à nuancer l’idée d’une « perception russe » unique et monolithique.

Enfin, l’étude insiste sur une exigence méthodologique : dans ce contexte de guerre informationnelle, seule une vérification granulaire et rigoureuse des faits permet de distinguer les constructions discursives des réalités documentées. Cette étude inédite constitue une contribution importante à la compréhension des dynamiques d’influence et de désinformation au Sahel mais aussi des mutations géopolitiques en cours et dans lesquelles la guerre informationnelle occupe toute sa place. 

 

Préparé par Katrina Brazhnikov et Kensio Akpo

 

Lettre de l'Observatoire - Timbuktu Institute - Mai 2026

Télécharger le rapport 

 

Le 25 avril 2026 restera une date charnière dans l’histoire sécuritaire du Sahel et du Mali de cette dernière décennie. Six localités maliennes ont été attaquées simultanément par le JNIM et le FLA (Front de libération de l’Azawad), entraînant la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, et remettant en cause le contrôle militaire de Kidal. Ces opérations coordonnées révèlent une montée en puissance inédite des groupes armés et, malgré les efforts des FAMAs, marquent l’échec patent du modèle de sous-traitance sécuritaire russe (Wagner puis Africa Corps), incapable de tenir durablement les territoires face à des guérillas ancrées dans les réalités locales.

Dans ce contexte, l’alliance entre le JNIM et le FLA repose sur deux piliers : le rôle central d’Iyad Ag Ghaly, figure de liaison organique vu les allégeances communautaires, et des intérêts économiques partagés autour des trafics transsahariens. Il s’agit cependant d’une alliance de circonstances, dictée par l’ennemi commun – le régime de Bamako - et non d’un pacte stratégique durable. Les objectifs divergent profondément : le JNIM poursuit l’imposition évolutive de la charia sur un territoire élargi, tandis que le FLA, héritier des rébellions touareg, défend un projet d’autonomie ou d’indépendance de l’Azawad. Ces visions irréconciliables, dans le temps long, limitent la pérennité de leur coopération.

Pour le régime du général Goïta, dont la légitimité reposait presque exclusivement sur la promesse de rétablir la sécurité, ces événements constituent un choc politique. La reconquête symbolique de Kidal en 2023 est déjà contestée sur le terrain militaire, et le parallèle avec la crise de 2012 devient inquiétant. À court terme, les attaques suscitent un réflexe de ralliement national autour du pouvoir et surtout du « drapeau », mais cet effet reste fragile et volatile sur le long terme.

Sur le plan régional, l’Alliance des États du Sahel (AES) affiche une solidarité limitée aux déclarations et condamnations, contrainte par les difficultés internes de ses pays. La CEDEAO semble évoluer vers un rôle de facilitateur et plus conciliant, tandis que les États côtiers craignent un effet domino. Dans ce contexte fragmenté, l’initiative togolaise de Lomé du 18 avril 2026 apparaît comme une opportunité diplomatique majeure. En réunissant autour d’une même table acteurs de l’AES, de la CEDEAO, de l’UA, de l’ONU, de la Russie, de la France et de l’Union européenne, le Togo s’est positionné comme un espace neutre de dialogue lors d’une réunion de Haut-Niveau le 18 avril 2026 à Lomé.

Le Timbuktu Institute, parlant à titre de Think Tank régional invité, a défendu, à Lomé, l’approche du « paquet indivisible » – sécurité, gouvernance, développement et démocratie – et proposé la création et l’activation d’un canal militaire et technique direct entre états-majors AES et CEDEAO pour partager le renseignement et coordonner les opérations sur le terrain vu l’ampleur des urgences qui ne peuvent attendre les longues tractations diplomatiques.

Face à cette crise multidimensionnelle, cinq pistes de sortie de crise semblent s’imposer : Sortir de l’illusion d’une solution purement militaire au Sahel et mitiger les stratégies actuelles ; engager un dialogue politique inclusif véritable (décentralisation substantive, meilleure gouvernance des ressources, révision ou amélioration de l’Accord d’Alger) ; soutenir les dynamiques citoyennes constructives maliennes (GRAIN, Imam Dicko, autres) favorables au dialogue inclusif ; construire une architecture régionale pragmatique autour de l’intérêt partagé de contenir l’expansion djihadiste en dehors des velléités diplomatiques AES/CEDEAO ; et privilégier des partenariats pragmatiques, non exclusifs et non substitutifs aux solutions endogènes.

Le 25 avril 2026 révèle les limites des approches sécuritaires externalisées et des fractures persistantes, mais ouvre opportunément une fenêtre de dialogue régional que la routine n’aurait sans doute pas permise dans le contexte actuel. L’urgence est désormais de transformer cette crise qui fut un électrochoc, en opportunité avant que la fenêtre de la prise de conscience, de la médiation et du dialogue ne se referme, en misant sur une réponse globale portée par les sociétés sahéliennes elles-mêmes bien qu’ouverte à tous les partenariats constructifs.

Timbuktu Institute – March 2026

 

Nigeria has turned to foreign intervention to navigate their escalating security crisis. At the end of 2025, the US military bombed northern Nigeria in coordination with the Nigerian government, targeting jihadist terrorist groups in the region. Shortly after, in February 2026 it was confirmed that the US government would be sending troops to Nigeria to train and support the Nigerian military with jihadist violence in the north. These actions come after a period of tension between the U.S government and Nigeria. The Trump administration claimed the Nigerian government was ignoring and potentially allowing the mass killings of Nigerian Christians, which Nigerian President Tinubu strongly denied. Trump’s engagement with Nigeria is seemingly driven by religion, as his administration and political supporters are using a narrative of Christian persecution by Muslim actors, to justify military intervention.

Nigeria’s Security Situation

Nigeria’s current security problems are multifaceted with no singular narrative.  For nearly 15 years, the northeast of the country has been impacted by terrorist violence from jihadist militant groups. Islamic State West Africa (ISWAP) and Boko Haram have been terrorizing communities in this region with violent attacks. In the northwest, organized armed groups locally called bandits, carry out kidnappings for ransom. These types of attacks have become increasingly common, with these bandit groups kidnapping individuals but also cattle, and raiding villages. Then, resource competition, exacerbated by climate change, has escalated tensions between herding and farming communities in the middle belt region of the country. This has resulted in violent clashes, exposing ethnic and religious tensions. While in the south, separatist agitation persists. The Nigerian government struggles to control these situations.

During this complex domestic security situation, the US government under the new leadership of President Trump began to question the Nigerian government about violence against Christians in the country. In late 2025, President Trump accused the Nigerian government of ignoring or even allowing widespread killings of Christians. He threatened diplomatic and military actions if the situation was not addressed. Nigerian President Bobi Ahmed Tinubu denied the accusations that Nigeria allows Christians to be killed, emphasizing that terrorism impacts all Nigerians. Then on December 25, President Trump announced a successful military strike in northern Nigeria. The US military struck several sites in the northwestern state Sokoto targeting jihadist militant groups. According to the US military, a military vessel in the Gulf of Guinea fired around a dozen Tomahawk missiles, striking approximately four locations. Nigerian Foreign Minister Yusuf Maitama Tuggar stated it was a joint military operation with the United States. 

From Religious Advocacy to Military Action

There has been growing concern from US right wing religious groups and politicians about violence towards Christians in Nigeria. While there are well-documented incidents of violence perpetrated against Christian Nigerians, violence in Nigeria is widespread and impacts all communities. In March 2025, the United States Congress held a hearing titled “Conflict and Persecution in Nigeria: The Case for a CPC Designation”. Members of Congress called on President Trump to designate Nigeria a Country of Particular Concern (CPC). This designation is given by the US State Department for countries considered to engage in violations of religious freedoms. Once a country has this designation, the US government can take diplomatic action against the government, with severe actions such as withholding aid or economic sanctions. The situation escalated when in October, a letter was written to President Trump from 30 different Christian organizations about the persecution of Christians in Nigeria, and to officially designate Nigeria a country of particular concern. On 31 October, President Trump re-instated Nigeria to the CPC list, threatening military action if the Nigerian government did not attempt to stop the killing of Christians by Islamist terrorists. Then in early December, a delegation of US Congress members visited Abuja on a fact-finding mission where they heard from government officials, victims of violence, and religious leaders and organizations from Benue state in the middle belt region. The military strikes were carried out a few weeks after the visit. Despite new military cooperation between the US and Nigeria, a bill was introduced in US Congress in February 2026 that threatens visa bans and asset freezes on specific Nigerians accused of religious freedom abuses. 

Targets of the Missile Strike

The US military confirmed that the missile strikes were successful in targeting training camps for an ISIS affiliated group in Sokoto state. There are no reported casualties at this time, but residents of nearby villages reported seeing fighters fleeing on motorbikes. Local reports say the strikes hit training camps of the Lakurawa group, who are a Islamic group the Nigerian government designated a terrorist organization in January 2025. Lakurawa arrived in Nigeria in 2017, after being invited by local communities for protection from bandit groups. They are situated in a remote area of Sokoto state near the border of Niger and are believed to have come from Mali and Niger and are not Nigerian. Despite initially arriving with intentions to provide protection for vulnerable communities in an isolated part of the country, they now rule over the area with fear, imposing strict interpretations of Islam.  Both US and Nigerian officials assert Lakurawa is affiliated to Islamic State (IS) groups in the Sahel but their connection to IS is disputed by researchers. Lakurawa operates in northwest Nigeria, while most Islamic terrorist groups such as Boko Haram are in northeastern Nigeria.

It is unclear on why the US military targeted Lakurawa with the missile strikes. The Trump administration stated their intervention was an attempt to protect Christians in Nigeria. Sokoto state, where the strikes were sent, is a majority Muslim area like most of Northern Nigeria, and more specifically the communities impacted by Lakurawa are Muslim. It is surprising that larger Islamist terrorist groups such as Boko Haram or ISWAP were not targeted, which are in the northeast. In the months before the strikes, US politicians specifically discussed violence against Christians in clashes between herder and farming communities in the middle belt region. When members of the US Congress visited Abuja in early December, they specifically met with people from Benue state in the middle belt, a conflict happening in a different part of the country than where the missile strikes were launched.

Looking Forward

In the White House’s 2025 National Security Strategy (NSS), US engagement with Africa should recognize Islamist terrorist activity without long-term American presence or commitments. The US’s recent engagement with Nigeria under Trump is addressing violence from jihadist groups but is increasing the US’s military presence. After the air strikes in December, the US military sent 100 US soldiers northeastern Nigeria to assist and train local forces. Despite the NSS policy on Africa, the right-wing Christian movement to protect Christian Nigerians has motivated the Trump administration make military commitments to the Nigerian government.

 

Prepared with Saveena Suri, Research Intern, Peace & Security

 

SENEGAL-SOCIETY-RELIGION

Dakar, 27 February (APS) – The director of the Timbuktu Institute, Bakary Sambe, calls for a rediscovery of the religious and cultural values of solidarity and sharing in order to tackle the individualism, social exclusion and conflicts that are shaking West Africa and the Sahel.

‘Our meeting today is an urgent invitation to rediscover, at the very heart of our spiritual and cultural tradition, the deep resources that will enable us to resist the headwinds of our time, possessive individualism, growing exclusion, social fragmentation and the conflicts that are currently bloodying much of West Africa and the Sahel,’ he said.

Bakary Sambe hosted a public conference organised by the Women's Association of the national daily newspaper Le Soleil on Thursday on the theme of ‘Religions and values of solidarity and sharing’.

The event was attended by Turkish Ambassador Nur Sagman, patron of this edition, her Pakistani counterpart Saima Maymunah Sayed, and the Director General of Le Soleil, Mouhamadou Lamine Niang.

The mayor of Hann Bel-Air, Babacar Mbengue, the administrative and technical staff of the daily newspaper, as well as Muslim and Christian religious leaders, also took part in the conference.

According to Bakary Sambe, the theme of this public conference represents ‘much more than just a conference’ and should be considered ‘an urgent call’ during the holy month of Ramadan to reconnect with the ‘deep resources’ of Senegalese spiritual traditions.

In a world dominated by the logic of ‘me first,’ he reminded us that ‘human beings are not solitary beings, but spaces of solidarity.’

Drawing on Islamic and Christian references, he quoted a hadith from the Prophet Muhammad (PBUH): ‘A Muslim is the brother of a Muslim; he does not oppress him or abandon him,’ as well as a passage from the Gospel according to Luke calling for the sharing of goods with the most disadvantaged.

‘I am because we are’

‘Two traditions, certainly, but one eternal truth: sharing is not a charitable option, it is a divine commandment that structures life in society,’ he said, recalling that zakat is one of the five pillars of Islam, and that in Christianity, attention to the most vulnerable is at the heart of the Gospel message.

Referring to Islamic tradition, he quoted Ibn Arabi, for whom ‘the religion of the Prophet is that of love’, as well as Sheikh Ahmadou Bamba, who declared that he had ‘forgiven all his enemies’.

He also quoted El Hadji Malick Sy and Mame Limamoulaye, religious figures who, according to him, embodied tolerance and social cohesion.

For Bakary Sambe, these teachings converge with African cultural values such as Teranga (hospitality) and the philosophy of Ubuntu (‘I am because we are’), which emphasise interdependence and collective responsibility.

He emphasised the ‘central role’ of women in preserving and transmitting these values, particularly through ‘dahiras’ (groups of worshippers), tontines and community initiatives. 

‘Women are the beating heart, the invisible but indispensable driving force behind this solidarity,’ said the founding president of the Timbuktu Institute, an African peace research centre based in Dakar, Senegal, with offices in Niamey (Niger) and Bamako (Mali).

He praised women's commitment to orphans, widows and the sick.

According to the speaker, the Covid-19 pandemic has been a stark reminder of the interdependence of societies, emphasising that ‘no country, no class, no individual can save itself alone’.

‘More visibility and resources for women’

He called for ‘horizontal solidarity’ based on ‘shared vulnerability and concrete fraternity’.

Returning to the Senegalese model, he described Senegal as ‘an island of peace’ in a troubled region, highlighting the harmony between Muslims and Christians, joint religious celebrations and the amicable settlement of inter-community disputes.

He also referred to the Turkish tradition of waqf, recalling that under the Ottoman Empire, pious foundations, many of them created by women, financed hospitals, schools and social works. He cited the example of Nurbanu Sultan (1525-1583), wife of the Ottoman Sultan Selim II, son and successor of Suleiman the Magnificent.

Addressing media professionals, particularly women journalists, Bakary Sambe urged them to continue to be ‘conveyors of values’ and ‘artisans of peace’ in a fragile regional context marked by misinformation and divisions.

‘Let's give more space, more visibility and more resources to women, especially women in the media,’ he said, believing that promoting solidarity initiatives helps to strengthen national cohesion.

According to him, Islam, Christianity and African cultural traditions teach the same lesson: ‘True wealth lies in sharing, true strength lies in solidarity, true peace lies in loving one's neighbour.’

He concluded by calling for Senegalese and foreign partners, particularly Turkey, to continue building a ‘bridge of love, brotherhood and resilience’ in the face of contemporary challenges.

 

Source: APS

SENEGAL-SOCIETE-RELIGION

Dakar, 27 fév (APS) – Le directeur de Timbuktu Institute, Bakary Sambe, appelle à redécouvrir les valeurs religieuses et culturelles de solidarité et de partage pour faire face à l’individualisme, à l’exclusion sociale et aux conflits qui secouent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

“Notre rencontre d’aujourd’hui est une invitation urgente à redécouvrir, au cœur même de notre tradition spirituelle et culturelle, les ressources profondes qui nous permettront de résister au vent contraire de notre époque, l’individualisme possessif, l’exclusion croissante, la fragmentation sociale et les conflits ensanglantant aujourd’hui une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel”, a-t-il déclaré.

Bakary Sambe animait une conférence publique organisée par l’Amicale des femmes du quotidien national Le Soleil, jeudi, sur le thème “Religions et valeurs de solidarité et de partage”.

Cette journée s’est déroulée en présence des ambassadrices de la Turquie Nur Sagman, marraine de cette édition, de son homologue du Pakistan, Saima Maymunah Sayed, et du directeur général du Soleil, Mouhamadou Lamine Niang.

Le maire de la commune de Hann Bel-Air, Babacar Mbengue, le personnel administratif et technique du quotidien public ainsi que des hommes religieux, musulmans et chrétiens, ont également pris part à cette conférence.

Selon Bakary Sambe, le thème de cette conférence publique représente “bien plus qu’une simple conférence” et doit être considéré comme “un appel pressant”, en ce mois béni de Ramadan, à renouer avec “les ressources profondes” des traditions spirituelles sénégalaises.

Dans un monde dominé par la logique du “moi d’abord”, il a rappelé que “l’humain n’est pas un être solitaire, mais un espace de solidarité”.

S’appuyant sur des références islamiques et chrétiennes, il a cité un hadith du Prophète Muhammad (PSL) : “Le musulman est le frère du musulman, il ne l’opprime pas et ne l’abandonne pas”, ainsi qu’un passage de l’Évangile selon Luc appelant au partage des biens avec les plus démunis.

“Je suis parce que nous sommes”

“Deux traditions, certes, mais une seule vérité éternelle : le partage n’est pas une option charitable, c’est un commandement divin qui structure la vie en société”, a-t-il affirmé, rappelant que la zakat constitue l’un des cinq piliers de l’islam, et que dans le christianisme, l’attention portée aux plus vulnérables est au cœur du message évangélique.

Évoquant la tradition islamique, il a cité Ibn Arabi pour qui “la religion du Prophète est celle de l’amour”, ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba qui avait déclaré avoir “pardonné à tous ses ennemis”.

Il a également cité El Hadji Malick Sy et Mame Limamoulaye, figures religieuses ayant, selon lui, incarné la tolérance et la cohésion sociale.

Pour Bakary Sambe, ces enseignements convergent avec les valeurs culturelles africaines telles que la Teranga (hospitalité) et la philosophie de l’Ubuntu (“Je suis parce que nous sommes”), qui mettent l’accent sur l’interdépendance et la responsabilité collective.

Il a insisté sur le “rôle central” des femmes dans la préservation et la transmission de ces valeurs, notamment à travers les “dahiras” (regroupements de fidèles), les tontines et les initiatives communautaires.

“Les femmes sont le cœur battant, le moteur invisible mais indispensable de cette solidarité”, a-t-il soutenu le président fondateur de Timbuktu Institute, un centre de recherche africain pour la paix basé à Dakar, au Sénégal, avec des bureaux à Niamey (Niger) et à Bamako (Mali).

Il a salué l’engagement des femmes auprès des orphelins, des veuves et des malades.

Selon le conférencier, la pandémie de Covid-19 a rappelé brutalement l’interdépendance des sociétés, soulignant qu'”aucun pays, aucune classe, aucun individu ne peut se sauver seul”.

“Plus de visibilité et de moyens aux femmes”

Il a plaidé pour “une solidarité horizontale”, fondée sur “une vulnérabilité partagée et une fraternité concrète”.

Revenant sur le modèle sénégalais, il a décrit le Sénégal comme “une île de paix” dans une région troublée, mettant en avant l’harmonie entre musulmans et chrétiens, les célébrations religieuses communes et le règlement amiable des différends intercommunautaires.

Il a également évoqué la tradition turque du waqf, rappelant que sous l’Empire ottoman, des fondations pieuses dont plusieurs créées par des femmes finançaient hôpitaux, écoles et œuvres sociales. Il a cité, à cet effet, l’exemple de Nurbanu Sultan (1525-1583), épouse du sultan ottoman Selim II, fils et successeur de Soliman le Magnifique.

S’adressant aux professionnels des médias, en particulier aux femmes journalistes, Bakary Sambe les a exhortées à continuer à être “des passeuses de valeurs” et “des artisanes de la paix”, dans un contexte régional fragile marqué par la désinformation et les divisions.

“Donnons plus d’espace, plus de visibilité et plus de moyens aux femmes, particulièrement aux femmes des médias”, a-t-il lancé, estimant que la valorisation des initiatives solidaires contribue à consolider la cohésion nationale.

Selon lui, l’islam, le christianisme et les traditions culturelles africaines enseignent une même leçon : “La vraie richesse est dans le partage, la vraie force est dans la solidarité, la vraie paix est dans l’amour du prochain”.

Il a conclu en appelant à poursuivre, entre Sénégalais et partenaires étrangers, notamment turcs, la construction d’un “pont d’amour, de fraternité et de résilience” face aux défis contemporains.

 

Source : APS

 

 

Dakar - The Timbuktu Institute – African Centre for Peace Studies and the Association of African Students in Political Science (ASSEASPO) signed a memorandum of understanding on Monday 26 January in Dakar, aimed at establishing long-term cooperation in research, training and the promotion of political science in Africa.

Through this agreement, the two parties intend to pool their expertise and networks in order to strengthen the critical thinking and intellectual engagement of African students on issues affecting the future of the continent, such as democracy, religious dynamics and geopolitics, security, governance, etc. The collaboration will focus in particular on the joint organisation of scientific and citizen conferences and webinars, the establishment of tutoring courses provided by researchers from the Timbuktu Institute, and the regular hosting of interns from Asseaspo.

 

The aim is to build concrete bridges between the academic world and applied research on issues of peace, security and governance in Africa. Created in 2023, Asseaspo is an association bringing together nationals from sixteen African countries (Senegal, Cameroon, Benin, Guinea, Democratic Republic of Congo, Congo, Gabon, Niger, Burundi, Côte d'Ivoire, Madagascar, Togo, Chad, Mali, Burkina Faso and the Central African Republic)

The memorandum also provides for the active participation of Asseaspo members in field surveys and research projects conducted by the Timbuktu Institute, as well as the joint promotion and dissemination of intellectual output. Concluded for an initial renewable term of two years, the agreement establishes a joint committee responsible for monitoring and evaluating activities, reflecting the desire of both partners to place this cooperation within a structured, evolving framework aimed at the sustainable strengthening of research and training in political science on the African continent.

Timbuktu Institute – February 2026

In West Africa, terrorism has evolved into a diffuse phenomenon capable of adapting to socio-cultural and territorial dynamics. In doing so, jihadist groups exploit local vulnerabilities, the absence of the state, and community tensions, rendering essentially military responses ineffective. Faced with this development, a central question arises: how can we anticipate and contain endogenous and constantly changing terrorism while preserving the legitimacy and cohesion of states? It is in the wake of this issue that the Timbuktu Institute has—as part of the scientific activities of its10th  anniversary – organized a regional seminar in Dakar on January 4 on the theme "Changes in terrorism in West Africa: what strategies for adaptation?" Researchers, decision-makers, and ambassadors exchanged their analyses and perspectives, highlighting the changes in West African terrorism and possible strategic adaptations between prevention, mediation, and social intelligence.

As terrorist groups adapt to socio-cultural, territorial, and technological strategies and dynamics, the issue of the adequacy of security and political responses to threats that have become evolving, diffuse, and resilient is now acute. This transformation of terrorism in West Africa, marked by a hybridization of modes of action, flexible territorialization, and continuous infiltration into the social fabric of communities, requires a rethinking of analytical frameworks and intervention tools in order to move beyond short-term responses in favor of structural and multidimensional adaptation strategies. However, according to Bakary Sambe, president of the Timbuktu Institute, it is not so much a question of adapting to terrorism as of anticipating it as best we can. In this case, one of the major mistakes, in his view, was the failure to take into account the parameter of the spread of epicenters, which gained momentum from 2015 onwards. "We compartmentalized our thinking about the phenomenon. We did not anticipate at all when it broke out in North Africa (Algeria), where we were far from imagining that it would become endogenous. It then spread from northern to central Mali, to Liptako Gourma, Niger, Burkina Faso, and now Benin and Togo, and more recently closer to us in Kayes, not far from the Senegalese border," he regrets.

The observation is quite similar in the analysis offered by Lassina Diarra, director of the Strategic Research Institute of the International Academy for the Fight against Terrorism (AICLT) in Abidjan. According to him, the main issue lies "in the interaction between the theater and the periphery. From the Algerian theater, we moved to the Burkinabe periphery, and then the Sahel became the global theater with its peripheries of coastal countries. " He added: "If, in twenty years, we have not been able to contain the problem in , it is because we have not understood this dynamic." From a more historical perspective, human rights expert Alioune Tine points out that the problem cannot be separated from the genesis of African states. According to the founder of the Afrikajom Center, this equation has its roots "in the formation and modeling of our state territories on the Westphalian model, where communities no longer recognize institutions and even resort to insurrection, sometimes repressed as was the case in Mali in the early years after independence."

Diffuse and extensive changes in terrorism

In response to terrorism, another failure has been to favor military and interventionist responses to a phenomenon essentially characterized by asymmetric warfare, according to Bakary Sambe. "We have not taken into account the parameter of home-grown terrorism. From the birth of MUJAO to the Macina Liberation Front, which became Katiba Macina, we neglected the dynamics of the endogenization of jihad at work, while allowing our armies to become bogged down in types of interventions for which they were not prepared," the political scientist points out. Today, he adds, "it is not hordes of foreign jihadists who are attacking us, but local fighters, our own children. We lack the social intelligence to counter infiltration into the social fabric of communities where the state is often absent. That is why in countries like Senegal, a proactive prevention policy is necessary."

Author of the book "West African Terrorism: From Islamist Proselytism to Armed Jihad," presented during the conference, Lassina Diarra argues that "it is not so much that the state is absent in certain areas of the territory, but rather that the problem lies in the lack of professionalism of state agents sent to these areas, who sometimes engage in racketeering and abuse of power. " In addition, the researcher highlights a variable that he considers essential: the difference between operational security and strategic intelligence. "While operational security concerns the dimensions of sovereign action, strategic intelligence refers to the ability to understand the phenomenon in its social, anthropological, and economic dimensions in given territorial spaces," he points out. In his view, it is the lack of strategic intelligence that prevents West African states from developing an adequate long-term response.

This long-term perspective is all the more crucial given that jihadist groups seem to have made wearing down their opponents a tactic. According to Bakary Sambe, this is exemplified in a strategic manual entitled "The Management of Savagery, the Worst Stage Awaiting the Ummah " (Idârat al-Tawahhush) published in 2004 by an Al-Qaeda theorist under the pseudonym Abu Bakr Naji, explaining how to exploit chaos and violence to destabilize states and create a territory under jihadist control.

In the wake of Serval's departure in 2014, B. Sambe points out, "Adnan Abu Walid al-Sahrawi said that the war was not lost and that the main energy should now be focused on the instrumentalization of inter-community conflicts. Ultimately, he predicted, there would be so many radicalized and frustrated masses that recruitment campaigns would no longer be necessary." According to the president of the Timbuktu Institute, evidence of the influence of this strategy can be seen in the methods used by JNIM in Mali in its ability to exploit community tensions.

This means that ideology, which some people sometimes underestimate, is an essential factor. While recognizing the importance of the ideological variable, Lassina Diarra believes that the role of the communitarization of jihadist violence should not be overestimated. "We must distinguish between the driving force behind jihadism, which is the structuring element, and contingencies such as the communitarization of violence. That said, it remains a cardinal error to underestimate Islamist ideology, against which we must propose localized and endogenous responses based on the model of a national Islam," he argues. Furthermore, Alioune Tine points out that the current spiral of violence in the Sahel also raises the question of the "difficulty international organizations (UN, Amnesty) have in documenting the extent of human rights violations."

"Dialogue or perish"?

While West African states have long taken a zero-tolerance stance toward jihadism, the outcome of dialogue as a realistic solution may become increasingly apparent. "The marginalization of certain areas of the territories and the failure of the welfare state are a ticking time bomb. If we want endogenous and realistic answers, we can no longer afford the luxury of division between the AES and ECOWAS. At this stage of the problem, it is dialogue or perish. And at the country level, this must involve major national dialogues in which civil society and opposition voices are all invited," says Alioune Tine. For him, at a time when sub-Saharan Africa is the testing ground for an information war, it is deplorable that African countries remain less genuine geopolitical actors than subjects or objects of global geopolitics.

But even more so, says Bakary Sambe, given the level of maturity of the conflict, where neither the armed forces nor the terrorist groups are currently in a position to achieve a definitive military victory, the time for mediation has come. "Africans must talk to their children, including those considered to be misguided. We must reach out to them through open dialogue and put the issue of frustration on the table," he says. He emphasizes that "this is all the more urgent as the problem is becoming politicized due to the ambitions of the JNIM (in Mali, editor's note), which does not necessarily want to replace the sovereign state but wants to participate in governance, which it is already implementing in certain areas with its system of zakat and taxation. As a successful example of mediation, the political scientist cites "the Mauritanian experience" with Salafist and jihadist actors, as well as the reintegration processes observed in Morocco and Algeria, for xample. Apart from that, Bakary Sambe argues that, in consulting with states, the concept of sovereignty should not be used too extensively, because constructive and interdependent collaboration is currently a vital necessity. "The jihadists have succeeded in placing our countries in a situation of neither war nor peace. The situation of the AES, which is a parenthesis opened by geopolitical anger, cannot call into question the long history that links the countries of the sub-region. And in this regard, Senegal's role as mediator must continue for reasons of realism and responsibility, because the regional security architecture that is collapsing is a common problem that requires us to give synergy beyond diplomatic and ambitions to endogenous strategies the dignity of viable solutions," he recommends.

 

 

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